Edge of Tomorrow. Le jour le plus long.

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Faut-il aller voir Edge of Tomorrow ?

Bill est un blaireau. Mais un blaireau gradé. Envoyé au front par erreur, il débarque en Normandie, la fleur au fusil et la bite à la main, pour se faire déboîter par des aliens. Selon toute probabilité, Bill va mourir.

Et selon toute probabilité, on va s’emmerder comme des rats morts. Comme d’habitude, Tom Cruise va faire des roulades en tirant dans tous les sens, les extra-terrestres vont exploser dans des gerbes verdâtres, l’héroïne va lui jeter des regards éperdus d’amour, pendant qu’il lui sauvera la vie toutes les deux minutes. D’une manière ou d’une autre, nos pop-corns auront le même goût que la dernière fois : le goût de la poussière et de l’ennui.

Les premières minutes du film confirment ces prédictions. Mal écrite, mal gaulée et pas hyper crédible, l’ouverture semble être un gros prétexte pour envoyer Tom Cruise faire le con sur une plage. On s’installe au fond du siège, près à avaler notre Xanax du jeudi.

Mais on ne l’avale pas.

J’aime beaucoup taper sur le ciné-fric, le systématisme du système et le néant créatif d’Hollywood. Mais derrière ses faux-airs de nanard estival, Edge of tomorrow est tout ce qu’X-Men n’était pas.

Parce qu’après 15 minutes très convenues, on comprend que les scénaristes ont une idée. Contrairement à la bande-annonce et 95% de mes confrères, je ne vous la révélerai pas. Parce que j’ai eu la chance de la découvrir en salle, et parce qu’elle est d’autant plus géniale.

Jouant sur le temps, les paradoxes et tous les clichés du genre, le réalisateur réinvente le blockbuster sans trahir ses codes. Ne t’inquiète pas Jérémy, ça veut dire qu’il y aura bien des douilles qui font “gling-gling”, des aliens qui font “FtftFtftftf” et Tom Cruise qui plisse les yeux dans le lointain. Mais pas que.

Il y aussi un héros infoutu de trouver la sécurité de son arme, une héroïne charismatique de la mort, et une troupe de personnages secondaires nettement moins plats que la moyenne. Même, un joli moment de tendresse autour d’une tasse de café dans une maison en ruine. Ce n’est pas aussi brillant et stylé que Looper mais c’est plus marrant, très malin et largement moins con qu’une interview de Godard.

Sans prévenir, sans qu’on l’ait vu venir ni qu’on parvienne à y croire vraiment, Tom Cruise a joué dans un bon film. Peut-être même le meilleur de l’été.

En Bref : Il faut aller voir Edge of Tomorrow. Parce que c’est un blockbuster haut-de-gamme, bien foutu et hyper malin. Sans sortir des codes bien polissés d’Hollywood, Doug Liman prouve que l’on peut réussir à faire du bon divertissement sans prendre les spectateurs pour des brebis.

On en regretterai presque le manque d’ambition finale : l’idée ouvre tellement de pistes intéressantes que, pour une fois, on a presque envie de demander à Hollywood de faire une suite.

Comme quoi, le Syndicat des petits moguls rigolos a été entendu.