Winter Sleep. Cappadoce rebelle.

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Faut-il aller voir Winter Sleep ?

Evidemment qu’on est méfiants ! La Palme d’Or, des Turcs intellos et toute la critique qui hurle au chef d’oeuvre, comme une jolie meute pavlovienne. Mais justement, que nous dit-elle ?

“Modification Dostoïevskienne”, “Huis-clos mélancolique Antonionien”, “Tchekhov et Bergman réunis”… Comme si tous les gros relous de la presse française s’étaient battus pour défendre ce très long-métrage. Et quand leurs articles sont aussi imbitables, ce n’est pas uniquement parce qu’ils écrivent en frottant leurs claviers avec une brosse à dent. Non, souvent, c’est parce qu’ils ont dormi pendant le film.

En langage de critique cinéma, ça se traduit vite : c’est chiant. Ou, comme le dit plus finement l’Humanité, le film utilise “les nouvelles techniques au service de l’approfondissement du rendu à l’image de paysages mentaux face au non-sens de l’existence”. Chiant. C’est chiant.

Winter Sleep dresse le portrait aride d’un vieux con au crépuscule de sa vie. Ce faisant, l’auteur nous impose une bonne dizaine de discussions interminables sur le mal, le bien, l’amour et les chevals. C’est tellement long que l’on se surprend parfois à cesser de lire les sous-titres pour se laisser bercer par la jolie mélodie de la langue turque.

Et ça discute. Et tout le monde gigote sur des canap’. On finit par se demander si on ne regarde pas la version anatolienne d’Un jour, un destin : un joli plan, une lampe derrière, et un mec qui parle. Mais nous on a jamais eu la Palme d’Or.

Au milieu de tout ça, il y a des plans sublimes. C’est vrai. Et une discussion d’une intensité folle entre un couple déchiré, qui nous renverra tous à nos propres démons intérieurs. Mais le réalisateur ne va jamais jusqu’au bout. Il touche à tout : la morale, l’égoïsme, l’idéalisme, un peu de religion. Et il laisse tout cela flotter en l’air. Content de lui.

Mais que veut-il nous dire au juste ? Que la vieillesse est un naufrage ? Que le cynisme est une tare ? Que les acteurs sont prétentieux ? Que parfois il neige en Turquie et qu’à ce moment-là il fait froid ?

Nous voilà convaincus. Autre chose ?

En Bref : Il ne faut pas aller voir Winter Sleep. C’est poseur, froid et un peu vain. On dirait un film d’Asghar Farhadi, sans le souffle, ni l’intensité, ni la force morale.

Oui, il y a de la beauté, de la vérité et des plans magnifiques dans ce film. Mais ils sont noyés dans une brume misanthrope et une réthorique prétentieuse.

Le cinéma, c’est des corps qui bougent. Pas des mecs qui parlent.

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