Gone Girl. Gone Baby Gone.

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Faut-il aller voir Gone Girl ?

Vous trouvez vraiment que David Fincher ressemble à un réalisateur génial ?

Regardez ses petites lunettes sages, son style de pompiste endimanché et son petit bouc bien taillé. A longueur d’interview, David sourit, répond poliment aux questions, assure qu’il fait des films “pour ceux qui les financent” et semble aussi ennuyeux qu’une après-midi avec Ben Affleck. Misère.

Pourquoi l’un des plus grands génies du cinéma contemporain ressemble-t-il à une plante verte ? Ce n’est pas la question que pose cet article. Mais c’est peut-être la définition même de son art, depuis qu’il a atteint l’âge adulte.

Fini les travellings vertigineux, les caméras voltigeantes et les discours nihilistes. Après un début de carrière numérique et flippé, David Fincher a boutonné sa chemise et peigné sa mèche. Un moment, j’ai même cru qu’il était devenu relou, mangé par hollywood, fini.

Mais c’est le contraire. En arrêtant de sauter partout, Fincher est arrivé à l’os. A la moelle épinière du cinéma : une histoire en béton armée, un découpage au scalpel et un rythme au métronome. Et s’il est difficile de définir Gone Girl en quelques mots, on peut au moins dire ceci : ce film est une machine.

Parce que dés le premier plan, on est pris. Et la mécanique démarre, implacable. Ça commence comme un polar classique, magistralement écrit, extrêmement bien mis en scène, avec un joli retournement de situation. Ce pourrait être la fin, mais ce n’est que le début. Le film dévisse, il se transforme en thriller, puis en satire. D’efficace, l’histoire devient intelligente, puis elle devient brillante. Et quand la machine s’arrête, deux heures ont passé, aussi courtes que des secondes.

Et on est là sur notre siège, à secouer la tête comme les chatons des restaurants chinois. En répétant ce même mot en boucle : brillant. Tellement brillant. Tellement putain de brillant.

S’il doit en avoir un, c’est le seul défaut de Gone Girl : la perfection. Parce que tout est maîtrisé d’un bout à l’autre, il lui manque peut-être une faille. Une mauvaise réplique, une fausse note, une erreur de casting. Quelque chose d’humain, finalement.

Mais non. La fin est là. Sublime. Puissante, belle et terriblement amère. On comprend que le punk qui a fait Seven et Fight Club n’est pas rangé des voitures. Il est au sommet de son art. Avec son costume impeccable et sa montre en argent, ce n’est pas le gendre idéal. C’est le Parrain. Le Boss.

En Bref : Il faut aller voir Gone Girl. Le film donne un aperçu des sentiments que l’on éprouve en jouant aux échecs contre Kasparov. Le scénario est d’une intelligence absolue, la mise en scène lui fait honneur et la musique termine de nous enfermer dans cette effroyable machine d’acier.

Il faut aussi y aller pour découvrir Rosamund Pike. Une actrice de première classe, cantonnée jusque là aux films de seconde zone. On lui souhaite plein de petits Oscars.

Et si l’Académie parvient à enlever les morceaux de charbon qu’elle a dans les yeux, elle pourra peut-être enfin s’intéresser à David.

6 thoughts on “Gone Girl. Gone Baby Gone.

  1. Pingback: White Bird. Dark Ado. | Le règne de l'arbitraire

  2. Ça y est, j’l’ai vu, j’peux lire ta critique. Alors ouais ouais ouais, je suis d’accord avec tout ce que t’as dit et tout. Mais je tiens aussi à signaler que le mec avait une sacrée bonne base de départ. Parce que mine de rien, le livre, il te scotche méchamment aussi. Et à mon avis, ça facilite grandement le travail du réal, même si je suis bien consciente que ça ne fait pas tout. Mais je peux être bonne joueuse : pour une fois, j’ai trouvé qu’on ne perdait pas grand-chose entre l’écrit et l’écran. Suffisamment rare pour être souligné. :)

    • Salut Luciole,
      Effectivement, avec un script aussi béton, on pourrait croire qu’il suffit juste d’appuyer sur Rec et de laisser dérouler. Mais comme tu le rappelles, on ne compte plus les bons livres qui ont fait de mauvais films. Et il fallait tout le talent de perfectionniste tordu qu’a Fincher pour construire un écrin au niveau de ce bijou !
      Oui oui, sur le Règne, on a pas peur des métaphores cheesy. Sur le Règne on est indulgent avec soi-même, parce que la vie est déjà dure tu sais.
      Sur le Règne, on n’a pas peur d’écrire pour ne rien dire !

  3. Pingback: Quand vient la nuit. Bar bar. | Le règne de l'arbitraire

  4. Et là, en lisant ta critique, c’est moi qui suis assise sur mon siège “à secouer la tête comme les chatons des restaurants chinois” :) Tu as tout bien résumé (presque comme toujours) ce que j’ai ressenti devant ce film! Vive David Fincher et Vive le Règne!
    (C’est Noël, on a le droit d’être un peu mielleux non?)

    • On a le droit Rachel ! Les gentils commentaires sont mon seul salaire, et par les temps qui courent, ça réchauffe un peu l’air. Oh mais je fais des rimes sans en avoir l’air, j’aurais du me faire appeler Charles-Pierre, on m’aurait peut-être pris pour Baudelaire.
      Pardon. C’est le mois de l’année où j’écoute du rap en boucle.

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