Foxcatcher. The bros and the nose.

Foxcatcher

Faut-il aller voir Foxcatcher ?

Mark et Dave font des cabrioles dans la cave. Alors John arrive et dit : “Venez ! On va faire des cabrioles dans MA cave”. Alors ils vont dans la cave de John, parce que John a plein d’argent. Mais John est fou. Et ça c’est un problème.

Quoi qu’il arrive, t’auras du mal à avoir envie. Malgré le prix du meilleur réal à Cannes, malgré les critiques enthousiastes… On parle quand même d’une histoire de lutteurs, de médailles et d’huile de corps, réalisé par le mec qui a fait le soporifique Capote, avec l’horrible Steve Carrel, affublé d’un nez venu tout droit de l’enfer.

Quoi qu’il arrive, tu vas préférer rester dans ton canap à manger des bananes.

Mais si jamais tu te lèves, voilà ce que tu vas voir : un bête de film.

Avec le biopic, le film de sport est pourtant un genre intrinsèquement raté. De Jappeloup à Invictus en passant par les innombrables films de danse, on passe toujours par les mêmes étapes : jeune talent, échec, mentor, réussite. Le tout, inévitablement couronné par une victoire sous les violons et les hourras d’une foule en délire. Quel enfer.

Dans son genre Foxcatcher raconte aussi une histoire de limite repoussées, en faisant le portrait d’un tocard de compétition. Un énormissime minable, riche, frustré et sans talent, qui tente avec rage d’avoir un bout de médaille entre les dents. A travers lui, Bennett Miller pilonne le mythe américain de la victoire perpétuelle et le genre cinématographique qui va avec.

D’un bout à l’autre, Steve Carrel est fascinant, dans le rôle de ce vampire malveillant. Chacune de ses apparitions fait monter la tension d’un cran, jusqu’à devenir irrespirable. Face à lui, Channing Tatum et Mark Ruffalo ventilent, dans les meilleurs rôles de leurs carrières. Les dialogues sont affutés, intelligents et bien-souvent, c’est le non-dit qui parle le plus.

Faussement sobre, la mise en scène est hyper-efficace, percutante, parfois brillante. Sans faire le malin, sans tricher, Miller réussit à donner une ampleur dantesque à son histoire, jusqu’à un dénouement évident et shakespearien. C’est beau. C’est bien.

Et nous voici bouleversés par une bande de mecs à bretelles qui gigotent à quatre pattes.

En Bref : Il faut aller voir Foxcatcher. C’est du grand cinéma. Sans chaleur, sans humour mais avec une intensité étouffante, une violence sourde et un gigantesque amalgame de talents au meilleur de leur forme.

Si 2015 commence comme ça, y’aura peut-être moyen de faire un top 10 digne de ce nom dans un an…

Top 10. Les meilleurs films de 2014.

Quelle année de con.

Cannes à déçu, Dolan a déçu, Hollywood continue de décevoir et on attend toujours les miracles de la loi Macron sur les autobus. Même moi je me suis déçu. J’ai beau retourner le classement dans tous les sens, il tremblote. Et c’est logique. Avec des oeufs pourris, tu fais des omelettes dégueulasses. Mais voici les dix cèpes qui ont plané loin au dessus de la poêle cette année. Le reste est à l’avenant.

Avant, il faut quand même souligner une bonne nouvelle : 2014 c’est fini. A priori, 2015 nous as déjà offert ce qu’elle avait de pire, donc si tout se passe bien, le reste devrait être un interminable arc-en-ciel. L’autre bonne nouvelle, c’est que je prends toujours énormément de plaisir à écrire ici. Continuez de commenter, de contredire et de gueuler, c’est mon essence (et elle pollue pas).

Je ne sais pas trop pourquoi, mais je crois que je vous aime bien. Vous êtes une bande de foutus illettrés, avec des goûts de merde, mais au moins vous aimez le cinéma, et vous êtes moins chers que le psy. Alors bonne année !

Continuez de manger du pop-corn très fort, continuez de télécharger illégalement. Partagez votre pass Gaumont à quatre et continuez de téléphoner à vos mères au rayon lingerie du Monop’ de Boulogne. Arrêtez de fumer. Prenez soin de vous.

Bisou.

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10- Whiplash

Faut-il souffrir pour devenir un génie ? Réponse brillante, hyper-intense et assez génial d’un jeune cinéaste qui a probablement beaucoup souffert. Surprise de l’hiver.4488579_3_5bef_alexei-serebriakov-dans-le-film-russe_b57c27ae63862248d2021dff04a9d012

9- Leviathan

La Russie nous regarde dans le blanc de l’oeil pendant plus de deux heures. Majestueuse, imposante, magnifique, elle nous parle, d’une voix très grave, et dit : “Tu vas mourir”. Puissant.645391-les-combattants

8- Les Combattants

L’amour, la mort, l’armée. Le film de l’été, saturé de fraîcheur et de lumière, parfaitement mis en musique et dominé par l’électrique Adèle Haenel. Revigorant, faute d’être révolutionnaire.ob_a40617_capture

7- Timbuktu

Intelligent, courageux, poétique. Le meilleur film de Cannes. On peut y voir la plus belle scène de l’année, au milieu d’un terrain de foot.Budapest Hotel

6- The Grand Budapest Hotel

Wes Anderson fait une crise d’angoisse de deux heures en convoquant ses obsessions les plus tenaces. Plans millimétrés, musique formidable, rythme effréné et casting parfait. Tellement parfait que l’émotion s’étouffe, mais putain, quelle claque !

 

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5- Edge of Tomorrow

Depuis Mission : Impossible, Tom Cruise s’est fait rare dans les tops 10. Mais il faut bien reconnaître qu’on avait pas vu de SF aussi inventive depuis… Looper ? En tout cas, Hollywood a fait un film intelligent cette année. C’est mieux que zéro.chapter_2_photo_by_Christian_Geisnaes

4- Nymphomaniac Volume 1

J’ai du mal à m’en convaincre moi-même, mais je crois bien que Lars Von Trier a fait un bon film. Blindé d’idées, de bonnes blagues et de sensibilité. Le début est formidable. Heureusement, le Volume 2 est nul.

3- Interstellarpzeiofsudidpgeefwf0q

Nolan dans mon Top 10, c’est vous dire à quel point l’année était pauvre. Mais malgré le bullshit quantique, son odyssée de l’espace s’impose par la force, par le génie de Mathew et par le regard si habité de Jessica.

2- Tom à la Fermetom-at-the-farm1

Dolan a fait un excellent film cette année et pas celui que vous croyez. La fin est dans mon panthéon perso.

1- Gone Girl

rosamundgonegirl_640pxDans les périodes divisées, c’est toujours le king qui l’emporte par la force. Et malgré Benjamin ButtonMillenium ou Panic Room, Fincher reste le maître absolu du cinéma mondial. Gone Girl est le seul véritable chef d’oeuvre de l’année, mais on s’en rappellera sûrement dans dix ans.

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Et voilà, à l’année prochaine mes loutres. Et un gros bisou à 12 years a slave et Jacky, qui ne sont vraiment pas passé loin (si je refais le top demain, ils y seront sûrement).

Edit : finalement, le lendemain, ils y sont toujours pas, mais je regrette vraiment de ne pas avoir trouvé une place pour Mange tes morts.

Cold in july. Mulet aux prunes.

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Faut-il aller voir Cold in july ?

D’abord j’ai un petit message pour Jim Mickle, le réalisateur de ce thriller sans prétention :

Va te faire enculer Jim.

Qu’est-ce que t’as cru ? Que le cinéma, c’était comme la cuisine ? T’étais devant ta poelle et tu t’es dit qu’on pouvait se faire un petit hot-dog bien gras dégueulasse, parce qu’après tout, on s’en remettrait, parce que ça fait du bien de se faire du mal, et puis tout le monde ne peut pas être Alain Ducasse pas vrai ?

Tu t’es dit merde, on peut rigoler ! On n’a qu’à faire une coupe mulet à Dexter, une moustache poisseuse, et on lui colle deux buddies amorphes pour aller flinguer des tanches. Le scénario ? S’en branle. On mettra du sang partout, le vent fera office de dialogue et on filmera tout ça comme ça. Parce que c’est là. On appuiera sur rec. Comme au mariage de tonton.

Après tout, qu’est-ce qui marche Jimmy ? Michael Bay, Christian Clavier ou ce fils de pute de Guy Ritchie. Des mecs qui font du fric, et qui remplissent les salles. Pourquoi t’y aurais pas le droit toi aussi ? En cherchant un peu, on trouvera même des critiques pour aimer ta bouse. Suffit de bien les ferrer : un peu de musique eighties, Sam Shepard sous prozac et des néons dans le décor. Paf. Ton nanard devient “délicieusement vintage”. Le Monde te compare à Sam Pecknipah. Après tout, une carte de presse, ça peut aussi servir à tracer des lignes blanches sur une table basse.

Bref, une daube. Pas la première. Ni la dernière. Et on pourrait très bien se contenter de hausser les épaules, comme lorsqu’on sort du KFC de Boulogne. C’est pas grave, si ?

Ben si Jimmy.

Parce que sur les millions de types qui rêvent de terminer derrière une caméra, t’as eu la chance de réussir. Sur les millions de mecs qui ont des idées, t’as vendu la tienne. Et une fois derrière, c’est tout ce que t’avais à dire : des minables qui tirent sur des rednecks. Et je t’en veux Jim. Parce que t’as pris mon rêve de môme, mes espoirs d’ados et le but de ma vie et tu t’es torché avec.

T’entend ?

Le bruit à ta porte. C’est moi Jim. J’ai amené mon fouet et un tournevis cruciforme. Je sais pas encore ce que je vais te faire avec, mais tu vas pleurer. Tu vas regretter chaque seconde de l’immense navet que tu viens d’offrir à l’histoire merveilleuse du cinéma.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Cold in July. C’est le pire film de 2014. C’est nul.

Et je passerai plus une seule minute de ma vie à perdre du temps sur cette horreur.

A most violent year. Fuel for love.

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Faut-il aller voir A most violent year ?

Abel vend du pétrole à New-York. Le soir il retrouve sa femme. Abel est câlin.

Le pitch fait saliver non ? Et encore, les deux précédents films du réalisateur J.C. Chandor avaient pour thème les banques d’investissements et Robert Redford sur un voilier… Le mec n’aime pas la facilité. Il aime les bureaux et le polystyrène, les héros sourcilleux avec des gros sourcils et les grands questionnements moraux.

Est-ce qu’il est possible d’être le héros d’un polar new-yorkais sans être armé ? D’être camionneur sans être moustachu ? De réussir sans tricher ? Est-il malin de s’enrichir sans faire de l’évasion fiscale ? Et si oui, est-il vraiment nécessaire de porter ce manteau jaune horrible ?

Dans un classicisme absolu, avec un minimum possible d’effets dramatiques et sans aucune poursuite à vélo, le film nous raconte l’histoire d’un mec qui a décidé d’être honnête. Comme un auto-portrait du réalisateur, qui refuse toutes les compromissions et autres effets de manche pour aller jusqu’au fond de son sujet.

Et au fond, il y a le héros américain. Le self-made man sur la route du pouvoir. D’habitude, ce dernier ne se pose pas de questions : il sort son flingue et tire sur les méchants. Pour l’arranger, il y en a un qui tombe dans le vide, mais le raisonnement reste le même : pour gagner, il faut utiliser la méthode des enculés d’en face. Aux antipodes, A most violent year pose la question que tous les autres évitent : peut-on combattre le mal par le bien ?

C’est honnête, intelligent, profond et assez courageux. Un peu suicidaire même : visuellement, le film est parfois repoussant. Bureaux eighties, pénombre omniprésente, costumes foireux et image poussiéreuse. Heureusement que les cadres sont soignés et que la lumière d’hiver ensoleille New-York, parce qu’on était à deux doigts de la grande dépression.

Mais on tient bon. Parce que, pour la première fois de sa carrière, Oscar Isaac tient parfaitement son rôle (peut-être parce que son personnage est très antipathique), parce que même sous-employée, Jessica Chastain est brillante, et parce que, malgré l’aridité de l’intrigue, le scénario réussit à nous tenir en haleine et même à prendre de la hauteur.

Quand il retombe, l’histoire nous livre sa conclusion sur l’air du cynisme et de la fatalité. Et on nous abandonne là, déboussolés, un peu tristounes, à nous sentir coupables, sur notre siège qui grince.

En Bref : Il faut aller voir A most violent year. Et pas pour se fendre la gueule. Le film est dur, réaliste et joliment pessimiste, mais c’est du cinéma intense, profond et intelligent.

Loin des farces complaisantes de Scorsese ou Ridley Scott, J.C. Chandor est en train de s’imposer comme le nouveau grand cinéaste moral américain. Quelque part sur les traces de Clint Eastwood, à l’époque où il ne parlait pas encore aux chaises.

Mais avant de s’assoir à la droite du père, il lui faudra laisser un peu de place à l’émotion.

Fidelio. Infidelio.

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Faut-il aller voir Fidelio, l’odyssée d’Alice ?

Alice aime la mer et son amoureux. Elle aime aussi les marins, même mariés, même moches, ou presque mineurs. Alice aime faire l’amour, amarrée ou en mer. Au point de se faire du mal et de se retrouver dans la merde.

Faut-il être fidèle dans son couple, où s’envoyer des marins ? Ou des pompiers ? Ou des inconnus qui nous ont souri ? La question a l’air bête, mais je parie que tu te l’es déjà posée. Surtout le jour où cette pom-pom girl t’a fait coucou, un jour que t’avais réussi un panier à trois points, dans ton rêve.

Parenthèse :

Selon Google Analytics, le blog est lu par une part quasi-égale d’hommes et de femmes (54-45, plus 1% d’animaux très agiles). Selon tes préférences, tu peux donc remplacer les marins par des pom-pom girls, des pilotes de chasse, des chasseurs alpins ou des loutres à deux têtes, si c’est ton truc. On est en 2015. Libérez-vous !

“Libérez-vous !” nous dit Alice. Et la réalisatrice approuve, parce qu’elle ne veut pas transformer son film en gigantesque leçon de morale. C’est léger, c’est frais, plutôt joli, un peu chiant. Mais Alice est belle, qu’elle en profite ! On la regarde faire du bateau, réparer des machines et se taper des machins. C’est cool.

“Comment peut-on faire pour n’avoir qu’un seul homme ?” se demande-t-elle dans les bras du capitaine.

“Coucou”, répond le capitaine, qui n’écoutait pas du tout, “On baise ?”

Alors ils recommencent. Parfois il faut réparer des trucs sur le bateau, il y a des Philippins qui font du karaoké, des mecs un peu chelous, le journal d’un mort et un marseillais avec les dents du bonheur. “Coucou” disent les mouettes. Mais le capitaine intervient : “On baise ?” Ah oui bon alors on re-baise. C’est bien quand même, ça fait du bien.

Et voilà.

Je sais bien que je n’ai pas répondu à la question du départ. Le film non plus. Parce qu’il fait tout pour éviter la pesante réponse morale, il choisit de ne pas donner de réponse du tout. Ou alors, le minimum : “On peut être en couple, et s’envoyer des marins. Mais il faut faire attention à ne pas se faire griller”.

J’ai des copains qui pensent pareil. Mais ils ne prennent pas 1h37 pour le dire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Fidelio, l’odyssée d’Alice. Et pourtant c’est sympa, plutôt frais, pas mal filmé et bien joué. On l’aime bien, cette Alice légère et forte, qui mange la vie par les deux bouts. On n’a même pas envie de lui dire de rentrer dans le rang. Ils sont jolis les marins, c’est pas grave tout ça… Mais ça ne fait pas un film.

Et à force de flotter, l’histoire finit quand même par faire du sur-place. On se demande un peu si le capitaine sait où il nous emmène, à part dans la cabine d’Alice, en slip kangourou. Et comme disait Jacques Attali dans Les Anges de la Télé-réalité :

“Pour qui ignore vers quel port il navigue, nul vent n’est jamais favorable.

On baise ?”