A most violent year. Fuel for love.

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Faut-il aller voir A most violent year ?

Abel vend du pétrole à New-York. Le soir il retrouve sa femme. Abel est câlin.

Le pitch fait saliver non ? Et encore, les deux précédents films du réalisateur J.C. Chandor avaient pour thème les banques d’investissements et Robert Redford sur un voilier… Le mec n’aime pas la facilité. Il aime les bureaux et le polystyrène, les héros sourcilleux avec des gros sourcils et les grands questionnements moraux.

Est-ce qu’il est possible d’être le héros d’un polar new-yorkais sans être armé ? D’être camionneur sans être moustachu ? De réussir sans tricher ? Est-il malin de s’enrichir sans faire de l’évasion fiscale ? Et si oui, est-il vraiment nécessaire de porter ce manteau jaune horrible ?

Dans un classicisme absolu, avec un minimum possible d’effets dramatiques et sans aucune poursuite à vélo, le film nous raconte l’histoire d’un mec qui a décidé d’être honnête. Comme un auto-portrait du réalisateur, qui refuse toutes les compromissions et autres effets de manche pour aller jusqu’au fond de son sujet.

Et au fond, il y a le héros américain. Le self-made man sur la route du pouvoir. D’habitude, ce dernier ne se pose pas de questions : il sort son flingue et tire sur les méchants. Pour l’arranger, il y en a un qui tombe dans le vide, mais le raisonnement reste le même : pour gagner, il faut utiliser la méthode des enculés d’en face. Aux antipodes, A most violent year pose la question que tous les autres évitent : peut-on combattre le mal par le bien ?

C’est honnête, intelligent, profond et assez courageux. Un peu suicidaire même : visuellement, le film est parfois repoussant. Bureaux eighties, pénombre omniprésente, costumes foireux et image poussiéreuse. Heureusement que les cadres sont soignés et que la lumière d’hiver ensoleille New-York, parce qu’on était à deux doigts de la grande dépression.

Mais on tient bon. Parce que, pour la première fois de sa carrière, Oscar Isaac tient parfaitement son rôle (peut-être parce que son personnage est très antipathique), parce que même sous-employée, Jessica Chastain est brillante, et parce que, malgré l’aridité de l’intrigue, le scénario réussit à nous tenir en haleine et même à prendre de la hauteur.

Quand il retombe, l’histoire nous livre sa conclusion sur l’air du cynisme et de la fatalité. Et on nous abandonne là, déboussolés, un peu tristounes, à nous sentir coupables, sur notre siège qui grince.

En Bref : Il faut aller voir A most violent year. Et pas pour se fendre la gueule. Le film est dur, réaliste et joliment pessimiste, mais c’est du cinéma intense, profond et intelligent.

Loin des farces complaisantes de Scorsese ou Ridley Scott, J.C. Chandor est en train de s’imposer comme le nouveau grand cinéaste moral américain. Quelque part sur les traces de Clint Eastwood, à l’époque où il ne parlait pas encore aux chaises.

Mais avant de s’assoir à la droite du père, il lui faudra laisser un peu de place à l’émotion.