Mad Max : Fury Road. Max et les maxillaires.

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Faut-il aller voir Mad Max : Fury Road ?

Max conduit dans le désert. Quand soudain, Max conduit dans le désert.

Mon siège était trempé, un peu visqueux. Pas étonnant, la critique bave dessus depuis un mois. Langue pendante, tout Cannes a regardé Mad Max comme un berger allemand devant un pot de confiture.

La critique ? Prosternée ? Devant un blockbuster de l’Hollywood ? Non !

Si. Mais la critique n’a pas trouvé ça cool, jouissif ou rigolo. Seules les masses trépignent devant les divertissements. La critique pense. Ça tombe bien, dans Mad Max, elle a vu un “spectacle intello”, un “blockbuster cérébral” et même “un trip postmoderne sous acide“.

C’est vrai que les anglicismes c’est branché, “postmoderne” ça sonne cool et “sous-acide” ça fait jeune. Perso, j’ai trouvé que c’était “une journey ontologique sous Nurofen”. Ça veut dire que c’était chiant et un peu idiot mais ça n’a pas fait partir ma migraine pour autant.

“Faux”, postillonne Télérama, c’est “un trip halluciné (décidément…), amoureux de tous les imaginaires !” Et ça c’est vrai : dans ses imprécations, le méchant mélange le Valhalla viking, une esthétique death metal et “Fukushima” prononcé comme une formule magique. Amoureux donc, de tous les imaginaires, surtout celui des autres.

“Mais non”, bégaie l’Express, c’est “un appel écolo” au “féminisme assumé” !

Je…

Prenons les matchs les uns après les autres.

Féministe : pourquoi pas. Surtout si on considère que pour être féministe, il faut que les femmes aient des couilles, qu’elles soient encore plus violentes que les hommes, mutiques et manchotes. Pour le reste, les femmes, ça reste quand même une bande de naïades fragiles qui tremblotent à poil dans le désert, alors que tout le monde est en armure. Amettons : Mad Max est moins misogyne que la moyenne. Pas de quoi s’épiler les sourcils.

Ecolo : comme Yann Arthus Bertrand, qui fait le tour du monde en hélicoptère pour s’enrichir en nous disant de le protéger, George Miller construit une armada de bagnoles bandantes, affiche un bilan carbone à faire pâlir un escadron de Tupolev et détruit une partie du plus vieux désert du monde. Pour nous dire quoi ? “La planète c’est cool” ?

Ferme ta braguette, George, tout le monde est gêné.

Mais parlons du film : après avoir fui dans un sens, poursuivi par des méchants à fond la caisse (dont la vitesse s’adapte aux besoins de l’histoire), Max et ses potes décident de fuir dans l’autre sens. “Mais vous étiez pas en train de fuir les méchants ?” demande le spectateur, interloqué. “Coucou”, répond George. T’auras rien d’autre.

Pour le reste, c’est de la castagne, de l’huile et du steak tartare. Les tueurs s’entretuent, les pilotent pilotent et le sable sable. Tout le monde trouve ça follement original. Moi je trouve que le monde court à sa perte.

Heureusement, le film se termine sur une blague réjouissante : le générique nous apprend qu’il a fallu trois scénaristes pour écrire le film. A l’aveuglette, un mot chacun. Pas de bol, c’était le même : désert, désert, désert.

Désert.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Mad Max : Fury Road. Malgré les cascades cools et un personnage féminin moins idiot que d’habitude, c’est con, creux, vain, vide. Et surtout très ennuyeux.

Quant au fond, se prononcer contre les machos et pour la planète, c’est pas de l’engagement, mais de l’opportunisme. Les plus gros pollueurs font pareil avant de faire des trous partout et de pactiser avec n’importe quel dictateur misogyne, pour peu qu’il ait du pétrole.

“Je dis ça je dis rien”, sourit George. Ben ouais George, tu dis rien.

Alors tais-toi.

La tête haute. Jeune et folie.

LA TÊTE HAUTE  de Emmanielle Bercot LES FILMS DU KIOSQUE

Faut-il aller voir La tête haute ?

Depuis qu’il sait marcher, Malony marche de travers. Dans les jouets des autres, dans les joints de sa mère, dans la gueule des éducateurs, dans les voitures volées et dans le tribunal de Dunkerque. A 15 ans, Malony ne connait pas ses profs, mais la juge l’appelle par son prénom.

Est-ce qu’on est foutu à 15 ans ? Est-ce qu’on peut vivre heureux loin de la mère ? Faut-il faire des enfants quand on porte un bracelet électronique ? Et c’est la faute à qui, s’ils deviennent dingues ?

La tête haute n’a pas de réponse. La réalisatrice, Emmanuelle Bercot nous épargne les théories sur l’éducation, la repentance et le système de répression infantile. Son film n’a pas de thèse, mais il pose pas mal de questions. A commencer par celle-là : que se passe-t-il quand les adultes ont peur d’un enfant ?

Il y a ceux qui laissent tomber et une poignée de héros imparfaits qui ne baissent pas les bras. A travers le parcours chaotique de Malony, Bercot raconte aussi le combat des juges, éducateurs, directeurs de centre qui n’en finissent plus de lui donner une dernière chance. Leur portrait est troublant.

Le reste est éreintant. Explosif, le film laisse le spectateur à plat. Malony, petite terreur fragile, ressemble à un pain de C4 en zone tropicale : instable au point de faire sursauter le caméraman, imprévisible, impitoyable et impulsif au dernier degré, Rod Paradot est aussi hypnotisant qu’inoubliable.

Oui ça fait beaucoup d’adjectifs.

La prouesse du film, c’est de ne rien pardonner à son personnage principal, sans pour autant le condamner. Il ne s’agit pas de sauver Malony, ni de l’accabler, juste de dresser le portrait d’une bête en cage, qui se jettent contre les barreaux jusqu’à l’épuisement. Et derrière la rage, il y a ce petit garçon apeuré, qui refuse de croire qu’il a une chance et dont la vie est une suite de convocations dans des bureaux.

La matière brute est tellement percutante qu’on oublie un peu le reste : quelques longueurs, des répétitions, un propos un peu diffus et un plan final vraiment très moche. Et pourtant il y’a beaucoup de beauté à Dunkerque, n’en déplaise à Catherine Deneuve.

En Bref : Il faut aller voir La tête haute. C’est Mommy sans le bullshit, sans les gimmicks pop, l’esthétique de pub et la complainte tire-larme. C’est à l’os, puissant, soufflant. Et lorsque le petit frère demande à son ainé si “la juge est d’accord pour qu’on vole des voitures ?” l’intensité dramatique culmine à des hauteurs où l’oxygène se fait rare.

Dans un salon cannois, Maïwenn a regretté que les femmes manquent de testostérone pour être réalisatrices. Bon. Je ne connais pas l’état hormonal d’Emmanuelle Bercot. Mais je crois qu’elle vient de me casser la gueule.

Taxi Téhéran. Jafar balise.

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Faut-il aller voir Taxi Téhéran ?

C’est l’histoire d’un mec qui conduit un taxi à Téhéran. Il croise un voleur de droite, une institutrice de gauche, un nain de jardin et sa nièce, qu’est chiante.

Que se passe-t-il ?

Rien, ou presque. Jafar conduit, avec son demi-sourire et une go-pro sur le volant. Deux femmes vont libérer leurs poissons dans un lac, un pirate vend des films américains bidons, une fille ramène son vieux mari en vrac et une avocate rend visite aux martyrs en prison.

Ça rime presque, mais ça ne rime à rien. Alors quoi ? On s’en fout ?

Non Régis, on ne peut pas s’en foutre. Même sur un blog à la con, qui ne confond pas la politique et le cinéma, on est rempli d’admiration pour ce taxman vidéaste. Parce qu’il s’appelle Jafar Panahi, cinéaste emprisonné, interdit de filmer par la théocratie iranienne, et parce qu’à chaque seconde de ce film clandestin, lui et ses acteurs risquent de se faire arrêter pour passer une année à l’ombre, ou dix, ou plus encore.

Aimer le cinéma, au point de risquer sa liberté pour filmer, de planquer des caméras dans un taxi et d’écrire un huis-clos où les personnages sont tous assis au même endroit, c’est un amour qui impose le respect. Et devant un tel combat, même le Règne ferme sa grande gueule.

Voilà.

Maintenant parlons cinéma.

Et franchement… On s’emmerde dans ce taxi. Les scènes se suivent sans être liées, la jeune actrice lutte avec ses répliques et avec toute l’admiration que j’ai pour Jafar Panahi, le réalisateur n’a pas une once de charisme, de magnétisme ou d’aspérité à l’écran. Ça tombe mal, on passe un plan sur deux à le regarder conduire.

Hors cadre, il écrit pourtant bien. Avec discrétion et pas mal de courage, les dialogues dézinguent l’autoritarisme du régime iranien, mais pas assez pour secouer le spectateur : bercé par le ronronnement du moteur et les jolies liaisons de la langue persane, il a fallu que je me morde les joues, pour ne pas tomber sur le volant.

En Bref :  Il ne faut pas aller voir Taxi Téhéran. Malgré l’éloge critique, malgré l’Ours d’Or de Berlin et malgré l’énorme vivacité du cinéma iranien, l’espace confiné de la voiture trouve très vite ses limites, les saynètes n’échappent pas à l’effet catalogue et le personnage principal est noyé dans son impossibilité de parler librement.

Evidemment, il faut y aller, si vous aimez l’héroïsme du geste, si vous aimez l’Iran, si vous voulez soutenir un combattant de la liberté et si, comme moi, vous admirez ceux qui risquent leur vie pour le cinéma, quand d’autres utilisent le cinéma pour gagner leur vie.

Mais pour toutes ces raisons, vous n’avez pas besoin de mon avis.

Avengers : L’ère d’Ultron. Monstres et compagnie.

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Faut-il aller voir Avengers : L’ère d’Ultron ?

Y’en a marre des super-héros.

Je l’ai déjà écrit mille fois, mais j’ai l’impression que Marvel creuse dans un puits sans fond d’où sortent des héros identiques mais un peu plus nazes à chaque fois, auxquels il arrive toujours les mêmes trucs (à venir Ant-Man l’homme fourmi, un nouveau X-Men, la suite du reeboot de Spider-man et le reeboot de la suite des 4 fantastiques…).

Si, à la vue d’un carré d’herbe verte, il vous prend l’envie d’aller brouter, c’est normal : ça fait 15 ans que Marvel a pris l’habitude de vous traire.

Meuh.

Et l’art dans tout ça ? Kubrick ? Le cinéma ? “L’art mon pote, c’est pour les pds”, répond Hollywood avant de mordre dans son sandouich. Tout le monde rigole, sauf Joss Whedon, le réalisateur, qui récite du Shakespeare tout seul dans une piscine.

Avengers 2 raconte l’histoire d’une dizaine de mecs qui sauvent le monde en faisant des vannes. Tout est là : des explosions partout, des héros musclés, des échanges virils, des méchants méchants et des gadgets cools comme, par exemple, les femmes. Le nouveau super-nanard testostéroné arrive, à cheval sur une trompette.

Et pourtant, Avengers 2 est formidable. Mieux, malgré le défi impossible de multiplier les personnages principaux et les figures imposées, le scénario réussit là où tous les autres plantent en beauté. A commencer par l’essentiel : rendre les super-héros humains.

A mi-parcours, tout le monde arrête de se battre pour enfiler des chemises à carreau et couper du bois dans la forêt. Ça pourrait être caricatural, mais c’est le coeur du film. Regardant nos beaux héros invincibles, la femme d’Hawk Eye nous les montre comme on ne les avait jamais vus : des êtres inhumains, des machines à tuer sans âme, dont la vie est un grand vide.

Dans la chambre d’à côté, Hulk aussi est un monstre. Sauf que lui le sait déjà. Ses camarades le taquinent sur les civils qu’il a “blessé”. Mais c’est un meurtrier, comme Black Widow. Devenue l’assassin que l’on a fait d’elle, elle non plus n’a pas le choix. C’est peut-être pour ça qu’elle aime Hulk, “le héros qui refuse de se battre, par peur de gagner”. Les scènes où elle le calme en lui caressant la main font probablement partie de ce que j’ai vu de plus beau au cinéma cette année.

Face à cette bande de surhommes névrosés, le méchant, artificiel, rêve secrètement d’être humain. En maniant les symboles, l’humour absurde et des dialogues parfaits, Joss Whedon élève ses Avengers très loin au-dessus de la mêlée, avec une finesse qu’on ne voit presque jamais dans les blockbusters américains. Derrière le mythe du super-héros, il pose cette question fondamentale : au fond, qui est le vrai monstre ?

Hollywood oblige, il ne va jusqu’au bout de la réflexion. Aucun civil n’est jamais tué dans le champ et, avant de détruire un immeuble au coeur d’une ville, Iron Man vérifie évidemment qu’il n’y a personne dedans… Une vieille rengaine, qui conforte le mythe de la guerre chirurgicale menée par l’Amérique partout dans le monde, où seuls les méchants meurent, mais jamais les enfants afghans.

Allez, une réflexion intelligente dans un film de super-héros, je ne vais pas non plus demander un discours politique subversif.

En Bref : Il faut aller voir Avengers : L’ère d’Ultron. C’est ce qu’on a fait de mieux dans le genre. Parce qu’il y a un propos, plus d’humour que d’explosions et parce que Joss Whedon réussit à doter ses supers-héros d’accessoires rarissimes dans leurs combinaisons par-balles : des faiblesses.

La parenthèse se referme, les réalisateurs de seconde zone peuvent revenir nous emmerder avec leurs héros sans âmes et leurs quêtes débiles. Au moins, maintenant, ils ont un modèle à copier.

Pourquoi j’ai pas mangé mon père. Demain ne meure Jamel.

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Faut-il aller voir Pourquoi j’ai pas mangé mon père ?

Ah Jamel. Bordel. Qu’est-ce que t’as foutu ?

T’étais un pote, un grand-frère, même ceux qui te crachent dessus aujourd’hui oublient qu’on a tous grandit en se passant tes dvds et reproduisant tes vannes dans la cour de récré. Si on a tous été voir Mission Cléopâtre, c’était ni pour Clavier ni pour le gros. Et si un jour on nous demande “pourquoi tu cours ?”, on répondra “parce que tu cours !”

Jamel, lapin, j’ai pas envie de te dire des méchancetés. Mais si mon meilleur pote se fait tatouer un crabe sur le front, je vais être obligé de lui demander si ça va. Je vais être obligé de lui dire qu’il est très moche, son crabe.

Commençons par le début : quand tu décides d’adapter un roman culte comme “Pourquoi j’ai mangé mon père”, t’as le droit de le modifier, mais t’as pas le droit de faire n’importe quoi avec. T’inverses pas le titre, par exemple, c’est hyper prétentieux. Et si tu as assez de respect pour le roman, tu t’effaces un peu derrière.

Mais tu t’effaces pas Jamel. Au contraire.

Roy Lewis, c’est juste une excuse pour exporter tes vannes dans la jungle. Exactement les même vannes que tu faisais quand on était petits, en moins bien. Les singes Rroms, les singes Portugais, qui font de la maçonnerie, la singe bourgeoise avec sa patate chaude dans la bouche… T’es sérieux mec ?

“Je t’épouillerai pas le uc” Même le langage “des banlieues” que tu tritures, il sent les années 90. Et c’est normal mec, tu vis sur l’Ile Saint Louis. Ça marche plus, et comme toi aussi tu t’en rends compte, tu choisis d’en faire des tonnes. Tu hurles, pendant une heure et demie, des répliques maladroites et naïves, avant de danser sur “Get up et fais ton truc”, version scandaleusement française d’Al Hudson & The Partners.

Mais c’est pas le pire. Ta plus mauvaise idée, qui sera sans doute la pire de ta carrière, après avoir décidé de tourner avec Besson, c’est de ressortir De Funès du cercueil, et en deux exemplaires. Je ne sais pas si tu as revu Rabbi Jacob ou La Folie des grandeurs ces vingt dernières années, mais tu aurais dû te rendre compte que ce mec est aussi drôle qu’un match de Ligue 2.

Et c’est gênant.

Gênant, parce malgré tout, il y a quand même des bonnes blagues, un personnage très réussi (celui qui ne parle pas, tiens donc !) et une animation française de qualité, malgré la froideur ambiante. Gênant quand même, parce qu’en taffant un peu, tu pouvais faire mille fois mieux.

Alors en tant que pote, je me dois de te livrer cette vérité difficile : le comique, comme le basilic en pot sur la fenêtre, finit inéluctablement par périmer, même si on l’arrose régulièrement et quel que soit son talent. Alors laisse tomber. Fais comme Coluche, Bourvil et Balasko avant toi : enlève ton nez rouge, pleure devant la caméra et fais du drame.

C’est ça, ou dans 10 ans, tu payes tes impôts en faisant des pubs. Tu rêves d’une banque ?

En Bref : Il ne faut pas aller voir Pourquoi j’ai pas mangé mon père. Sauf si vous êtes un inconditionnel de Jamel, au point de vouloir le voir singer, sur grand écran, les sketchs qu’il faisait en mieux sur Canal il y a 15 ans.

Pour le reste, c’est une grosse farce hurlante, fatigante et à la limite du supportable. Le seul moment qui m’a vraiment fait rire, c’est la bande-annonce. Et elle est même pas dans le film.

The Voices. Kill-Cat, have a (nervous) break.

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Faut-il aller voir The Voices ?

On s’en fout un peu. De toute façon le film n’est plus visible qu’à Saint-Gratien et Franconville. Alors à quoi bon en parler ? Allez ! Après tout, une bonne critique se lit après le film, sous la douche, tranquillement enroulé dans un rideau avec des bigoudis dans les narines.

Right ?

C’est l’histoire d’un mec qui confond la vrai vie et le Prozac. Il s’appelle Jerry. Il est pas bien. Tendu. Gentil pourtant, timide, amoureux et presque irréprochable, si on oublie son penchant pour le meurtre violent et le démembrement arbitraire. “C’est pas moi”, répond Jerry, les yeux ronds, “c’est mon chat”. A d’autres.

60 ans après Persepolis, Marjane Satrapi creuse son sillon. On la pensait éteinte, condamnée à n’être que l’auteur d’une biographie géniale, parce que sa vie elle-même était impressionnante. Pas du tout. Depuis qu’elle a quitté l’Iran, Marjane a pris beaucoup de drogues, et ça lui réussit pas mal.

Sur le fond comme sur la forme, The Voices est un grand buvard d’acide. Le héros est un malade carabiné, qui décapite les femmes qu’il aime, la majorité de ses dialogues consistent à débattre de questions morales avec son chien et son chat et, sans vous révéler la fin, je me contenterai de dire que le générique de clôture mérite largement de se taper le reste.

Parce que, comme toutes les drogues dures, The Voices ne dure -justement- pas éternellement. Après nous avoir enroulé dans sa comédie noire et colorée, Marjane nous abandonne soudainement. On se réveille avec la gueule de bois dans un grenier qui pue la pisse avec un chat chelou et des tuperwares ensanglantés partout. C’est horrible, plus drôle du tout et un peu dégueulasse.

L’effet est puissant. Perdu, le spectateur ne sait plus s’il doit continuer à se marer, ou s’excuser d’avoir autant rit devant un spectacle horrible. Mais Satrapi elle-même ne semble pas trop savoir où elle veut en venir et ce qu’elle veut nous dire. Alors plutôt que de faire face à la noirceur de son pitch, elle préfère reprendre une pilule, éviter de se poser trop de questions et empaqueter le tout dans un festival de WTF fluorescent.

(Bonjour maman, WTF c’est l’acronyme anglais de “What the Fuck”, c’est ce qu’on dit quand les gens font n’importe quoi, comme quand papa imite le rire des gens très fort au restaurant pas exemple. Bisous.)

Tant pis, on n’essaiera pas de trouver un message derrière le délire. Mais ça fonctionne quand même. Parce que c’est enlevé, barré, un peu lâche mais foncièrement libéré des codes du cinéma classique.

Même en couleur, même sur pellicule, Marjane Strapi continue de faire des dessins animés.

En Bref : Il faut aller voir The Voices. Enfin il fallait y aller. C’est un peu creux, mais plutôt marrant, très bien interprété et largement plus original que tout ce qu’on nous livre en ce moment. En tout cas, certainement plus courageux que toute la filmographie de Daniel Auteuil.

Pardon Daniel. Nothing personal. T’étais là, j’ai tiré. A quelques secondes près ça aurait pu être Marion Cotillard.