Mr. Robot. Hack à tâton.

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Faut-il télécharger illégalement Mr. Robot ?

Salut les bipèdes !

Je me suis toujours juré que ce blog ne parlerait que de cinéma. Mais vu qu’Hollywood est en état de mort cérébrale, que le cinéma français est trop occupé à filer des rôles aux fils de ses potes, et surtout, vu que je suis infoutu de faire cent mètres sans chialer de douleur, j’ai décidé de m’intéresser au petit écran. Celui de mon ordinateur.

Je sais, j’arrive un milliard d’années après la bataille. A vrai dire, l’âge d’or des séries vient de passer. Six feet underLes Sopranos et The Wire c’est fini. Maintenant, les séries subissent les mêmes dérives qu’Hollywood aux prémisses de sa chute : prequels de merde (Fear the Walking Dead, Better Call Saul), remakes pourris (ScreamFargo, The Killing) et super-héros pétés (Dardevil, Flash).

Les poches sont pleines, les cerveaux sont vides et comme dans toute bonne entreprise rentable, l’imagination n’est plus au pouvoir.

MAIS (et j’interrompt enfin cette analyse navrante, datée et bardée de lieux communs) il y a quelques mois, une lueur est apparue dans ce naufrage annoncé. Tout le monde s’est mis à sauter sur place : une nouvelle série venait d’écraser tout le reste, malgré son nom tout naze : Mr. Robot. Si vous ne l’avez pas vue, félicitation, vous n’êtes pas un hipster.

Et c’est vrai que la bande-annonce fait saliver : univers parano, héros magnétique et images soignées… Les références clignotent en filigrane : Fight ClubOrange Mécanique ou Matrix. J’en veux !

Et pourtant, Mr. Robot est une belle gros daubasse.

Derrière le vernis cool qui l’enrobe, la série n’est construite que sur de la rhétorique révolutionnaire post-adolescente (“Pourquoi tu fais ça ?” “Pour changer le monde.”), des ficelles élimées (l’amitié-amour platonique, les hommes en noir à grosses lunettes, le jeune cadre dynamique psychopathe…) et, dans l’ensemble, un scénario qui n’arrête jamais de boiter (je sais de quoi je parle).

L’entreprise méchante s’appelle Evil Corp, le club des hackers est un acronyme de “Fuck Society” et les vilains capitalistes se retrouvent en costume dans des grandes tours de verre pour rigoler ensemble de la misère du monde. A l’exception du héros, tous les personnages sont construits sur des stéréotypes de cinq tonnes, mention spéciale pour la voisine du héros, gentille dealeuse mimi et bête comme une planche, à qui personne n’a songé à écrire une seule ligne de dialogue intéressant.

Aujourd’hui, si tu mets pas du flou partout, t’es pas un vrai réal. Sam Esmail, le Show-Runner l’a bien compris, alors il mise tout sur l’originalité de ses visuels : personnages décadrés, lumière surexposée et stylisation à outrance. C’est pas trop mal, mais à force d’inverser systématiquement tous les codes du cinéma classique (les champs-contrechamps, hideux), on finit par se demander si on regarde une série, ou l’album Instagram d’un connard qui se prend pour Salgado avec son Iphone.

Au terme de neuf épisodes laborieux, suivant un arc narratif très vague et loin d’être tendu, la chute arrive. Comme prévu, elle est prévisible, maladroite et caricaturale. Content de lui, le réal rajoute une couche d’hommage à Fight Club, quitte à rejouer les Pixies au piano.

On a compris Sam. Mais t’es à un milliard de kilomètres.

En Bref : Il ne faut pas télécharger illégalement Mr. Robot. C’est prétentieux à en crever, extrêmement mal dialogué et réalisé sans génie. Oui, l’acteur principal a un truc dans le regard et une jolie voix, mais il n’arrive pas à faire oublier l’immaturité fondamentale du scénar et la galerie de personnages secondaires ratés qui l’entoure.

Pourtant, il est indéniable que Sam Esmail a un ton particulier, et un paquet d’idées pas forcément bonnes, mais plus originales que la moyenne. Il ne lui reste plus qu’à se poser calmement et travailler sans se distraire.

Je lui conseille l’escalade.

10 thoughts on “Mr. Robot. Hack à tâton.

  1. Aaah, merci mec.

    Merci parce que t’as bien raison d’agrémenter ton blog de serie.

    Et merci pour Mr robot. En dehors du regard magnétique du heros, c’est pataud, lent, sale, mais même pas poisseux, plus poussiéreux a la limite. Des amis pourtant parfois dignes de confiance m’ont dit de sauter dessus. Je.. J’ai fait tout comme ils ont dit. Jusqu’au dernier épisode de la saison. Mais j’ai toujours pas compris ce qui les a pris.

    Par contre, autant HBO a deja donne son meilleur, autant je crois qu’il y a encore un p

  2. Ouhla, alors non seulement j’ai pas pu envoyer mon commentaire en entier, mais en plus il est parti trois fois sans que je sache trop pourquoi.

    S’il y a moyen d’effacer ce bordel :/

    • Ouais j’en ai supprimé deux, mais je veux savoir la fin du message avant de supprimer le troisième !
      “Il y a encore un p…” mais un p-quoi ? J’étouffe de suspens.
      Peut-être qu’il y a un p-ontentiel chez Netflix ou Amc ? Ou un p-ère noël qui arrive à la fin de l’année ? Un p-èche Melba, c’est une pèche Melba avec un moustache ?

      En tout cas, content de ne pas être seul à avoir flairé cette arnaque arty de Mr. Robot…

      • J’allais dire :

        “Il y’a encore un peu de couscous au frigo. Si jamais t’en voulais.” C’est juste que je suis nul en transition.

        Fargo c’était très très bien jusqu’à l’épisode 8, et y’a tout plein de nouvelles séries en ce moment ou récemment qui sont chouettes. Elle sortent plus de chez HBO, mais ils ont montre la voie, et si je doute que The Wire soit un jour égalé, y’a plein de gens partout qui font et vont faire plein de choses. Je crois que du coup c’est juste moins évident a trouver.

        Et les cartoons pour les grands (j’allais dire “pour adulte”, mais ça faisait hentaï) sont a leur Zénith, avec “Rick and Morty” en tête de file.

  3. Ouais, plutôt d’accord sur pas mal de point. Malgré tout je trouve que c’est une série carrément au-dessus de la moyenne. L’acteur principal est bon et la réal est assez couillu. Je me suis fatigué de cette série au moment ou ils attaquent je ne sais plus quelle bâtiment, et quand le gangster-dealer-psychopathe-pastropméchant arrive. Ca puait la sous-intrigue qui permettait de rallonger la série. Et le twist, ba.. t’as déjà tout dit ! Mais je conseillerais quand même cette série, ne serait-ce que pour l’ambiance du premier épisode, avec cette thématique du hacker parano qui va juste au boulot comme tout le monde, mais en piratant tout ce qui bouge, pour l’acteur principale, pour christian slater, qu’on avais pas vu depuis 2000 ans, et qui joue pas trop mal cette fois-ci. Même s’il est vrai que c’est blindé de facilité ( La voisine, le héros qui prend de la drogue, le twist, la psy qui en fait c’est elle qui va pas bien… ), y a quand même de belle qualité.Et puis après avoir maté fear the walking dead, je me dis que Mr robot c’est peut être pas super réussi, mais qu’au moins on s’est pas foutu de notre gueule.

    • Salut Zipane, respect à tous les mecs qui luttent contre la dictature du paragraphe !
      Bien-sûr, si on prend la moyenne, Mr Robot est bien au-dessus. Mais comment faire une moyenne des séries télés ? Faut-il y mettre Joséphine Ange Gardien et les rediffs de Star Trek ? Ils plombent pas mal la moyenne ceux-là.
      Mais c’est vrai que le premier épisode mérite le détour (même si pour moi, les scènes de couples entra la blondinette et son mec teubé sont affligeantes de ringardise). Ce qui me dérange le plus au fond, c’est que la série soit si critique avec le monde et, en gros, les autres productions, alors qu’elle-même se content d’emprunter les mêmes grosses ficelles que les autres, en se contentant de décadrer un peu l’image et de rajouter de la musique cool.
      Tu peux être moyen, c’est pas grave, mais quand tu prends tous les autres pour des nazes, t’as l’air d’un con. Si un jour j’arrive à vendre un scénar, c’est exactement le genre de reproche qu’on pourra me faire :-D

  4. Alors je suis TRES heureuse que tu te mettes aux critiques de séries. C’est un peu comme un voeu qui se serait réalisé tu vois, j’attendais ça depuis longtemps. Parce que j’ai aussi l’impression d’avoir vu toutes les bonnes séries et qu’il n’y a plus d’espoir… Surtout après avoir regardé Mr Robot (les salops, je leur en veux encore.)
    MAIS c’est quand même une de mes pires nouvelles de l’hiver cette histoire de jambe dans le plâtre hein. Je vais opérer comment mon tri sans personne pour me dire s’il faut ou pas y aller??! Non, sérieusement, je sors de “Mon Roi” et j’aurais tellement aimé lire la critique du Règne, la vie est injuste.
    En bref: pour compenser ton ingrat abandon, je compte sur toi pour découvrir de merveilleuses séries en échange (ou pour me délecter de tes commentaires sans concession sur les moins bonnes) ;)

    • Merci Rachel !
      J’ai toujours un peu de mal à finir les séries, mais je vais essayer de m’en faire une ou deux, si j’arrive à garder les yeux ouverts suffisamment longtemps (pour l’instant, je douille et je comate).
      Faute de regarder beaucoup de séries, je rattrape mon inculture de cinéma classique ici : http://www.lacinetek.com/fr/
      En attendant que je revienne, tu peux faire pareil :-)
      Et Mon Roi ? Ça vaut quoi alors ?

      • Mon Roi… Alors, même si j’ai adoré le Bal des Actrices et Polisse, j’allais bizarrement à reculons voir Mon Roi. Je sais pas vraiment pourquoi, je me méfiais des “déviances” de Maïwenn (tu sais, les à-côtés superflus qu’elle ajoute toujours à ses films, pourtant excellents). Je crois que j’avais peur que Mon Roi soit un de ces “à-côtés” version long métrage, avec trop de mélo et drama.
        En fait, pas du tout. Le film a ses longueurs là encore, car l’histoire est narrée de manière vraiment linéaire. Mais il remue les tripes, il donne envie d’aimer, il fait souffrir, il donne envie de ne plus aimer… Bref, on se projette dans cette histoire d’amour ravageuse. Je pense que c’est essentiellement grâce aux deux acteurs qui sont magiques, surtout Emmanuelle Bercot (qui mérite son prix!).
        Maïwenn rajoute là encore des scènes de moins bonnes qualités, des personnages un peu bâclés (dans le centre de rééduc par exemple, même si ces moments de légèreté sont un peu bienvenus pour reprendre notre respiration au milieu de cette tornade), mais je lui pardonne car elle capture de vrais moments d’émotion, de vrais moments de cinéma.
        Voilà mon humble et arbitraire avis: pas mal de défauts, mais moi j’ai été transportée :)
        J’espère que tu me donneras ton avis quand t’auras réussi à t’extirper de la cinetek!! Merci pour le lien!

  5. Pingback: Utopia. Brit propre. | Le règne de l'arbitraire

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