Les combattants. L’important c’est l’armée.

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Faut-il aller voir Les combattants ?

Arnaud a les yeux bleus et l’air idiot. Madeleine a les lèvres pincées et le coup de boule facile. Il ne leur reste plus qu’à faire l’armée. Ou l’amour.

Si on schématisait le cinéma français, on pourrait dire qu’il y’en a deux : le cinéma “qui pense et qui parle” (Resnais, Desplechin, Larrieu, Huppert, Denis, Fontaine, Ozon… Les casse-burne en gros) et le cinéma “qui pète et qui rigole” (Boon, Garcia, Poelvoorde, Foresti, Lamy… Les andouilles en gros).

Pour son premier film, Thomas Cailley invente un nouveau genre : le cinéma qui court dans la forêt.

Ici, personne ne disserte sur le sens de son action et la symbolique des couleurs. Jamais le réalisateur n’essaie de parler à travers la bouche de ses acteurs pour nous faire part de sa vision du monde (coucou Lars Von Trier). Tout est filmé à la hauteur des personnages, sans prétention, sans grandiloquence, mais avec une sensibilité discrète et poignante.

Le cinéma qui court dans la forêt est existentialiste. Pas pour faire le malin avec un concept casse-couille, mais parce que les personnages se définissent par ce qu’ils font, et non par ce qu’ils disent ou par ce qu’on leur demande d’être. Derrière ses airs naïfs et tendre, Arnaud peut se dépasser lui-même pour devenir un héros. A l’inverse, cachée derrière son air de mule psycho-rigide, Madeleine a de la tendresse qui bouillonne, et des fragilités enfouies sous des kilos de tuiles.

Au fond, sans discours ni trombone, Les combattants dit un truc simple au spectateur : “Tu peux changer. Et tu peux être qui tu veux”. C’est cool. Pour paraphraser Adèle Haenel, on peut même dire que c’est la définition du cinéma. Pendant une heure et demie, tout nu dans la forêt, tu peux être un léopard.

Pas de panique, aucune leçon de morale à l’horizon, le film dit tout cela sur l’air des lampions : les vannes fusent, la musique déboite et le système martial prend un joli petit coup dans les narines.

Et puis voilà. Sans révolutionner le cinéma, cette jolie comédie réussit pourtant à faire souffler une bourrasque de soleil et de fraicheur sur cet été particulièrement liquide. On en sort comme d’une partie de jambe en l’air. Léger, béat et plein de courbatures.

En Bref : Il faut aller voir Les combattants. C’est le film de l’été, faussement simple, profondément original et mené par des personnages qui se définissent en agissant. L’antithèse parfaite de Winter Sleep.

Sinon j’ai parié avec un pote que je placerai le mot “philistin” dans une critique. Ben voilà. J’ai gagné.

Suzanne. Usée.

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Faut-il aller voir Suzanne ?

Suzanne fait des conneries. Elle saute des repas, puis des inconnus, et puis des barrières de police. Et à chaque fois, elle retombe sur les épaules de sa petite soeur et sous le regard désespéré de son père.

C’était au cinéma l’année dernière, alors je vais pas jouer le suspens. Comme l’a dit la critique et à peu près tout le monde, Suzanne est un film qui a tout pour plaire. L’actrice principale et ses partenaires sont justes d’un bout à l’autre, la réalisation est racée, la musique est belle et la lumière est douce.

Jeune espoir de la réal française, Katell Quillévéré n’est pas seulement bretonne, mais également très talentueuse et pleine de finesse. Son film parvient à survoler chaque lourdeur, chaque leçon de morale et chaque crise de larme sans trébucher. Tout est dans l’ellipse, dans l’immédiat et le non-dit.

Au milieu de son épopée, la réalisatrice atteint même quelques moments de grâce : un baiser sous un pont, d’autres, en plan très large et puis une mère un peu paumée qui marche à côté de son fils.

Chef d’oeuvre alors ? Lampions ?

Non. Parce que dans cet océan de légèreté, on manque peut-être d’un peu de terre pour s’accrocher, un peu d’humain, d’émotion même. Parce que la petite Suzanne commence par nous émouvoir, mais finit franchement par nous saouler. On ne sait pas bien où elle va et finalement, si le film fait l’éloge de sa liberté ou la dénonciation de son égoïsme.

“Les deux”, nous répondra sans doute Katell. Oui mais voilà, il faut trancher Katell. Parce qu’on ne fait pas de chefs d’oeuvre sans prendre parti. “M’en fous, rétorque Katell, j’ai fait Ciné Sup à Nantes et toi t’as pas été pris”.

T’es dure Katell.

En Bref :

Il faut aller voir Suzanne. Parce que c’est beau, intelligent et libre. Mais il manque une étincelle pour que l’histoire de cette jeune fille nous bouleverse. Sans doute parce que le personnage manque un peu trop d’humanité pour qu’on s’y attache.

Mais à coup sûr, il faut garder Katell Quillévéré à l’oeil. Comme tout le reste du casting d’ailleurs.