Les coquillettes. Amies cuites.

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Faut-il aller voir Les coquillettes ?

La presse parle d’un film girly. C’est débile. On décrit pas les James Bond comme des films de bonhomme. De toute façon, genrer les choses, c’est un truc de blaireau. Mais bon, comme Laracrotte vient de m’interdire de vous bassiner avec mes opinions, je vais aller directement au fait.

La dernière fois que j’ai vu un film que tout le monde trouvait girly, c’était Tout ce qui brille. C’était cool. Plein d’humour, de finesse et d’intelligence. Alors poum, j’ai réessayé d’en voir un, un jour qu’il faisait trop beau pour sortir dehors.

C’est l’histoire de trois potes, qui font du cinéma, écument les festivals mais surtout les cocktails, pour essayer de rouler des pelles, éventuellement à Louis Garrel. C’est tout.

Le premier avantage du film, c’est de prouver aux garçons que malgré leurs dégaines de princesses, les filles aussi sont des gros looseuses, qui galèrent pour pécho, qui se ridiculisent devant l’homme idéal, et finissent par attraper des tocards en dépit de cause.

Le problème, c’est que ces trois là sont particulièrement pathétiques. Comme elles, le film est parfois drôle, mais plus souvent lourd, caricatural, fatiguant, mal fagoté et répétitif.

J’ai beaucoup de respect pour les gens qui font des films avec trois euros, mais on ne peut pas toujours planquer le manque d’idées et de moyens derrière des concepts (des gros plans moches, des voix-off mal posées et des dialogues post-synchronisés à l’arrache, bof).

Car finalement, derrière les soirées arrosées et les virées pathétiques de ces héroïnes antipathiques, il n’y a pas grand chose sinon de la solitude, beaucoup de vanité et une montagne d’égoïsme.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Les Coquillettes. C’est parfois rigolo, pas toujours idiot et ça nous change un peu des filles parfaites et immaculées vendues par le cinéma industriel, mais ça suffit pas pour faire un film. Pour ça il faut avoir quelque chose à dire.

C’est terrible ça. Depuis que les artistes ne crèvent plus la dalle, ils sont moins bons. Tout le monde parle du même truc : l’égoïsme du moi, la cinématographie du cinéma, la chaisitude des chaises et la vacuité du vide.

Et en plus j’ai un vieux mal de crâne.

Flight. Denzel in distress.

Flight

Faut-il aller voir Flight malgré que ça a l’air pourri ?

C’est un pilote, il est saoul, il est coké mais cool, alors il sauve des centaines de vies en posant son avion à l’envers. C’est une junkie, elle est coriace, elle est accro mais coquine. Vont-ils s’aimer plus fort que leurs addictions ? Ça serait bien.

Même le pitch a quelque chose de pourri, d’américain, dans le sens péjoratif du terme : on voit venir à mille nautiques la grosse réflexion convenue sur l’addiction, la morale, Dieu et la traversée du désert. Et lorsqu’elle s’approche, on se rend compte qu’on avait bien vu. C’est ça. Au mot près.

Dans les écoles de cinéma, on pourrait utiliser Flight comme la check-list de tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma mais que tout le monde fait quand même tout le temps :

Dans le désordre, on voit une junkie dépravée se transformer en mère de famille equilibrée en cinq plans, un alcoolique quitter les alcooliques anonymes au moment où un autre confesse qu’il “n’osait pas faire face à l’époque” (ça c’est d’la réal frère), a cinq reprises, des mecs qui débattent de l’existence de dieu en haussant les épaules (et en fumant des clopes passke c’est pas des bigots ok ?), dont une fois avec une église en toile de fond (c’est d’la réal j’t’ai dit).

Je fais un paragraphe pour faire respirer l’article.

On voit aussi : un fils qui dit à son père “tu est mon héros mais je ne sais pas qui tu es” au parloir, John Goodman en hippie-rockeur improbable, lunettes noires et catogan, qui fume de la coke (oui) sur Sympathy for the devil, un traveling arrière sur Denzel Washington qui marche, bourré avec des lunettes noires topaclasse, et encore Sympathy for the devil, Denzel Washington qui pleurniche, bourré devant une vidéo de son enfance,  Denzel Washington qui pleurniche, bourré, en reconnaissant qu’il est bourré…

On and on. Pendant deux heures.

Comme pour enfoncer le pylône, le réalisateur orchestre ce naufrage sur l’ensemble du top 50 des années 70. Outre ces putains de Rolling Stone, on nous inflige un extrait des Beatles dans l’ascenseur, Joe Coker dès qu’il y a un silence, Marvin Gaye pour faire triste, Ain’t no sunshine when she’s gone et même ces tocards de Red Hot Chili Pepper.

Ok, c’est du bon son, mais ça n’a rien a foutre dans un film. Merde Bob, t’es la pour raconter une histoire, pas pour repasser tes vinyles ! Au final t’as l’impression d’être bloqué dans la cabane au fond du jardin avec ton oncle et ton oncle qui fument des pétards en écoutant Led Zep.

L’enfer.

Finalement, le seul avantage de ce Robert Zemeckis, c’est qu’il y a pas Tom Hanks. Mais bon dieu, après l’avoir vu, qu’est-ce que j’aurai donné pour un petit retour vers le futur…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Flight. C’est lourd comme un Boeing et con comme une hélice. Après une scène de crash bien réalisée et un superbe dialogue dans les escaliers, Robert Zemeckis se noie dans un océan de clichés mal-vus, de réflexions à deux balles et de bien-pensance moisie.

C’est dommage car comme disait mon pote PO, y’avait quand même un truc subversif à faire sur l’histoire d’un mec qui conduit mieux quand il est bourré.

7 psychopathes. Les 7 mecs vénères.

Faut-il aller voir 7 Psychopathes ?

C’est l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées, mais un titre : 7 Psychopathes. Il décide d’écrire l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées mais un titre : 7 Psychopathes.

Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup m’interroger sur l’infini en fixant le bonhomme sur les paquets de chips à l’Ancienne ou les boucles d’oreilles de la Vache qui rit. Depuis la nuit des temps (enfin vers 11h) les mises en abyme sont à la fois une source inépuisable de rigolade, et un procédé qui devient rapidement casse-gueule quand on fait le malin avec. Tout dépend de l’habileté du réalisateur.

Quand il est doué, ça donne Scary Movie : “C’est drôle, on se croirait dans un film” “Mais c’est un film chérie, regarde y’a le réalisateur, la scripte, les machinos…”. Mais parfois, ça donne aussi Mais qui a re-tué Pamela Rose ? : “Il est vraiment naze, ce scénario”, et c’est pas drôle, parce que c’est vrai.

Mais derrière sa gueule de pub pour Gilette, Martin McDonagh, le réalisateur et scénariste de 7 Psychopathes n’est pas un tocard : il a déjà démontré une maîtrise de l’humour absurde (rarissime au pays du premier degré) excellente dans Bons baisers de Bruges. Et ça se ressent dés le début du film : les dialogues sont fins, suspendus, un peu stupides et très drôles. Le montage est pêchu et les clichés sont malmenés.

Pendant que Colin Farrel s’occupe d’être plat et de rendre le film bankable, l’excellent Sam Rockwell et le mythique Christopher Walken s’attachent à le rendre attachant. Au bout d’une heure de flingues et de truands, le scénariste déclare qu’il en a marre de la violence et qu’il aimerait que ses personnages partent discuter dans le désert sans duel final. Et c’est ce qu’ils font.

Malheureusement, il ne va pas jusqu’au bout de son délire. Après une moitié en roue libre, il finit par reprendre la route du film classique pour livrer une fin un peu bancale, usant et abusant du procédé de l’abyme, au risque de se répéter. Surtout, il prouve qu’il a écrit le début sans savoir où il allait.

Mais à l’époque du film bande-annonce où n’importe quel long-métrage doit tenir dans un pitch de 3 minutes, ça fait vraiment plaisir d’être paumé.

En Bref : Il faut aller voir 7 Psychopathes. Malgré sa promo bâclée, qui le fait ressembler à un énième film de beaufs avec des flingues, malgré son déroulement bordélique et malgré un final pas hyper réussit.

Il faut y aller si vous en avez marre de voir toujours les même films venir d’Hollywood, si vous aimez l’audace, les blagues sans chute et si vous préférez la discussion qui le précède au meurtre en lui-même.

Des hommes sans loi. Sans foi ni foie.

Faut-il aller voir Des hommes sans loi ?

L’Amérique, le temps des moustaches. L’alcool est interdit, tout le monde est bourré. Les shérifs, les notables et les juristes ferment les yeux tant qu’on remplit leur verre. Dans toutes les bonnes forêts, des bouilleurs de cru amateurs font cuire de l’alambic maison dans des tonneaux.

Un jour, un super-flic décide de déglinguer tout ceux qui trichent. Alors tout le monde flippe, sauf les frères Bondurant, parce qu’ils sont immortels et parce que l’aîné à une putain de droite.

On pouvait espérer un truc bien cool de ce film : l’incroyable Tom Hardy en cow-boy taciturne, le réalisateur de La Route (Road-movie post-apocalyptique bien zdry) a la caméra et le rockeur sombre Nick Cave au stylo. Quand des mecs aussi virils du stetson réalisent un western plein de bandits et d’alcool frelaté, ça sent d’ici la bonne cuvée.

Et puis… J’sais pas.

Effectivement, ça tape dur, les hommes sont mutiques, sages et violents, l’air est lourd et les flingues chargés mais pas que. Au centre, il y a aussi l’histoire bien plus convenue d’un jeune tocard sans charisme qui veut devenir plus gros que le beuf. Ça tombe bien, puisque c’est le nom de l’acteur (Shia LaBeouf, pas mauvais), mais le problème, c’est que cette partie prépondérante de l’histoire n’à aucun intérêt.

Pire, le méchant est complètement caricatural et ridicule et le final vire un peu à la grosse guignolade tant tous les personnages semblent aptes à prendre des dizaines de chargeurs dans le bide avant d’arrêter de se battre.

Dommage, parce qu’à chaque apparition du grand-frère, on trippe à mort.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Des hommes sans loi. Pas mauvais, le film rempli allègrement son rôle de divertissement, sans vraiment se fouler pour créer une véritable ambiance visuelle ou pour raconter une histoire décoiffante.

Dommage, parce qu’il y avait pas mal de talents réunis autour du projet. Et aussi parce qu’on a pas encore vu de Western génial depuis Il était une fois dans l’ouest, et ça commence à dater…

Sinon, ces derniers temps, vous mettez pas mal de commentaires, et moi bah ça m’fait plaisir.

Bellflower. Power.

Faut-il aller voir Bellflower ?

C’est l’histoire de deux tarés qui boivent de la bière au petit dèj et qui construisent un lance-flamme. Un jour, l’un d’eux tombe amoureux d’une blonde machiavélique en mangeant des grillons. Et puis finalement, il devient fou.

Quel plaisir de voir un film sans savoir où il nous mène. Bordélique, foutraque et pas très bien construit, Bellflower a le mérite d’être imprévisible. Dans l’écran, deux grands débiles promènent leurs carcasses sous le soleil d’un été sans fin. Ils fument, boivent, baisent et font à peu près tout ce que le cinéma hollywoodien a pris l’habitude de nous interdire.

Jaune, bleue, floue… l’image est saturée, hasardeuse et criarde. Un peu comme le film en lui-même, porté par une créativité qui semble intarissable. Dans ce grand capharnaüm, il y a surtout un sentiment de liberté qui confère au film sa beauté intrigante et paradoxale.

Ça fait beaucoup d’adjectifs.

Trop d’ailleurs. Trop long, trop complexe, avec un double final qui tend un peu vers le grand n’importe quoi. Parfois, on se demande si le réalisateur n’a pas écrit son scénario en fonction des images qu’il voulait filmer. Heureusement, ces dernières sont si belles.

Au final, Bellflower ne fonctionne pas très bien. Il perd son spectateur et traîne en longueur, en ressassant des propos lambdas sur l’amitié et les gonzesses. Mais parbleu, on ira sûrement voir le deuxième film d’Evan Glodell.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Bellflower. Malgré son style unique, sa liberté de ton et une image travaillée, le film ne passionnera que les amateurs de cadrages et autre geeks de la caméra dans mon genre (le genre qui admire Panic Room, juste parce que David Fincher nous fait passer dans l’anse d’une cafetière).

Mais un film, c’est d’abord une histoire, et celle-ci part dans tous les sens, au risque de gaspiller la belle énergie de son réalisateur. Alors attendons.

S’il canalise sa folie créative, Evan Glodell pourrait bien rentrer dans l’histoire sans s’en rendre compte. Comme son pote Tyler Dawson, acteur magnétique et inconnu, dont je vous jure qu’on entendra parler un jour.