Le Passé. Famille décomposée.

Le passé

Faut-il aller voir Le Passé ?

La vie de Marie, c’est vraiment chiant. Sa fille fait la gueule tout le temps, son beau-fils est très énervant, son mec s’endort en pleurant parce que que sa femme a bu du détergent. Pour rendre tout plus palpitant, Marie rappelle son ancien amant, qui se ramène en avion d’Iran et se demande ce que c’est que ce bordel.

J’avais décidé de tenir jusqu’en bas, mais en fait ça prend trop de temps. La seule rime qui vaille en terme de cinéphilie, c’est celle-ci :

Asghar Farhadi = Génie.

On le pressentait après le formidable Une séparation, et la suite le confirme : ce type écrit des scénars comme Adjani gagne des Césars et comme César gagne des bagarres. Avec une déconcertante facilité.

Le français n’est pas sa langue, la culture n’est pas la sienne et le pays est foutrement plus froid que la Perse, mais le réalisateur iranien est une machine. Les histoires qu’il déroule sont calibrées comme des thrillers, la violence physique en moins : on reste hypnotisés, le ventre noué et le pouls qui tressaute, devant ses synopsis à tiroirs.

Simple et élégante, la mise en scène se charge surtout d’être efficace et au service du drame. Comme d’habitude, tout le monde à sa raison, personne n’est vraiment méchant et la mécanique s’accélère jusqu’au final, en suspend, qui laisse le spectateur seul juge face au générique.

Au fond du film le réalisateur développe un propos un peu bancal sur la difficulté de faire le bien sans jamais choisir son camp. C’est pas con, mais malheureusement, cette fois, Farhadi en fait trop. Il peine à terminer son film, fait tomber des cascades de rebondissements et finit par fatiguer le spectateur.

Malgré tout, si Hollywood écrivait des scénarios aussi efficaces que les siens, ils pourraient pas mal économiser en hélicoptères, pour un gros surplus de suspens.

En Bref : Il faut aller voir Le Passé. Parce que le terme galvaudé d’intelligence ne s’applique jamais aussi bien qu’aux films d’Asghar Farhadi, parce que la direction des acteurs enfants est soufflante et parce qu’il faut lui faire gagner de l’argent pour financer son prochain thriller, en espérant qu’il soit un peu mieux terminé.

Après, je comprends que Libé ait décidé de lui mettre un gros tarif : quand on se prend pour des dingos de la langue française c’est déstabilisant de voir qu’un Iranien la maîtrise mieux que nous.

Les enfants de Belleville. En Iran, ils raquent.

Faut-il aller voir Les enfants de Belle Ville ?

A 16 ans, Akbar a tué son amoureuse plutôt que de la voir épouser un autre. Après deux ans de prison, il est majeur et donc en droit d’être exécuté. Pour le sauver, son meilleur ami va tenter de négocier avec les parents de la victime. Mais en Iran, tout se paye. Et il y a toujours une gonzesse pour venir nous perturber.

Ce n’est pas une excuse, mais le jeu de mot pourri du titre s’applique bien au cinéma d’Asghar Farhadi. En équilibre, ses histoires tiennent toujours sur le fil de la morale, sans jamais se faire offrir de solution facile. Comme dans le vrai monde, personne n’est gentil ou méchant, mais tout le monde à ses raisons. La vie est une suite de choix et chacun d’entre eux est un sacrifice.

Dans son précédent film, le réalisateur portait le concept à l’extrême avec une finesse indiscutable. Réalisé avant, Les enfants de Belle Ville partage le même sens de l’histoire et du scénario en y ajoutant une dose de romance discrète et délicate.

C’est beau, c’est lent et, malgré les apparences, ce n’est jamais chiant.

Pourtant, le film n’atteint jamais la puissance incroyable d’Une Séparation. Après un début un peu branlant, il tresse son intrigue de manière un peu poussive et l’histoire ne commence vraiment à palpiter que dans la deuxième partie. Sobre et efficace, la caméra ne tente jamais vraiment rien d’original, au risque de se répéter un peu.

Heureusement, elle filme une actrice dont le regard laisse une empreinte au fond du crâne.

En Bref : Il faut aller voir Les enfants de Belle Ville. Parce que les scénarios de Farhadi sont ciselés comme des thrillers et parce que l’histoire de cet amour maudit fera palpiter vos coeurs de jeunes filles.

Il faut aussi y aller pour saluer un mec qui fait des films dans le pays le moins coolos du monde et qui arrive à pondre de meilleurs histoires qu’Hollywood et ses batteries de scénaristes.