Le vent se lève. Le dernier coucou.

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Faut-il aller voir Le vent se lève ?

Coucou, parce que c’est le dernier film d’Hayao Miyazaki. Un copain. Ou plutôt, le grand-père japonais que nous n’avons jamais eu. Ce qui ne l’a pas empêché de nous prendre dans ses bras quand même. Et nous lui devons tout.

Il nous a appris l’amour. Que ça faisait voler. Et même qu’on pouvait aimer les princesses quand on était mécanicien. Il nous as appris qu’on pouvait aimer les louves aussi. Qu’il ne fallait pas avoir peur des filles sauvages qui crachent du sang. Et la forêt aussi. Il nous a demandé d’aimer la forêt, et on l’a fait. Ils nous a appris qu’un jour nos parents nous laisseraient tout seuls dedans, et qu’on rencontrerait des araignées à moustaches.

C’était une métaphore. Il nous a préparé.

De l’autre côté du Pacifique, l’oncle Walt mettait du GHB dans nos grenadines pour nous traîner dans ses parcs et nous faire acheter des figurines. Parce que nous étions des enfants, il pensait que nous étions idiots, mièvres et attirés par les chansons débiles. Mais c’était pas vrai.

Hayao, lui, ne nous a pas bercé d’illusions. Il nous a prévenu que la vie n’allait pas être facile si on était une petite sorcière ou un cochon, mais il nous a aussi dit que ça n’allait pas empêcher les autres de nous aimer. Ils nous a donné l’espoir, la force et la tendresse. Et pour cela, je l’aimerais toute ma vie.

C’est plein d’un immense respect quasi-filial que je suis allé voir Le vent se lève. Parce qu’avec David Fincher et les frères Wachowski, Miyazaki fait partie des auteurs qui m’ont donné envie de passer ma vie assis sur un siège rouge pliant qui fait mal au cou.

Et je n’ai pas été déçu : si l’univers n’est plus onirique, la poésie est toujours omniprésente, les dessins sont sublimes et la musique de Joe Hisaichi au niveau (même si je me demande si le bougre ne pompe pas un peu ses thèmes précédents à force…) Pourtant, le réalisateur japonais semble s’écarter de sa fausse naïveté habituelle : derrière les avions en papier, la guerre se profile, et la noirceur surgit parfois au cours d’une cigarette ou dans l’intonation d’un accent allemand.

Même les coeurs, battent de travers. La jolie fille tousse sous la couette, le héros semble perdu derrière ses double-foyers et le Japon a des faux-airs de dictature. Sombre. Au point de ne plus autoriser l’émotion à décoller comme avant. Et si certaines scènes frôlent la charge émotive des films précédents, Miyazaki ne les laisse jamais durer. Il veut beaucoup dire, beaucoup raconter, et chaque moment de poésie est rattrapé par la pesanteur de l’histoire vraie. A certains moments, on se détache presque. Les personnages pleurent à l’écran, sans nous emmener avec eux.

Alors ok, j’ai menti tout à l’heure : j’ai été un peu déçu, mais pas beaucoup. Miyazaki reste un formidable raconteur d’histoires et même si la dernière nous emporte moins que les autres, elle est toujours aussi profonde, chargée de finesse et de sens. A des années-lumières des dernières productions à l’eau de rose de l’oncle Walt et ses VRP.

En Bref : Il faut aller voir Le vent se lève. Sans être aussi bouleversant que le reste de la carrière du maître japonais, son dernier opus est un beau portrait du Japon d’avant-guerre. Le ton est plus grave que d’habitude et la profondeur, peut-être encore plus grande.

Allez salut Grand-Père ! Tu peux partir à la retraite en paix. Maintenant, on est prêt pour devenir des adultes.

Et puis si jamais tu décides d’arrêter de finir ta carrière, aucun de nous ne te jettera la première pierre. Surtout pas Luc Besson.