Mud. L’amour mord.

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Faut-il aller voir Mud ?

Deux enfants font du bateau. Ils rencontrent un homme louche qui vit dans les bois. Il leur demande de réparer son bateau et son histoire d’amour, mais ça casse tout le temps ces conneries.

L’histoire est complexe. Mais bizarrement, elle reste en toile de fond. L’essentiel ici, c’est d’abord les images, les sensations, les messages. Ces deux petits garçons, l’oeil vif, qui voguent dans leur barque au petit matin. C’est cet homme dont les bottes impriment des traces de croix dans la boue. Et cette fille aux chaussures de corde, qui erre, un peu triste, dans un supermarché vide.

Dés les premières images, le nouveau film de Jeff Nichols à tous les atours d’un chef d’oeuvre. La musique un peu sourde et enveloppante, la beauté des plans et de la lumière, ou les acteurs impeccables, tout est parfait.

Derrière l’esthétique, le fond du propos fourmille de message codés, sans jamais que rien ne nous soit asséné : la vengeance ne mène à rien, l’enfance se perd et l’amour se casse la gueule. Tout est dit avec douceur et intelligence, dans le regard intense d’un gosse, dans le coffre d’un pick-up ou sous la casquette un peu trop vissée d’un père taciturne.

Là où beaucoup de films se repaissent de violence gratuite, de scénarios alambiqués et d’effets clinquants (cf. la prochaine critique à venir), Mud impose une vraie tendresse, une lumière douce et une certaine idée de la lenteur, qui font passer tous les autres films à l’affiche pour des clips débiles.

Malheureusement, le réalisateur lance un peu trop de pistes pour garder le rythme et il ne parvient pas à égaler la magnificence de Shotgun Stories, son premier film. Mais s’il continue sur sa lancée, sa filmographie pourrait rapidement commencer à faire de l’ombre aux géants.

En Bref : Il faut aller voir Mud. Aérien, profond et maîtrisé, le film renoue avec un certain esprit de l’Amérique sauvage. Là où les sentiments sont purs et les pieds plantés dans la terre.

Il faut y aller pour l’innocence, l’espoir et parce que depuis Terrence Malick, personne ne sait mieux filmer le soleil que Jeff Nichols.

Les bêtes du sud sauvage. Mouvements de bassin.

Faut-il aller voir Les bêtes du sud sauvage ?

C’est l’histoire de l’ouragan Katrina dans un bidonville plus ou moins flottant. C’est l’histoire d’une petite fille, qui voulait être le chef du bassin, et de son papa qui était malade. Il y a aussi des aurochs géants.

Dans le dernier numéro des Cahiers du Cinéma, un dossier très intéressant pointe les dérives du cinéma d’auteur. Comme c’est des néo-nazis, ils s’en servent pour prouver que tous les films sont nuls à part Holy Motors. Mais le fond reste hyper pertinent : aujourd’hui les cinéastes réalisent des produits pitchés, storyboardés et presque sous-vide, sans se laisser le loisir d’être incohérents, d’improviser au tournage et, en substance, de rêver.

Si on en retire la branlette inhérente au magazine, ce dossier met le doigt sur un mal récurrent du cinoche : à force de respecter à la lettre la grammaire du cinéma, on ne fera plus que des films sans surprises réalisés par des mecs qui s’appellent Ben.

Heureusement, le réalisateur des Bêtes du sud sauvage s’appelle Benh.

Malgré tout, à première vue, son premier film, Caméra d’Or à Cannes et Prix du Jury à Sundance, n’est pas exempt des défauts traditionnels du cinéma d’auteur : rien que la première image donne envie de se barrer de la salle. Comme d’hab, le chef opérateur est infoutu de faire un plan fixe, même si c’est une maison immobile cadrée très large. Comme gage d’originalité, on a vu mieux.

Et puis rapidement, la musique démarre et une atmosphère étrange envahit la salle. Et elle est là, cette fameuse liberté. Celle de Kusturica ou Werner Herzog, des mecs qui n’hésitent pas à faire ressembler leurs plateaux à une vaste beuverie, tout en profitant du bordel ambiant pour récupérer de la poésie dans leur caméra et faire exploser des pétards.

Malgré son style d’étudiant en art, le jeune réalisateur évite de nous endormir avec un propos lénifiant sur la solidarité de la misère et le passage à l’âge adulte. Il préfère nous montrer le monde par les yeux de son héroïne, laisser des messages aux scientifiques du futur et nous raconter les subtilités de la pêche au poisson-chat.

C’est vrai, par moment, on se demande un peu si le réalisateur sait où il va. Et d’ailleurs, il ne sait pas trop. Mais c’est ça aussi, le prix de la liberté.

En Bref : Il faut aller voir Les bêtes du sud sauvage. Ce n’est pas le chef d’œuvre annoncé par les critiques, le scénario manque un peu de tenue et l’image est trop marquée par des gimmicks auteurisants. Et pourtant, le film mérite le détour, parce qu’il fait partie de la catégorie dépeuplée des films qui osent aller jusqu’au bout de leur délire sans pour autant mépriser leur spectateur.

En revanche, la mauvaise nouvelle du film, c’est qu’on va devoir apprendre à orthographier correctement le prénom de Quvenzhané Wallis. Exceptionnelle  l’intensité du regard de cette petite fille vaut bien le jeu d’acteur de toute la carrière de tous les membres du Splendid.

Quand même.