Bullhead. Vache qui crie.

Faut-il aller voir Bullhead ?

Jacky est un Flamand rosse. Un gros Belge méchant, avec des muscles et l’oeil torve. Dans sa ferme, il y a des vaches et lui, mais personne ne fait la différence. Et tout le monde s’en fout, car Jacky est un ours. Jacky est un boeuf. Au sens propre du terme.

L’intérêt du film réside dans le secret de son personnage principal, alors je ne vous gâcherai pas la surprise. Mais pour résumer, on peut dire que l’histoire dépeint les dessous du trafic d’hormones de croissance, que les hommes les plus virils cachent tous une part de faiblesse et que les flamands se laissent volontiers pousser la moustache.

D’entrée de jeu, on comprend que l’on est assis devant un film viscéralement différent. Un film d’horreur sans massacre, qui sent les ténèbres et la barbaque. A juste, titre, on peut en sortir avec la nausée, le souffle coupé ou avec des convictions végétariennes, mais en aucun cas, Bullhead ne laisse indifférent.

Poignantes et hyper-travaillées, les images alternent entre la beauté pure et la violence extrême. Méticuleux, le réalisateur préfère les plans-séquences aux bains de sang, et pourtant la tension ne quitte jamais les images. On pense aux thrillers malsains d’Haneke et aux images hypnotisantes de Winding Refn, à l’époque où il se la racontait pas encore trop.

Bien-sûr, on pourra critiquer certains artifices psychologiques un peu lourds, une enquête policière inutilement complexe et un rythme inégal. Mais on ne pourra jamais dire qu’on avait déjà vu un truc pareil au cinéma.

Et en plus c’est un premier film.

En Bref : Il faut aller voir Bullhead. Si on se demande ce qui se cache à l’intérieur des mâles, si on sait voir le désespoir dans l’oeil du rhinocéros et si on pense qu’il y a de la tendresse sur les terrains de rugby.

Outre un regard dont on entendra parler à nouveau, on pourra aussi découvrir un numéro d’acteur qui aurait mérité bien plus d’Oscars qu’un numéro de claquettes.