Nymphomaniac Volume 1. Nympho en continu.

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Faut-il aller voir Nymphomaniac Volume 1 ?

C’est l’histoire d’une fille qui baise tout ce qui bouge en attendant de faire l’amour.

J’aime pas beaucoup Lars Von Trier. La provoc’, parfois nauséabonde, les relents de misogynie, le dogme… Surtout que tout ce décorum ne donne pas que des chefs d’oeuvres : Dogville et son concept prétentieux, Dancer in the dark et sa tirade tire-larme ou Le Direktor et ses bonnes idées creuses.

C’est pas mauvais, parfois intelligent, mais loin d’être aussi brillant que, par exemple, un lustre. C’est brouillon, pas toujours bien filmé et souvent trop long.

J’étais pas hyper enthousiaste à l’idée de voir ce mec filmer de la fesse en y rajoutant de la métaphysique pour les nuls. Et de fait, il y a quelques moments un peu cons, dans la première partie de Nymphomaniac, au premier rang desquelles se trouve une explication boiteuse de la différence entre antisionisme et antismétisme, (hyper bienvenue de la part d’un mec qui fait des vannes douteuses sur Hitler).

Plus douloureuse, une scène en noir et blanc aligne les métaphores sur les feuilles, la paternité, le sexe et le caca. C’est assez laid, guère intéressant et écrasé sous une symbolique assez lourde.

Alors quoi ? Nanard ?

Pas du tout ! A l’exception des moments sus-cités, Nymphomaniac est une perle de coco. Chaque plan cache une idée, chaque idée cache une vanne et quelques unes d’entre elles ne sont pas dépourvues d’intelligence.

Loin du pensum auteuriste, Von Trier donne l’image d’un cinéaste qui fait des films pour se marrer. Le sexe se mélange à la pêche à la mouche, aux calculs quantiques et aux suites de Bach dans une multiplication de procédés délirants.

C’est pas toujours brillant, mais c’est cool, souvent drôle, ludique, et loin d’être idiot.

Fable morale, sans être donneuse de leçons, l’histoire raconte simplement les peines d’une fille qui cherche l’amour. Plus compatissant qu’agressif, Lars Von Trier jette son personnage dans la boue, pour mieux le sauver ensuite. En attendant, le volume deux, le jugement est suspendu, mais pour l’instant, j’ai presque l’impression que le mec est humain.

Comme quoi…

En Bref : Il faut aller voir Nymphomaniac Volume 1. C’est malin, c’est puissant et moral, sans être moraliste. En gros c’est le film que voulait faire François Ozon en ratant Jeune et jolie.

Et par ailleurs, il y a une fin puissante et l’un des meilleurs démarrages de film que j’ai vu depuis un an, une musique radicale et une scène de couple avec Uma Thurman qui sera peut-être assez culte dans dix ans.

J’aimerais dire “vivement la suite”, mais en vérité, je flippe…

L’inconnu du lac. Le lac des pines.

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Faut-il aller voir L’inconnu du lac ?

C’est l’histoire d’une bande de mecs qui baisent dans les bois. Entre deux roulades dans les épines, ils glandent sous les pins, et dorment sur la plage, les couilles à l’air. Dans ces plans-culs planqués, on trouve aussi des hommes assez naïf pour tomber amoureux. Mais la plupart du temps, ils finissent par crever.

J’ai tellement débattu de ce film que je ne sais plus trop ce que j’en pense. Au départ, j’allais juste le voir pour faire la nique aux curés et leurs manifs. Il y avait aussi ce prix de la mise en scène au festival Un certain regard, la belle réputation du réalisateur et la mi-molle de la presse intello. Voyons-voir.

Calibré pour être intimiste et vu par personne, le film se retrouve donc au centre des débats, aidé par une réputation sulfureuse, quelques pipes en gros plan et une éjac face-cam dont on débat plus que du reste.

Tellement de ramdam en fait, qu’on oublierait presque le film. Un huis-clos théâtral, qui joue sur la répétition et le minimalisme pour aborder la grande question de l’amour fou. C’est le propos du réalisateur : “L’amour c’est très fort, même quand c’est pas vraiment de l’amour”.

Un peu court, mais moins con que ça en a l’air : le héros, gentil naïf qui veut juste dîner et dormir avec ceux qu’il aime, reflète probablement quelque chose sur la solitude de l’homme moderne. Il y a pas mal de bonnes petites vannes et aux deux tiers, un personnage de flic montre aussi que le réalisateur a du recul sur son sujet.

A part ça, on s’emmerde quand même pas mal. L’ultra-réalisme des scènes de sexe est affadi par des couchers de soleil ringards, la mise en scène regorge d’artifices convenus et le final achève de souligner l’absence d’effort dans la réalisation.

“Michel ? Michel ? Michel ?”

C’est la dernière phrase du film, et on ne peut pas dire que son propos aille beaucoup plus loin.

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’inconnu du lac. C’est assez vain, plutôt moche et jamais vraiment crédible.

Dommage, parce qu’il y a quand même quelques jolis plans et une plongée dans un univers assez inédit au cinoche. On peut aussi saluer une forme de courage, dans la volonté de mettre tous les acteurs à poil, sans pour autant réaliser un porno-gay.

De là à y voir “un palimpseste tour à tour comique et grandiose, la trace d’une épopée flibustière”, faut vraiment bosser pour Libé.

Spring Breakers. Miami vide.

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Faut-il aller voir Spring Breakers ?

C’est l’histoire de quatre meufs qui vont faire la fête en Floride parce que c’est trop cool. C’est l’histoire des ados qui prennent des trucs pour trouver quelque chose. C’est surtout l’histoire de rien. Du grand rien qui résonne dans notre époque.

Cette histoire, c’est ce que mon colloc Doudi appelle le festivisme (en citant un mec qui s’appelle Philippe Muray) : Avant l’homo sapiens sapiens savait qu’il savait. Aujourd’hui l’homo festivus festivus fait la fête parce qu’il fait la fête. Comme la vie n’a pas de sens, que l’avenir est foutu et que les ours disparaissent, autant se bourrer la gueule et sucer des bites.

C’est fort. La jeunesse désespérée, la recherche de l’absolu, le passage à l’âge adulte. Vu d’ici, on dirait presque un bon film.

Pourtant je suis sorti de Spring Breakers avec la fureur, le dégoût et une putain de migraine. Au bout de dix minutes, on comprend que le réalisateur n’a aucun propos, aucune intention et aucun talent. Ça dure deux heures, et en plus ça empire.

Le chef-op secoue sa caméra, sautille, colorise, ralenti, stylise et flou-net à foison pour tenter de créer quelque chose, sans jamais être foutu de faire un plan intéressant ou simplement beau.

A genoux, les critiques m’expliquent que c’est d’la poésie trash, un trip sensoriel, un conte dark et pop qui dénonce la société des consumers. Bande de blaireaux. Les anglicismes sont has-been depuis 2008. Et si ce film est trash, je suis un canard.

Et pourtant il essaie. Il se démène pour choquer le bourgeois. Mais rien n’y fait, Harmony Korine a beau filmer des minettes avec des flingues, des jeunes qui prennent de la coke et des kilomètres de fesses au ralenti, il a juste l’air d’un vieux frustré qui place sa caméra là où il n’a jamais eu l’occasion de mettre sa teub.

Mais surtout, on s’ennuie comme des scouts morts.

Sans déconner, c’est ça le rock n’roll ? Se foutre les seins à l’air sur une plage, rouler une pelle à ta copine et boire du Jack Daniel’s ? Mes couilles putain. C’est juste les années 70. Si ce film est radical, c’est que le monde est un conclave.

Quant à dénoncer. Korine n’y pense même pas. Son film est aussi vain que la jeunesse qu’il croit montrer. Tout le reste, c’est le taf des critiques, qui flattent leur intelligence en voyant du Sartre dans un travelling sur des nichons.

Et même ceux-là sont en plastiques. Car malgré son casting de jeunes filles en fleurs et ses affiches racoleuses, le film ne parvient même pas à être sexy une seconde. Tous les goûts sont dans la nature, mais des barbies qui tirent la langue dans une piscine en se frottant contre un dreadeux blanc, moi ça m’donne plutôt des hauts-le-coeur.

Désolé maman d’avoir dit des gros mots. Mais j’aime trop le cinéma et ma rétine. Et ils viennent d’être salement agressés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Spring Breakers. C’est ce que j’ai vu de plus mauvais en salle depuis l’infâme Sucker Punch. Même pas bandant, même pas choquant, même pas prenant, même pas délirant. Spring Breakers est le manifeste idiot et laid d’un vieux satyre qui n’a manifestement pas digéré un truc dans son subconscient.

Sinon, vous pouvez toujours trouver, comme Serge Kaganski, que c’est “du Godard boosté au Red Bull”, ce qui est rassurant : malgré la crise et le chômage de masse, on peut encore trouver du travail en écrivant n’importe quoi.

Passion. Where is Brian ?

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Faut-il aller voir Passion ?

Mais qu’est-ce qu’ils ont en ce moment ? Je veux bien que ça soit la crise, tout ça, mais normalement, c’est quand on a la dalle qu’on devient créatif non ? Depuis un an, c’est le festival des titres au premier degré : AmourHitchcockLincoln et maintenant Passion. Avec un peu de chance, on aura bientôt Désir, Jalousie, Cuisine, Fourchette, Jardinage et Polochon.

C’est nul ! Imaginez la gueule d’American Beauty, si ça c’était appelé Crise conjugale. Merde quoi, faut se creuser un peu les mecs. D’autant qu’après avoir réalisé Pulsions, Obsession, Outrages et Furie, Brian de Palma n’a plus d’excuses. Bon.

C’est l’histoire d’une agence de com’ assez moche à Berlin, où il y a de la jalousie, du désir et de l’ambition. Un peu comme partout, sauf que d’habitude on les filme pas.

Que dire…

D’un bout à l’autre, Passion manque autant de finesse que son titre 15 tonnes. Comme dans un mauvais film érotique de quand on était petits sur M6, les personnages se croisent en papillonnant des paupières, respirent fort en touchant des matières et appuient leurs regards en faisant la moue pour nous signifier subtilement LE DÉSIRRRRR.

Et le désir, mes moineaux, il y en a partout. Quand Noomi Rapace regarde par la fenêtre, elle caresse son bureau face à la sensualité des nuages, quand Rachel téléphone, elle se tortille de luxure dans un porte-jartelle monop’ et la palme du stupre revient à Paul Anderson, qui ne prononce pas une phrase dans le film sans que des farandoles de bites ne se trémoussent dans son regard.

C’est débile.

Au milieu de ça, un scénario pas hyper malin tente de nous démontrer que les trahisons sont traîtres, que le désir est désirable et que la drogue drogue, dans une suite de rebondissement mous du genoux, qui servent uniquement de prétexte au jeu de regards orchestré par le réalisateur. Au final, le thriller est pas mal ficelé, mais il n’intéresse personne, puisque les spectateurs sont trop occupés à regarder les acteurs s’enterrer sous les jolis couleurs du directeur de la photo.

On commence à flipper, quand Brian passe la seconde. Après le sexe, il décide de montrer la défonce. De pataud, il devient lourd. Le chef op filme de travers en éclairant avec des rayures bleues pour bien qu’on a compris que c’est le malaise. Le réal use et abuse des sursaut, des réveils, des rêves et des variation sur l’ensemble de son oeuvre.

On est vénère. Vanné. On sort lessivé, avec l’impression d’être resté une heure et demie dans un cagibi avec un mec qui se paluche devant un portrait de lui-même.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Passion. C’est moche, kitsch, classique et vain. C’est mal joué, mal filmé, pas très bien écrit, et peuplé de réflexions affligeantes sur le désir, la vie de bureau et la guerre Apple/Samsung (oui oui).

Bien-sûr, tout cela n’empêche pas la critique de se pâmer. Mais si vous trouvez ce blog trop beauf, vous pouvez toujours faire comme l’Huma et chanter les louanges de ce “filmage ondoyant mettant en valeur les appas de ces héroïnes complexes et attirantes qui se sadisent mutuellement”.

Moi j’vais lire une bd.

Au-delà des collines. Trop bonne, trop nonne.

Faut-il aller voir Au-delà des Collines ?

L’image crypto-lesbienne au-dessus et les mots-clefs en dessous sont ce que j’ai trouvé de mieux pour vous attirer. Mais soyons francs d’entrée, pour ne pas tromper le lecteur :

C’est l’histoire d’un couvent orthodoxe sur une montagne en Roumanie. Le film est en VO, il dure deux heures trente. Il a gagné le prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario à Cannes.

Voilà. Nous ne sommes probablement plus que trois (Bonjour maman ! Bonjour papa ! Tiens, bonjour Tonton, c’est sympa d’être resté auss… ah bah non paf il est parti. Vaut mieux en même temps, les religions vont encore se faire dézinguer par ici).

Donc oui. On s’emmerde un peu dans Au-delà des collines. Les évènements se répètent dans une boucle oppressante en accélérant jusqu’au troublant dénouement. Le message, lui-aussi, est asséné au marteau-pilon : “Il faut vraiment être con pour croire en Dieu”.

Ma famille étant partagée entre un troupeau de fidèles et une horde de hussards, je suis perplexe. Certes la bêtise profonde des bigots du film donne envie de taper le pope, mais on ne peut s’empêcher de trouver le tout furieusement réducteur, et aussi manichéen que la Bible ou le Coran.

Malgré tout, il y a de la vérité dans cette histoire inspirée d’un fait-divers glauque. Et bien souvent, le réalisateur réussit à nous faire enrager devant ces nonnes chez qui la foi se substitue directement à la raison et l’intelligence. Le “malin” qu’elles semblent voir partout, pourrait aussi s’appeler la liberté, et en l’occurence, celle d’aimer.

En ces temps de débat acharnés, où une partie de la France est décidée à se mobiliser pour empêcher une minorité d’avoir les mêmes droits qu’eux, le film apporte un point de vue explosif et rageur sur les dogmes et leurs brebis.

Mais deux heures trente pour apprendre que les intégristes sont des andouilles, c’était pas forcément nécessaire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Au-delà des collines. Le message du film est percutant et salutaire, mais asséné trop lourdement pour toucher. Dommage, car les plans-séquences sont très bien construits, malgré l’austérité générale.

Aux athés intégristes qui me lisent, je n’ai pas perdu mon esprit critique, mais j’ai bien connu une nonne. Et elle était très loin d’être conne.

Magic Mike. Bite génération.

Faut-il aller voir Magic Mike ?

C’est l’histoire de messieurs tout nus. Ils dansent. Quand soudain, l’un d’eux devient intelligent, alors il déprime.

Bon. Je vous entend rigoler d’ici. Mais j’assume. Magic Mike, c’est la meilleure façon d’aller voir Sexy Dance 4 sans perdre ta street cred.

Parce que sous l’étiquette de film indie conceptuel chébran, il y a le même concept que dans le film à minette sus-cité : des chouettes chorégraphies, des mecs et des filles en sueur sous leurs habits, une love-story centrale sans intérêt et quelques pistes de réflexion philosophique sur l’amitié, l’amour, le silicone et le rêve américain.

Et puis il y’a Soderbergh, c’est à dire un putain de sens du cadre et une gestion des lumières sépias que l’on avait pas vu depuis Traffic. Entre les superbes chorégraphies et des dialogues ciselés comme du ping-pong, il laisse tourner sa caméra lors de longs plans-séquences qui donnent de l’air au spectateur et l’occasion de jouer aux acteurs.

Justement, ces derniers sont excellents. Matthew McConaughey est formidable dans le rôle du maquereau dégoulinant, les gros mâles qui l’accompagnent arrivent à donner de l’humanité à leurs pectoraux et, après Battleship, Channig Tatum (lui-même ancien Chippendale) nous montre qu’on a pas fini de sous-estimer son physique de con.

Alors oui, on connaît les rouages de l’histoire, tout est plutôt convenu, la musique craint sa race et on est pas forcément sensible à l’univers des hommes en strings. Mais franchement, avec ses faux airs de nanard extra-light et ses images à couper le souffle, Magic Mike s’impose comme le meilleur film de l’été.

Et si vraiment t’assume, tu peux boire une bière blanche en sortant (mais ta meuf va peut-être se douter d’un truc).

En Bref : Il faut aller voir Magic Mike. Parce qu’il y a des cœurs qui battent dans les couilles des hommes, parce que Soderbergh est l’empereur du cadrage stylé et parce que mine de rien, les scènes de strip-club nous permettent de comprendre que les filles sont aussi tarées que nous.

Je sais pas si ça rassure, mais au moins, ça déculpabilise.

Abraham Lincoln : Chasseur de vampires. Prési-dents.

Faut-il aller voir Abraham Lincoln : Chasseur de vampires ?

Dans la vie, les films se classent en trois catégories : ceux qui ont une idée, ceux qui ont une histoire et ceux qui ont un titre. Abraham… appartient exclusivement à la dernière catégorie. Méprisée par les Castrés du cinéma, cette basse-classe regorge pourtant de séries B coolos (Des serpents dans l’avion, Kill Bill, Cow-Boys versus Aliens, Les clefs de Bagnole…)

Mais on s’en fout. Le film.

Un titre donc, et pas de scénario. Une simple suite de prétextes incohérents pour faire des scènes d’action top déglingue avec des effets en 3D, des gerbes de sang et Abraham Lincoln avec une hache. C’est chouette. Et même plutôt joli, comme lorsque le héros poursuit un méchant au milieu d’un troupeau de chevaux fous dans le soleil couchant.

Pour une fois, la 3D sert à autre chose qu’à nous griller la rétine : les vampires sautent dans l’image, on se prend des coups de fouets au ralenti et des têtes coupées en pleine poire. Certes, on a plus l’impression d’être au Futuroscope qu’au cinéma, mais après tout, parfois, c’est mieux.

On rigole bien pendant la première moitié, et puis tout s’écroule : soudain, le réalisateur avec son nom chelou arrête de faire du fun pour s’essayer au cinéma. Les héros dialoguent en essayant de croire à leurs répliques, le cinéaste tente vainement de nous émouvoir et tout le monde fait semblant de prétendre qu’il y a un scénario derrière tout ça.

Bim. L’effet douche tout le monde. Comme devant un édito d’Arianne Massenet, les spectateurs, désorientés, ne savent plus s’ils doivent rire ou éteindre la télé. Mais l’écran du méga CGR de Tarbes ne s’éteint pas et j’ai souffert pendant une demi-heure.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Abraham Lincoln : Chasseur de vampires. Ça commence bien fun, c’est joliment réalisé, mais un film avec un tel nom à la con n’a pas le droit de se prendre au sérieux.

Ça serait comme voir un ancien Mister Univers jouer les machines à tuer pendant 15 ans avant de se présenter pour devenir gouverneur de Californie : absurde.

Oui oui, cet article a été écrit en 2004.

Les Kaïras. Ghetto sitcom.

Ghetto Sitcom

Faut-il aller voir Les Kaïras ?

Abdlekrim, Mousten et Momo sont des romantiques : Ils ont envie de niquer. Mais comment pécho quand tu rentre pas en boîte parce que y’a marqué “Melun” sur ta gueule ?

Des lascars, du cul, des blagues sur les nains et Éric Cantona. Décidément, il y avait tout à craindre de cette comédie aux airs lourdingues, vendue à grands coups d’affiches criardes. Et pourtant, derrière les clichés apparents, le film parle d’un sujet trop rare dans les comédies françaises : la banlieue.

En France, les ghettos font pas beaucoup rire. On en parle une fois tous les six mois et uniquement pour souligner à quel point la drogue, la violence, l’islam radical et les chanteurs de rn’b y sèment l’anarchie et la mort. La banlieue fait peur, surtout à ceux qui n’y ont jamais foutu les pieds.

Dans l’excellent Tout ce qui brille, la réalisatrice parlait de ceux qui vivent l’autre côté du périphérique avec humour et sensibilité. Les Kaïras, c’est un peu la version bonhomme : trash, vulgaire et vraiment drôle, pour peu que t’ai grandi en regardant des films pornos et en écoutant du rap.

Sans être à hurler de rire, cette comédie tape en plein dans les souvenirs de n’importe quel mec né dans les années 80. De Quimper à Melun, on a tous grandi dans la culture “Kaïra”, du grec frite au “va-z-y ferme ta gueule” en passant par Dj Cut Killer et les boîtes branchées dans lesquelles on rentre jamais faute d’accompagnatrices.

En jouant avec les clichés, le réal ne dresse pas seulement le portrait de trois losers patibulaires et attendrissants, mais aussi celui d’une génération. Des milliers de banlieusards qui s’ignorent pour qui le ghetto est un far-west, aussi mythique qu’il est flippant dans les jt.

Maintenant, croyez-pas que j’me prenne pour un lascar. La dernière fois que j’ai été a Saint-Ouen, j’me suis fait casser la gueule.

En Bref : Il faut aller voir Les Kaïras. Les moins jeunes auront peut-être un peu de mal à digérer le verlan et les références à la carrière éclectique de Katsuni, quand les cinephiles trop purs pourront regretter des lourdeurs dans le scénario et une direction d’acteurs inégale.

Mais si vous considérez Difool comme un grand frère éternel et Les Prince de la ville comme une étape de votre éveil musical, ce film vous replongera avec nostalgie dans l’époque où vous galeriez pour inviter Mélanie à venir voir Taxi 2.

Sleeping Beauty. La belle au bois bandé.

Age canon X

Faut-il aller voir Sleeping Beauty ?

A priori, ce film est une cible parfaite pour les chasseurs de snobs. On y parle de cul, de vieillesse et de mort d’une façon malsaine et cérébrale. Des personnages improbables citent des comtes philosophiques face caméra avant de se mettre à poil. La mise en scène est lente et la chaire est triste. Manque plus qu’un Ours d’Or au compteur et ça ferait un parfait nanard pour faire tressaillir les critiques des Inrocks.

Mais non.

Au départ Sleeping Beauty ressemble à un Marc Dorcel intello. On y suit les tribulations d’une étudiante un peu cintrée qui passe son temps à photocopier des dossiers et à se faire tringler par des hommes d’affaires dans des bars glauques. Un jour elle se fait engager pour un job étrange qui consiste à prendre des somnifères pour s’endormir toute nue à côté de vieillards impuissants avec la seule garantie qu’il n’y aura pas de pénétration à la clef.

Précieuse, travaillée et dérangeante, la mise en scène donne tout de suite un souffle mystérieux et hypnotisant à l’histoire. Dés le premier plan et l’apparition du titre sur l’image, Julia Leigh, la réalisatrice impose un regard doux et percutant. Au centre de ces cadrages très soignés, Emilie Browning accepte toutes les tortures que lui impose la réalisatrice et développe un vrai sens du jeu (qu’on avait pas vraiment senti dans Sucker Punch).

Dans cette belle parure, Sleeping Beauty développe une réflexion glaçante sur l’état des vieux et les errances de la jeunesse. Coquille vide et diaphane, la héroïne ne sait vivre autrement que par une séduction mortifère qui la laisse toujours plus détruite. Face à elle, des hommes mourants tentent d’attraper une dernière étincelle de jeunesse à son contact. Certains l’étreignent, d’autres l’insultent, mais tous se heurtent au miroir de leur propre déchéance.

Capitales, ces scènes de non-sexe sont d’une violence inouïe. La confrontation de cette poupée gonflable et de ces squelette fatigués résonne comme un hurlement déchirant. Sans une goutte d’espoir, la réalisatrice filme le nihilisme de la jeunesse et les frustrations du temps qui passe avec une précision clinique, cynique et ultra-réaliste.

Après cet uppercut, le film se termine sans laisser de note explicative. On est légitimement perdu. Forcé de comprendre nous-même ce que l’on a voulu nous dire. Derrière moi, deux spectateurs hurlaient de rire devant “une telle daube”. Moi je suis resté jusqu’à la fin du générique, sonné.

En Bref : Il faut aller voir Sleeping Beauty. Mais je ne sais pas trop vous dire pourquoi. Je ne sais même pas si j’ai aimé. Surtout, je ne peux pas vous garantir que ne reviendrez pas ici pour vous plaindre. En fouillant dans les tiroirs de l’âme le scénario assène des vérités que l’on préfère bien souvent ignorer.

Pourtant il y a quelque chose de beau dans ce portrait désespéré des frustrations humaines et ce premier film australien ne ressemble à rien d’autre. Derrière ces airs de porno sulfureux pour bobos voyeurs, il cache une vision tétanisante de la vie.

Stanley Kubrick est vivant. Il s’appelle Julia Leigh.

Sucker Punch. Bombes, laideur.

Libérées, mais à quatre pattes, faut pas déconner

Faut-il aller voir Sucker Punch ?

– Zack Snyder ! Hé Zack ! Si on faisait le pire film du monde ?

– Quoi ? Mais pourquoi me le demander à moi ?

– Ben attends, t’es une légende : dans une courte carrière, t’as quand même réussi à réaliser un film de zombie pas ouf, un péplum crypto-gay raciste et un film de super-héros chiant et laid. A chaque film, tu sombres un peu plus dans les effets clinquants et mauvais goût au détriment du scénario. Si quelqu’un peut faire le pire film du monde, c’est toi Zack.

– Merci, mais on y raconte quoi ?

– On s’en branle ! On n’a qu’à raconter n’importer quoi ! Qu’est-ce qu’on veut sur les affiches du métro ? Des gonzesses en bas résilles, des gros flingues et des zombies baveux. On fout les filles dans un espèce de bordel-prison (pour montrer de la chair fraîche et satisfaire les sadiques), on dit que ça se passe dans un rêve (pour faire apparaître des zombies quand on veut et mélanger les époques) et on les fait pleurer (parce que c’est des filles, et parce qu’il faut bien meubler entre les scènes d’action).

– Chouette, on va se faire plein de fric ! Mais j’ai du mal à voir à quoi ça va ressembler…

– A rien Zack ! On va mettre des robots, des nazis, des dragons, des sabres japonais, des châteaux forts, des bombes atomiques et des soldats géants avec des chapeaux chinois. Quand les filles seront pas en train de les combattre en mini-jupe, elles se feront humilier en talons aiguilles par un mac à moustache et des gros porcs à cigares. On va tout faire en 3D, dans des textures bien dégueulasses qui nous coûterons que dalle.

Coolos ! Je vois déjà tout ça en musique : on pourrait prendre plein de tubes mythiques comme White Rabbit de Jefferson Airplane ou Sweet Dreams de Eurythmics et les rejouer en rajoutant plein d’effets affreux. Mais je reste inquiet pour les critiques. Ils vont nous démonter non ?

– Rien à battre ! Nos affiches seront bien plus bandantes que les colonnes austères de Télérama. Et puis faut pas croire : ils auront trop peur de passer pour des vieux cons has-been, et ils feront tous semblant d’aimer. On dira que tu retournes en enfance, que tu rends hommage à la culture geek des jeux vidéos. Je suis sûr qu’il y aura même des andouilles pour trouver ça féministe ! De toute façon, la bande-annonce sera tellement coolos qu’elle fera baver les blogs ! Le temps de se rendre compte que c’est nul, et on y sera tous allé.

– Oooh j’ai hâte ! Je termine mon film en images de synthèse sur les chouettes, et je me jette sur ce projet !

En Bref : Il ne faut surtout pas aller voir Sucker Punch. Contrairement aux prédictions de Kichou et à la dithyrambe critique, la dernière bouse de Zack Snyder nous plonge dans un gouffre de néant. Évidemment, on y va ni pour le scénario minable ni pour le jeu pathétique des acteurs, mais même les scènes d’actions – censées être le coeur du film – sont bordéliques, mal réalisées et pleines d’effets cheapos pourraves.

En l’absence de second degré dans cet océan de nullité, je pense que nous sommes là devant le pire film du monde. Un fait marquant de l’histoire du cinéma. Faisons en sorte de s’en rappeler, pour qu’une telle erreur ne se reproduise jamais.