Tel père, tel fils. Le divise enfant.

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Faut-il aller voir Tel père, tel fils ?

Comme son nom l’indique, Ryoata est architecte. Sa première oeuvre, c’est son fils. D’ailleurs, il lui dit souvent de se tenir droit et d’être dur. Quand Ryoata apprend que son enfant a été échangé contre un autre bébé à la maternité, tout s’explique. Il comprend mieux pourquoi celui qu’il croyait être son fils est gentil, alors que lui est un sale type.

Je n’ai pas trop souvenir de La vie est un long fleuve tranquille, mais autant que je me rappelle, c’est une grosse farce un peu lourde avec un pitch intéressant. Partant de la même idée, Hirokazu Koreeda a décidé de prendre le chemin inverse. Lent, profond et sans cliché, Tel père, tel fils se pose la question pour de vrai : si lorsqu’il a six ans, on vous apprend que votre fils n’est pas votre fils, vous faites quoi ?

Qu’est-ce qui prime dans le fait d’être parent : le sang ? L’éducation ? La relation qu’on a, ou celle qu’on créé ? Et quand bien même : a-t-on vraiment envie d’avoir une réplique de nous même en guise de fils ?

Quand Ryoata rencontre sa véritable progéniture, il trouve un petit con, en guerre contre son nouveau père, malpoli et fugueur. Sa réplique exacte. Un garçon qui, comme lui, aurait été plus heureux en grandissant dans une autre famille. Alors faut-il vraiment le rapatrier, pour reproduire un nouveau gros con d’architecte ?

Vous comprenez rien ? C’est pas grave, c’est deep. Le réalisateur va gratter le fond de nos âmes, sans s’embourber dans un discours moral casse-burne ou une analyse sociologique à deux balles. Le tout dans un cadre élégant, parfaitement mis en scène et joliment écrit.

Alors pourquoi je ne vais pas dire que c’est un chef d’oeuvre ?

Probablement parce que c’est un tout petit peu chiant, mais surtout assez froid. Le personnage principal est fondamentalement antipathique, le jeu de sa femme sonne un peu faux et, au final, c’est ce manque d’humanité sépare un beau film d’un film bouleversant.

Dommage, à quelques jours de mon top 10 de l’année, il est pas passé loin.

En Bref : Il faut aller voir Tel père, tel fils. Parce que c’est beau, intelligent, élégant. Un peu à l’image du personnage principal, parfait sous toutes les coutures, au risque d’être un peu terne à la surface. Et c’est aussi pour ses aspérités que l’on aime un film.

Malgré tout, ça fait plaisir de voir le film que Chatillez aurait fait, s’il avait été bon et japonais. J’aimerais bien voir ce que Koreeda fera avec Tati Danielle.

Cloud Atlas. Space Chorale.

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Faut-il aller voir Cloud Atlas ?

Je regarde ma feuille depuis une semaine, sans réussir à écrire sur ce film. Parce que j’ai pas le temps, mais aussi parce que il m’en a fallu pas mal pour savoir ce que je pensais vraiment de Cloud Atlas.

C’est l’histoire d’un avocat qui vomit sur un bateau, d’un compositeur qui déprime sur un piano, d’une enquêtrice qui s’exprime dans les journaux, d’un éditeur que l’on comprime dans un hosto, d’une coréenne que l’on supprime comme un robot et d’un sauvage qui s’escrime  pour monter haut.

Les histoires se répartissent dans six époques différentes, pâlement reliées par des grains de beauté en forme de comètes, une récurrence globale des acteurs et la réincarnation de l’âme humaine. Rien n’est connecté, tout est parallèle. Au global, c’est le bordel.

Pour ajouter quelques pièges à loup sur ce champ de mines, les réalisateurs ont décidé de partager le boulot à trois, de monter toutes les histoires en même temps et de ressusciter une palanquée d’acteurs has-been (Tom Hanks, Halle Berry, Hugh Grant, Susan Sarandon…) pour les maquiller à la truelle et leur faire changer de sexe à loisir.

Rien que pour ça. Ils méritent le respect.

Mais au-delà de ce gigantesque hara-kiri, les réalisateurs parviennent à raconter leur(s) histoire(s) avec brio. Mieux, ils parviennent à être passionnants, virevoltant d’une époque à l’autre, voir même d’un style à son contraire sans presque jamais nous perdre. On rigole chaudement devant une comédie à l’anglaise, avant d’être ému la seconde suivante par le destin d’une cyborg rêveuse ou d’un compositeur précaire.

C’est fort. Forcément périlleux, fatalement inégal mais tellement amoureux du cinéma qu’on ne peut que s’incliner devant ce gigantesque kaleïdoscope.

Evidemment, tout cela ne fonctionne pas jusqu’au bout : on se rend rapidement compte que les six histoires ne sont pas aussi liées qu’on l’espérait, que la dernière vire au kitsch en combinaison blanche et que le message général est d’une innocence qui confine à la niaiserie (“Si tout le monde est gentil, le monde va mieux et si tu n’es pas heureux, tu le seras dans une autre vie”).

Et puis ça dure, et c’est vrai qu’on s’ennuie un peu, pour peu que le siège soit pas très agréable et la salle trop chauffée. Mais une semaine après, on se demande encore ce qu’on a pensé de cette histoire qui nous hante. Ce qui n’arrive jamais avec un film de Jude Apatow.

En Bref : Il faut aller voir Cloud Atlas. Parce que c’est un peu raté, mais plus ambitieux que tout ce que vous verrez au cinéma cette année. Parce qu’il y a de véritables moments de grâce dans ce monticule de cinéma et parce que ses auteurs semblent faire une telle confiance dans leurs spectateurs qu’on a pas envie de les décevoir.

Et puis aussi, parce qu’ils ont raison, malgré les quolibets : si tout le monde était un peu plus gentil, le monde serait probablement plus chouette. En tout cas, la ligne 13 serait plus facile à vivre.