Inside Llewyn Davis. Folk you.

o-INSIDE-LLEWYN-DAVIS-TRAILER-facebookFaut-il aller voir Inside Llewyn Davis ?

Le monde est séparé en deux types de personnes : ceux qui pensent que Bob Dylan est un génie, et ceux qui préfèrent la pizza quatre fromage.

A l’exception d’Elliott Smith (Dieu ait son âme) et Syd Matters (qu’ils vivent longtemps !), le folk c’est de la merde. Un barbu antipathique avec un pull de grand-mère et du foin dans les cheveux qui raconte sa pendaison sur trois accords.

Qui peut bien vouloir passer deux heures avec ce mec ?

Les frères Coen, et l’écrasante majorité des critiques cinéma, faut croire. Pourtant Llewyn Davis est le mec le plus foncièrement antipathique de tout New-York. Loser narcissique, égoïste patenté et musicien médiocre, il erre dans sa vie en tirant la gueule. Llewyn est un sale mec, mais Llewyn a le droit, parce qu’il est malheureux.

Au début, c’est plutôt marrant. Parce que les frères Coen maitrisent l’absurde comme personne. Et c’est la moindre des choses : ça fait 20 ans qu’ils font le même film.

Comme d’habitude, on suit le parcours sans enjeux d’un héros qui ne fait aucun choix. L’histoire est molle, sans chute et inutilement tarabiscotée. A se demander ce qu’a vu la presse et le jury du festival de Cannes.

Une lumière magnifique, oui, une interprétation sans faille, c’est vrai. Mais de là à écrire que le film est “merveilleusement sympathique” il faut vraiment aimer se faire mal.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Inside Llewyn Davis. C’est chiant, amorphe et à l’exception d’un petit chat roux, tous les personnages sont moches. On rigole à trois reprises, une poignée de chansons valent le coup, mais le reste du temps on soupire en espérant que le héros meure.

Et si vous êtes fans de folk, sachez que j’ai tout de même de l’affection pour vous. De la compassion même. Surtout si vous allez voir Dylan en concert.

Shame. Les peurs du mâle.

La main dans le sac

Faut-il aller voir Shame ?

Brandon est un con, comme son nom l’indique. Riche, beau-gosse et élégant, il ressemble à l’image que l’on se fait du trentenaire New-Yorkais. Célibataire, intelligent et coureur de tailleurs, Brandon baise beaucoup, mais dort souvent seul. Le jour, il travaille dans des grandes tours de verres où on invente des concepts vides. Il est triste. Brandon voudrait nous faire croire qu’il est malade, mais il est juste égoïste. D’ailleurs, il a une soeur, et il nous en a même pas parlé.

Pour beaucoup de critiques, Shame est un film sur l’addiction sexuelle. Connerie. Shame est un film sur l’homme moderne. Celui des pubs pour l’after-shave, le beau-gosse indépendant avec un pull Paul Smith qui sent le danger et le succès. Celui qui boit du Dry Martini sans faire la grimace, celui qui ouvre la porte aux vieilles dames et qui sort avec la plus jolie fille de la boîte, sans jamais la draguer.

Mais depuis qu’il a quitté Barbie, Ken a pris 10 ans dans la tronche. Il se sent seul. Il n’est plus vraiment cool, mais il ne sait pas vivre autrement. Parce qu’un homme qui ne séduit pas est un homme mort, ou du moins, un homme qui ne séduit pas n’a rien à faire sur la couverture de GQ.

L’addiction sexuelle est un cache-misère. Il permet aux commentateurs du film de planquer l’essentiel sous le tapis en s’émouvant devant “cette affreuse maladie”. Certes, Brandon se masturbe un peu trop pour être normal, mais au final, il est juste symptomatique d’une époque : il chasse, il zappe, il consomme. Mais comme il est moderne, il a honte.

Jusqu’à la fin le réalisateur semble hésiter entre la morale et l’apitoiement. Dans les meilleurs moments, il se contente de poser un regard clinique sur son personnage, sans pour autant le juger. Mais a plusieurs reprises, il dégaine des gros violons pompeux, qui alourdissent le propos. Lors d’une interminable scène de cul, le réalisateur fait son choix : il fera un film moral, mais il laissera le choix de la rédemption finale au spectateur.

Dans les années 70, Shame aurait probablement été houspillé comme un brûlot réactionnaire. Aujourd’hui, la critique se pâme (sauf les Cahiers du cinéma, ce qui confirme cette théorie). Moi je suis perplexe. Dans la vraie vie, les jouisseurs impénitents ne périssent pas tous dans les flammes de l’enfer, mais à l’inverse, le modèle du vieux célibataire libre et moderne n’a pas mené à grand chose, si ce n’est une génération de losers égoïstes.

Au moins, la tristesse de Brandon rassurera les épicuriens : lorsque le beau-gosse parfait des films rentre dans son appartement luxueux après après avoir pécho trois mannequins, il regarde des films pornos tout seul et il se tape la tête contre les murs.

En Bref : Il faut aller voir Shame. Malgré des longueurs, une posture un peu arty froide et malgré l’impression tenace de se rendre à la messe. Parce que malgré tout, l’ouverture du film est d’une maîtrise absolue et la chute d’une grande intelligence. Parce que le réalisateur aligne quelques plans séquences d’anthologie, sur le fond comme la forme. Parce que vous pourrez débattre du film avec vos potes, contrairement à Time Out.

Mais très franchement, si vous avez une autre interprétation, je suis preneur. En commençant à écrire cette critique, je n’avais pas prévu de recommander le film…

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Une éducation sentimentale ?

Faut-il aller voir Une éducation ?

En rentrant dans la salle, j’aimais déjà le film. Situé dans l’Angleterre des années 60, il suit la première aventure amoureuse d’une lycéenne trop sage, séduite par un homme trop charmant pour être honnête. Le scénario est signé Nick Hornby, auteur que je vénère. Le gentleman charmeur est joué par Peter Sarsgaard, qui est excellent partout. C’était bien parti.

L’histoire est universelle. Une jeune fille élevée dans un bocal, habilement détournée du “droit chemin” par un séducteur un peu lâche, dont le principal avantage est d’avoir le double de son âge. Un classique. A tel point qu’Une éducation ne surprend jamais, sur le fond comme la forme. Censé être renversant, même le twist final ne fait sursauter que ceux qui s’étaient endormis. Et alors ? Pas la peine de révolutionner le sens d’un scénario pour faire un bon film. Oui mais voilà…

Scolaire, jusque dans la mise en scène, Lone Scherfig, la réalisatrice, n’ose rien. La caméra est souvent fixe, jamais vraiment originale et l’ambiance globale est aussi fun qu’un cheese cake. Rayon de soleil, au milieu de toute cette grisaille british, la jeune Carey Mulligan réussit souvent à attendrir. Tout en retenue, Peter Sarsgaard lui donne la réplique avec finesse, en composant un personnage séduisant et trouble.

Malheureusement, ils ne sont pas aidés par les personnages secondaires. Bien interprétés, ces derniers sont desservis par un scénario caricatural : la prof de langue est une vieille célibataire à lunette, le père est un cochon machiste qui soumet sa femme au lavabo et “la” jolie copine confond les “lettres modernes” avec “le courrier”. Elle n’a pas fait d’études, elle est stupide, la preuve : elle est blonde.

C’est ce fond nauséabond qui finit de plomber le film. Cette bonne vieille morale masochiste comme quoi nous n’avons le choix qu’entre faire la fête pour rater notre vie, ou devenir autistes du travail pour la réussir. Certes, les choses sont plus faciles lorsque l’on sort d’une université prestigieuse. De là à sous-entendre que les études mènent immanquablement au bonheur et leur absence à la bêtise, il n’y a qu’un pas, que le film franchit sans se retourner.

J’en attendais plus de Nick Hornby. S’il passe son temps à dénoncer l’esprit bourgeois, en citant Camus et une kyrielle d’auteurs éclairés, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il aurait mieux fait de les lire.

En bref : Il ne faut pas aller voir Une éducation. Pourtant, le film est parfois mignon et tendre. Il aurait pu être émouvant si chaque moment touchant n’avait pas été rehaussé par un kilo de violons. Si on peut y aller, à la rigueur, c’est pour le charme des deux acteurs principaux.

Au fond, le film aurait été bon, émouvant et universel, s’il avait suivit les préceptes qu’il semble prôner. L’art, la créativité, la vie, la folie… Mais non. On se retrouve devant une pub classique pour la vie bien rangée, les classes préparatoires et l’abnégation.

Contrairement à son personnage, la réalisatrice n’a pas dû beaucoup les sécher, les cours…