Dix pour cent. Agents troubles.

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Faut-il regarder légalement la première saison de Dix pour cent ?

Il paraît que les séries françaises deviennent cools. Engrenages enchaîne les prix aux StatesFais pas-ci, fais pas-ça est adapté en Italie et Les Revenants est cuisiné à l’américaine.

Le premier qui dit “Cocorico” prend ma main dans la gueule.

Mais je crois quand même qu’on est content. “Je crois”, parce que je n’en ai vu aucune. Je ne regarde jamais la télé, à part dans les gares, quand elle affiche les horaires d’un train. Par acquis de conscience, j’ai souffert devant la première saison du Village Français, qui m’a donné envie de me planter des clous dans l’oeil.

On ne m’y reprendra plus ?

Ben si. On m’y reprend. Tous mes potes m’ont dit que Dix pour cent était complètement raté. Du coup, forcément, je me suis léché les babines (essentiellement parce que je bave beaucoup) et j’ai sorti mon scalpel (essentiellement parce que je suis sadique).

Et à mon grand désarroi, ça démarre plutôt bien. Le rythme est entraînant, les personnages sont solides et les acteurs sont dirigés (ce qui manquait cruellement au Village Français). Au sommet de son art, Camille Cottin, magnifie son personnage de “Connasse” cathodique dans une version plus nuancée, qui la rendrait presque attachante. Autour d’elle, les personnages secondaires dépassent largement leurs statuts de faire-valoir.

Formidable ? Pas encore. Le scénario reste arrimé sur des stéréotypes en formica (la fille cachée, les provinciaux ébahis, les parisiens snobinards, les homos définis par leur sexualité…) mais, par miracle, les scénaristes parviennent à détourner la plupart de ces clichés avec des idées subtiles, quelques gags efficaces et des dialogues très bien écrits.

Se foutre de la gueule des acteurs et du cinéma, l’intention est salutaire, mais le défi est de taille pour une caste qui manque d’humour sur elle-même. Difficile, aussi, de rester impertinent en passant de Canal+ à France 2 en cours d’écriture (un épisode ou Pierre Niney se tapait de la coke et des call-girls en boîte en a fait les frais). Et malgré tout, Dix pour cent est largement moins lyophilisé que n’importe quel épisode du Grand Journal.

La limite, c’est qu’il faut tout de même rassurer les divas, au point de foutre les deux pieds dans la complaisance : dans chaque épisode l’acteur “invité” croule sous les compliments, “grande actrice”, “acteur incroyable” ou même “bête sexuelle”. C’est chiant, c’est mou et on a soudain l’impression de s’être téléporté chez Drucker.

Plus embarrassant, les scénaristes (ou le producteur ?) poussent la flagornerie jusqu’à donner son propre rôle à Dominique Besnéhard -producteur de la série- dont le nom est cité à plusieurs reprises pour être qualifié de “très bon producteur”. On regarde nos pompes, gênés d’avoir ouvert la porte au mauvais moment. “Pourquoi il était à genoux le monsieur, maman ? Il faisait le lacet de l’autre monsieur, mon chéri.”

Dommage, car la série est à son meilleur lorsqu’elle ose être vraiment mordante. C’est le cas d’Audrey Fleurot et Cécile de France, qui acceptent d’être confrontées à leur âge dans un métier obsédé par les jeunes filles. A ce propos, Line Renaud et François Fabian forment un duo superbe d’actrices revanchardes qui se tirent dans les pattes à l’enterrement de leur amant.

T’as vu ?

Depuis le début de l’article, il n’y a que des noms d’actrices. C’est certainement la plus jolie réussite de la série : des personnages féminins forts, rebels et jamais définis par leur rapport aux hommes. Au point de tendre vers la caricature inverse : les personnages masculins sont tous lâches, souvent hyper-efféminés, quand ils ne sont pas méchants et foncièrement dégueulasses.

Alors que bon… Y’en a des biens.

En Bref : Il faut acheter légalement la première saison de Dix pour cent. A l’exception d’un épisode 5 très inférieur (Joeystarr y est à son plus bas niveau) et malgré une certaine complaisance, la série fait honneur à la télévision française. Derrière les grosses ficelles, il y a de vrais auteurs, un sujet passionnant et un casting excellent.

Si la chaîne se détend sur le bon-goût, si les scénaristes osent aller plus loin dans l’impertinence et si les acteurs comprennent que l’auto-dérision est une jolie marque d’intelligence, alors, cette série très sympathique pourrait bien devenir quelque chose de vraiment bon.

Allez… Pierre Niney sous coke, je suis sûr que c’est familial.

Casse-tête chinois. L’amour Duris.

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Faut-il aller voir Casse-tête chinois ?

Dix ans ans après L’Auberge Espagnole, cette nouvelle génération du cinéma français n’a pas tenu ses promesses.

Jamais aussi bon en dehors de cette trilogie, Klapisch n’est pas sorti de son rôle sympathique mais mineur, Audrey Tautou joue le même personnage depuis son premier film et Cécile de France alterne entre le moyen et le mauvais. Quand à Romain Duris, il est toujours infoutu d’articuler correctement.

Et pourtant, on les aime.

Parce que, malgré tout, on a grandi ensemble : nos dossiers Erasmus étaient aussi incomplets que celui de Xavier, nos relations à distance étaient aussi boiteuses que la sienne et nous irons tous bientôt vomir par-dessus un bastingage, lors des premiers mariages de nos potes.

Comme Xavier vieillit plus vite que nous, nous ne savons pas encore si nous finirons exilés à New-York pour tenter de faire tenir nos familles recomposées en équilibre. Face à l’avenir, la seule certitude qui nous reste, c’est que ça risque d’être le bordel.

Xavier c’est nous, pour le meilleur et pour le pire : incertains, un peu lâches, terrorisés, mais batailleurs. Pessimistes, forcément, parce que nous sommes les enfants des idéalistes qui ont célébré l’individualisme. Optimistes, malgré tout, car même si nous avons vécu notre croissance en pleine dépression, nous avons aussi compris qu’on pouvait y survivre.

Parmi les nombreux monologues de Xavier, le plus beau d’entre eux parle de son père, parti vivre la libération sexuelle en lui donnant une tape sur la tête. “Ne t’emmerde pas avec ça”, répète le vieux con à son fils. Comme lui, Xavier est foireux, bancal et divorcé, mais il fait partie de cette génération de pères qui “s’emmerdent avec ça” et qui se battent pour voir leurs enfants.

Et ça aussi c’est notre héritage. Les soixante-huitards ne voulaient pas ressembler aux patriarches misogynes, alors ils ont fait exploser la famille, les jeunes pères ne veulent pas être des égoïstes absents, alors ils recollent les morceaux comme ils peuvent. Mais comme eux sont déjà nés dans le bordel, ils savent mieux y nager.

Et finalement, cet optimisme bravache du marin qui sourit en pleine tempête, c’est un peu l’âme de la trilogie. Et peut-être même l’âme de notre génération. Celle de la précarité, sur tous les tableaux, tellement habituée au déséquilibre qu’elle arrive à tenir sur la corde, et à y être heureuse.

En Bref : Il faut aller voir Casse-tête chinois. Parce que c’est un joli film, pas toujours bien joué, ou bien écrit, mais chargé de tendresse, de mélancolie et d’espoir. Parce qu’il y a longtemps qu’un français n’avait pas aussi bien filmé New-York, loin de Times Square et la statue de la Liberté. Parce que sous ses airs de comédie gentillette, la trilogie de Xavier reflète mieux que personne notre génération.

Et n’espérez pas me voir utiliser le terme creux de “génération Y”. Il faut faire partie de la précédente pour l’employer.

Möbius. L’espion qui rusait.

Mobius

Faut-il aller voir Möbius ?

C’est l’histoire de Jean Dujardin qui fait croire à tout le monde qu’il est russe. Il rencontre Cécile de France, qui fait croire à tout le monde qu’elle est américaine. Comme en vrai ils sont français, ils ont des accents pourris et leur couverture s’effiloche, d’autant qu’ils passent pas mal de temps dessous, au lieu de s’espionner, comme tout le monde.

C’est pas joli la condescendance, mais faut reconnaître qu’on y croyait pas trop. C’est pas de leur faute, dès que les français font un film d’espionnage international, on dirait toujours un peu “Maigret en Belgique”. Bah oui, les hors-bords et les hélicoptères, ça coûte cher, surtout s’il faut les faire exploser.

Tant pis, ils explosent pas. A la place, il y a un scénario. C’est pas plus mal. Si on est pas vraiment passionné par l’intrigue générale (qui mélange vaguement l’espionnage post-guerre froide, les chevals qui volent et des trucs convenus sur les méchants traders) on en sait suffisamment pour comprendre le cœur de l’histoire : le cœur, justement, et ses raisons, qui ignorent la raison et les intérêts de la nation.

Dans les rôles périlleux des espions amoureux, Jean Dujardin et la pétillante Cecile de France s’en tirent avec les honneurs. Parce qu’il est foireux, impossible et déraisonnable, leur coup de foudre est assez convaincant. Il aurait même pu être assez joli si le chef op’ ne s’obstinait pas à filmer des très gros plans de bouches qui s’embrassent et l’intérieur poilu des grandes narines dujardiennes.

Bon. C’est pas si mal. On devine le déroulement global de l’histoire au bout de dix minutes, mais au moins on est pas déçu et on est quand même assez pris par l’histoire. Au milieu de ce déroulement classique, quelques jolis jeux de voitures et de téléphones permettent de montrer au réal qu’il maîtrise bien le rythme et le montage.

Et puis le film s’assoit un peu sur son bon départ pour terminer en dents de scies, sans vraiment clore son sujet ni terminer son propos, qui finit par devenir un peu confus.

Dommage. Il manquait vraiment pas grand chose.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Möbius. Mais ça me fait mal de le dire, parce que il y avait du potentiel : Une jolie histoire d’amour et un thriller assez ambitieux, noyés par malheur dans une réalisation sans âme et un scénario trop alambiqué pour être vraiment crédible.

Malgré tout, face aux James Bond criards et hyperactifs, je préfère vachement cette version intimiste. Il y a peut-être moins de fusillades et de bombes en plastique, mais il y a de l’amour et une vraie gonzesse.

Par contre faut vraiment qu’on bosse sur nos accents anglais les mecs.