Lone Ranger. Le masque et les plumes.

Lone ranger

Faut-il aller voir Lone Ranger, Naissance d’un héros ?

J’aime bien le sous-titre de la version française. Il montre la place du marketing dans la création artistique des studios Disney : « Naissance d’un héros”. Une façon volontariste de dire : “On espère qu’il va bien marcher çui-là because on a déjà adapté tous les autres super-héros de la lose mais on aimerait bien faire une énième trilogie avec quatre films pour se faire autant de fric qu’avec les Pirates des Caraïbes et construire un nouveau manège à Marne-la-Vallée.” Le marketing, c’est faire passer des messages sous-marins avec trois mots rigolos.

Mais ça ne marchera pas.

Parce qu’on fait des bonnes soupes dans les vieux pots, mais pas en utilisant les mêmes ingrédients. En l’occurrence, c’est pourtant la même recette que Pirates des Caraïbes, mathématiquement calquée : Gore Verbinski + Disney + Héros insipide + Johnny Depp bourré + Genre oublié remis au goût du jour + Bateaux ah non, Trains.

Mais contrairement aux flibustiers, les bandits de grands chemins ne braquent pas grand chose et se ramassent allègrement dans les salles américaines et françaises. Et pour cause, il manque un ingrédient à la copie conforme de Pirates des Caraïbes : la nouveauté.

Et l’inspiration aussi : L’indien bizarre est beaucoup moins marrant que Jack Sparrow, le très lourd Armie Hammer (Merde, “Armée Marteau”, really ?) et sa mâchoire carrée sont beaucoup moins jolis qu’Orlando Bloom et son petit bouc, Keira Knightley ne se promène pas en chemise de nuit et le méchant et sa sale gueule ne sont jamais drôles.

Certes, après Avatar, on peut apprécier le fait de voir un film américain esquisser un recul critique sur son histoire et tourner perpétuellement son héros en dérision. Malgré tout, au fond, le scénario livre toujours la même soupe patriotique sur fond de drapeau qui flotte et de héros vengeurs, dans la plus parfaite rhétorique réac.

Mais en vrai on s’en fout du message, je vais pas jouer les web-philosophes moisis, on est là pour rigoler, pour sauter sur son siège et ouvrir grand la bouche. Même là, c’est limite : on ne croit pas vraiment aux cascades grand-guignolesques, les blagues sont un peu lourdes et tout le film manque tellement de fraîcheur, que le sortir en salle par une chaleur pareille, c’est presque criminel.

Alors OK, c’est marrant de voir Johnny gober des raisins. M’enfin quand même, comparer ça à Leone, c’est avoir la mémoire courte.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Lone Ranger, Naissance d’un héros. C’est une grosse farce indigeste, faussement complexe sans être vraiment ambitieuse. Et son vrai talon d’Achille c’est probablement le Lone Ranger lui-même, aussi con et lourd qu’un cow-boy sans harmonica.

Et cet échec commercial n’a rien d’une surprise : après quatre adaptations filmées, plusieurs dessins animés et des centaines de comics et de livres, le Stetson masqué n’a jamais réussi à franchir l’Atlantique. Mais dis-moi Hollywood, quitte à te planter, t’aurais pas pu essayer d’innover pour une fois ?

Django Unchained. La mine de l’Allemand perdu.

Faut-il aller voir Django Unchained ?

Pfff j’ai la pression là.

Je ne sais plus si on arrive à juger Tarantino comme un cinéaste normal. Tout le monde l’attend au tournant. Et tout le monde sort de la salle en extase ou en rogne, hurlant à la lune que c’est un génie fabuleux, ou un illustre imposteur.

Comme le rappelle Kalosystem dans son commentaire, les éloges de la presse sont de plus en plus dithyrambiques à chaque film de QT, alors même que certains n’hésitaient pas à déboulonner Pulp Fiction à l’époque (pourtant bien supérieur à tout le reste de sa filmographie, voir même supérieur à tout en général, sauf au bon fromage). Comme quoi, ce n’est pas un film que l’on juge, mais toujours son réalisateur.

Et c’est un peu normal. Parce que personne ne peut oser faire la même chose que lui sans se ramasser. Pire, si un jeune cinéaste s’était pointé avec le même scénar et les mêmes idées de réal (“Je… je voudrais rendre ses lettres de noblesse au zoom ultra-rapide sur les yeux des méchants, faire des blagues sur l’esclavage et balancer du gangsta rap sur des scènes de chevauchées”) il n’aurait jamais trouvé de producteur pour prendre le risque de le financer.

C’est pourquoi Quentin est précieux. Parce qu’il est foncièrement unique, parce qu’il fait absolument ce qu’il veut et, bondieu, parce qu’il a un talent fou pour écrire des dialogues.

Dés le départ, on retrouve le style inimitable du maître de la série B : des acteurs aux sommets et des discussions interminables qui se terminent toujours en parties de flingues. Christoph Waltz scintille d’humour et de décalage, Leonardo Di Caprio excelle dans le rôle du méchant mielleux et la palme revient à Samuel L. Jackson, qui déploie toute sa gouaille et sa méchanceté dans le meilleur rôle de sa belle carrière. A leurs côtés, Jamie Foxx tient bien son rôle-titre, mais ne peut s’empêcher d’apparaitre plus terne que les monstres qu’il côtoie.

Plus classique que Kill Bill ou Reservoir Dogs dans son découpage, le scénario laisse un peu tomber le suspens des premiers films pour s’orienter d’avantage vers la comédie. Parfois inégal et un poil longuet, Django n’a pas le rythme endiablé des premiers, mais il perd en tension dramatique ce qu’il gagne en humour. L’absurde n’est jamais loin, QT se lâche comme un môme, fait voler les personnages qui prennent une balle et pérore sur la difficulté de chevaucher correctement lorsque l’on porte un masque du Klu Klux Klan. L’air de rien, il propulse d’emblée pas mal de scènes dans le royaume des moments cultes, où elles s’en vont retrouver le reste de sa carrière.

Et face à tout ce talent, on applaudit, on en redemande. Et aussi, on se dit qu’on aimerait bien qu’un jour, Tarantino aille au-delà de l’hommage génial et de la grosse marade. Qu’il coupe la musique une fois, pour que l’on voie vraiment ce qu’il y a dans le coeur de ce clown, quand il rentre chez lui tout seul.

Parce qu’à force, on attend tellement ses films que l’on ne peut s’empêcher d’être toujours un peu déçu. C’est la malédiction des génies, mais au moins, elle épargne Philippe le Guay.

En Bref : Il faut aller voir Django Unchained. Et ça vaut pour toute la carrière passée et future du cinéaste le plus hors-norme d’Hollywood. Parce qu’on est toujours surpris, parce qu’on rigole d’un bout à l’autre et parce que chaque plan d’un film de QT transpire l’amour du cinéma.

Mais malheureusement pour les fans exigeants, ce n’est pas ici que Tarantino atteint la cime de son art. Le rythme est un peu trop claudiquant et l’ensemble manque de la petite étincelle d’énergie qui aurait pu faire passer ce très bon film à l’étage des chefs d’oeuvres.