Royal Affair. Du lustre aux Lumières.

Faut-il aller voir Royal Affair ?

1770, c’est la révolution. L’Europe sombre petit à petit dans la démocratie la plus complète, sauf le Danemark et son roi fou, qui portent encore haut les valeurs de l’obscurantisme conservateur main dans la main avec l’église luthérienne. C’est sans compter l’arrivée d’une jeune reine anglaise et d’un médecin Allemand, qui vont jeter le pays dans l’ouverture et la tolérance. Décidément, ces étrangers !

Allez hop. Un petit film en costume par semestre, ça remet toujours les choses en place. Celui-ci ne déroge pas : plans fixes, violons baroques (peut-être), rythme chiant, rois fous et princesse diaphane au joli regard perdu. Tout ça ne nous rendra pas la Belgique, mais le film aborde les thèmes habituels avec un certain talent : le poids de la noblesse, la prison dorée ou le passage à l’âge adulte et celui de l’adultère.

Comme à chaque fois, les trémolos dramatiques ne lésinent pas pour souligner les tressaillements de la jolie colombe en robe nacrée. Sa rencontre avec le beau loup solitaire arrive à point nommé et, sans surprise, on semble parti pour s’emmerder tranquillement.

A deux choses près.

La première est blond, avec des lèvres chelous. Elle s’appelle Mads Mikkelsen. Moins marquant que dans La Chasse, l’acteur danois y est tout aussi juste. Face à lui, les interprètes de la jeune reine et son souverain bipolaire sont également très convaincants, chose essentielle quand les décors sont aussi figés et les corps planqués sous des kilos de tissus.

Le deuxième intérêt du film est suffisant pour le sauver du nanard Keiraknightlant en robe de soie : au-delà des peines de coeur de la reine, le vrai thème du film est politique. Une telle production pourrait se contenter d’être consensuelle et gentiment réac. Mais le scénario est une charge violente contre les conservateurs de tout poil qui luttent contre le changement avec tant d’ardeur qu’ils finissent par combattre leurs propres valeurs.

Et soudain, les amoureux révolutionnaires perdent de leur mièvrerie, pour devenir vraiment nobles.

En Bref : Il faut aller voir Royal Affair. C’est lent, classique et un poil mièvre aux entournures. Mais sur le fond, c’est bien plus couillu et rock n’roll que la plupart des Opéras savon amerloques et leurs homologues anglaises qui essoreront toute la bibliographie de Jane Austen avant de commencer à faire du cinéma.

D’ailleurs, après La Chasse et Revenge c’est le troisième film danois que je conseille. Comme quoi…

Comme quoi.