Avengers : L’ère d’Ultron. Monstres et compagnie.

598886.jpg-c_640_360_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Faut-il aller voir Avengers : L’ère d’Ultron ?

Y’en a marre des super-héros.

Je l’ai déjà écrit mille fois, mais j’ai l’impression que Marvel creuse dans un puits sans fond d’où sortent des héros identiques mais un peu plus nazes à chaque fois, auxquels il arrive toujours les mêmes trucs (à venir Ant-Man l’homme fourmi, un nouveau X-Men, la suite du reeboot de Spider-man et le reeboot de la suite des 4 fantastiques…).

Si, à la vue d’un carré d’herbe verte, il vous prend l’envie d’aller brouter, c’est normal : ça fait 15 ans que Marvel a pris l’habitude de vous traire.

Meuh.

Et l’art dans tout ça ? Kubrick ? Le cinéma ? “L’art mon pote, c’est pour les pds”, répond Hollywood avant de mordre dans son sandouich. Tout le monde rigole, sauf Joss Whedon, le réalisateur, qui récite du Shakespeare tout seul dans une piscine.

Avengers 2 raconte l’histoire d’une dizaine de mecs qui sauvent le monde en faisant des vannes. Tout est là : des explosions partout, des héros musclés, des échanges virils, des méchants méchants et des gadgets cools comme, par exemple, les femmes. Le nouveau super-nanard testostéroné arrive, à cheval sur une trompette.

Et pourtant, Avengers 2 est formidable. Mieux, malgré le défi impossible de multiplier les personnages principaux et les figures imposées, le scénario réussit là où tous les autres plantent en beauté. A commencer par l’essentiel : rendre les super-héros humains.

A mi-parcours, tout le monde arrête de se battre pour enfiler des chemises à carreau et couper du bois dans la forêt. Ça pourrait être caricatural, mais c’est le coeur du film. Regardant nos beaux héros invincibles, la femme d’Hawk Eye nous les montre comme on ne les avait jamais vus : des êtres inhumains, des machines à tuer sans âme, dont la vie est un grand vide.

Dans la chambre d’à côté, Hulk aussi est un monstre. Sauf que lui le sait déjà. Ses camarades le taquinent sur les civils qu’il a “blessé”. Mais c’est un meurtrier, comme Black Widow. Devenue l’assassin que l’on a fait d’elle, elle non plus n’a pas le choix. C’est peut-être pour ça qu’elle aime Hulk, “le héros qui refuse de se battre, par peur de gagner”. Les scènes où elle le calme en lui caressant la main font probablement partie de ce que j’ai vu de plus beau au cinéma cette année.

Face à cette bande de surhommes névrosés, le méchant, artificiel, rêve secrètement d’être humain. En maniant les symboles, l’humour absurde et des dialogues parfaits, Joss Whedon élève ses Avengers très loin au-dessus de la mêlée, avec une finesse qu’on ne voit presque jamais dans les blockbusters américains. Derrière le mythe du super-héros, il pose cette question fondamentale : au fond, qui est le vrai monstre ?

Hollywood oblige, il ne va jusqu’au bout de la réflexion. Aucun civil n’est jamais tué dans le champ et, avant de détruire un immeuble au coeur d’une ville, Iron Man vérifie évidemment qu’il n’y a personne dedans… Une vieille rengaine, qui conforte le mythe de la guerre chirurgicale menée par l’Amérique partout dans le monde, où seuls les méchants meurent, mais jamais les enfants afghans.

Allez, une réflexion intelligente dans un film de super-héros, je ne vais pas non plus demander un discours politique subversif.

En Bref : Il faut aller voir Avengers : L’ère d’Ultron. C’est ce qu’on a fait de mieux dans le genre. Parce qu’il y a un propos, plus d’humour que d’explosions et parce que Joss Whedon réussit à doter ses supers-héros d’accessoires rarissimes dans leurs combinaisons par-balles : des faiblesses.

La parenthèse se referme, les réalisateurs de seconde zone peuvent revenir nous emmerder avec leurs héros sans âmes et leurs quêtes débiles. Au moins, maintenant, ils ont un modèle à copier.

Rush. Chris aime, Daniel brûle.

rush-0

Faut-il aller voir Rush ?

Et surtout, est-ce qu’il boit le Règne de l’Arbitraire ?

Un mois après sa sortie, il nous parle d’un double-biopic sur des pilotes de Formule 1, réalisé par l’homme qui a commis l’horrible Da Vinci Code, avec l’acteur principal des infâmes Thor et Blanche-Neige. En plus, il parle de lui à la troisième personne alors tout le monde sait qu’il est tout seul à faire son blog. EST-CE QU’IL EST BOURRÉ LE RÈGNE ?

Non. Peut-être un peu fatigué.

C’est l’histoire vraie de deux pilotes que tout oppose. James vit, Niki s’organise. James nique, Niki non. James dîne, Niki jeûne. Mais sur le circuit. James chasse Niki sans jamais le rattraper. Jusqu’au jour où.

Tout prédestinait Rush à tenir son rang sur le podium des nanards de l’année. Mais dés les premières images, le blockbuster s’obstine à faire preuve de personnalité. Une fois n’est plus coutume, la musique d’Hans Zimmer est habitée et l’image est assez belle (malgré l’étalonnage dégueu utilisée sur tous les films qui restituent les années 70).

Chris Hemsworth rentre dans l’image comme dans les mannequins qu’il aligne. Avec facilité, décontraction et pas mal de classe. De son côté, Daniel Brühl surjoue un peu les autrichiens tendus, mais ça fonctionne. Leur rivalité, sur fond d’admiration est rendue sans finesse, mais avec pas mal de justesse.

Contrairement aux autres films à caractère sportif, celui-ci ne base pas ses enjeux sur la victoire du meilleur, le combat pour la progression et les larmes d’un connard qui brandit une coupe. Intelligent, le scénario parle plutôt du bonheur en opposant deux approches : crever d’indigestion en mangeant tout le pain blanc d’un coup, ou à attendre qu’il soit rassis pour l’apprécier sans joie.

C’est pas con. Intense. Et même parfois, c’est assez beau. Mais je n’arrive toujours pas à bien comprendre en quoi il y a quelque chose d’excitant dans les cages en métal qui tournent en rond.

En Bref : Il faut aller voir Rush. C’est une histoire passionnante en elle-même, mais aussi les beaux portraits croisés d’un hédoniste et d’un épicurien. N’espérez pas une dissert’ et comptez quand même sur une bonne demi-heure de gros moteurs qui rugissent.

N’empêche, depuis le début de l’année, c’est le meilleur film qui nous soit parvenu d’Hollywood. L’année scolaire, j’entend.

Thor. Méfiez-vous de Loki.

Faut-il aller voir Thor ?

C’est l’histoire d’une bande de vikings de l’espace qui règne sur l’univers. Un jour, le plus marteau d’entre eux déclenche une guerre pour rigoler. Fils du roi Odin, il fâche son papa très fort. Banni, Thor se retrouve sur terre pendant que son frère Loki prépare des trucs sournois.

Après la résurrection de Spiderman, IronMan et tous leurs potes, il fallait bien qu’on se tape les space-vikings les plus ringards de la galaxie. On peut comprendre pourquoi Thor est l’un des derniers super-héros Marvel à être adapté au cinéma. Placer des barbus new-age en cottes de maille électroniques au milieu de l’époque moderne… On risquait fort d’avoir l’air naze. D’ailleurs, c’est le parti pris du film.

“Je suis en train de réaliser un navet”, c’est ce que semble nous dire Kenneth Branagh, et ça à l’air de le faire marrer. Echappé du drame shakespearien, le cinéaste a troqué les alexandrins contre la testostérone. Au milieu de cette superproduction bruyante, il semble aussi à l’aise qu’un poireau dans une limousine. Au départ, c’est marrant : le ridicule est assumé et le film se moque en permanence de son super-héros archaïque et body-buildé. Et puis, le deuxième quart d’heure arrive…

Rapidement, on se rend compte que personne dans l’équipe ne croit au film : les scènes d’actions sont moisies, les cadrages sont hideux et le mauvais gout omniprésent. Lors du grand final, Thor combat un espèce de micro-onde géant, Natalie Portman court au ralenti vers le héros blessé et ce dernier finit par s’envoler en faisant tourner son marteau, devant les acclamation d’une bande de branquignolles en armures tout droit sortis du Seigneur des anneaux.

Pire que tout, le réalisateur croit bon de pencher sa caméra sur le côté en permanence pour se donner l’impression de filmer cool. A sa création, le procédé était déjà pourri. Vingt ans plus tard, il donne juste envie de quitter la salle.

Et pourtant on reste, parce que le film ne se prend pas au sérieux, parce qu’on rigole un peu et parce que derrière ses aspects débiles, le scénario n’est pas si con et beaucoup moins manichéen que les autres productions hollywoodiennes. M’enfin, ne nous le cachons pas, si on reste, c’est surtout parce qu’on a payé notre place.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Thor. Evidemment. Ce gros spectacle foutraque pourra nous procurer quelques bonnes tranches de rigolade, mais bien souvent à ses dépends. Sinon, il permet de contempler la déchéance un peu affligeante d’un cinéma américain qui tourne en rond depuis des années.

La preuve, malgré la vacuité du nanard sus-critiqué, l’équipe du film a d’ores et déjà prévu de lui donner deux suites. Vous pourrez retrouver leurs lambeaux ici.