Kingsman. Colin est maudit.

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Faut-il aller voir Kingsman ?

C’est l’histoire d’un jeune orphelin perdu qui va se faire récupérer par un oncle à lunettes gentil. “Lève-toi, dit l’oncle, toi aussi tu peux devenir quelqu’un, si tu mets des cravates et si tu tues des gens”.

J’ai du respect pour Matthew Vaughn.

Dans le monde surpeuplé des nanards super-héroïques de l’Hollywood, c’est sûrement le moins con. Kick-Ass, c’était sympa, X-Men le Commencement, c’était cool et Layer Cake, j’ai pas vu, mais c’est un joli nom. Anglais perdu en Amérique, Vaughn fait toujours la même chose, mais il le fait plutôt bien : prendre un style de film à l’agonie et rajouter des blagues dedans.

Voici qu’il s’attaque aux James Bond. Autant dire qu’il y a fort à faire.

Comme toujours, Matthew adapte une bande dessinée (faudrait quand même pas qu’on le prenne à inventer une histoire). Comme toujours, c’est ultra-violent, ultra-rapide et plutôt stylisé. Et comme toujours, on a presque tout oublié une heure après, voir un peu plus tôt cette fois.

Kingsman fait plutôt bien son taf, si on considère le cinéma comme un accompagnement au pop-corn. Sans éclater les murs, le réal s’écarte des codes du genre originel : les clichés misogynes se font (un peu) plus discrets, certains twists sont vraiment inattendus et Matthew Vaughn en semble si fier qu’il fait dire à ses personnages que “nous ne sommes pas dans ce genre de film”. La première fois c’est pas mal, la deuxième fois, c’est lourd. D’autant que, si, on est quand même un peu dans “ce genre de film”.

Le héros, lourdaud, suit son parcours tracé comme une ligne droite. L’histoire avance sans zigzaguer et Samuel L. Jackson zozote comme un sourd, tentant de nous refaire le coup de la Kangol avec une casquette de travers. En fait ça sent surtout le menthol et la naphtaline des blagues faites une fois de trop mais qui font quand même sourire.

Une fois de trop, aussi, le générique sur Dire Straits, avec les synthés qui dégringolent sur l’écran. Une fois de trop, certainement, la scène de massacre au milieu du film, montée sur du rock n’roll, qui se justifie lâchement en faisant passer les victimes pour de vilains racistes.

Mais bon, c’est toujours moins pire que Skyfall.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Kingsman. Trop fainéant. Mais si vraiment vous avez envie de vous détendre les neurones, c’est toujours mieux que d’écouter France Inter. Ça fait boum, c’est rigolo, et il y a une scène de poursuite à l’envers sur Dizzee Rascal. Et ça c’est bien.

A part ça, Colin Firth porte toujours le smoking comme personne, et la jeune actrice Sophie Cookson ne devrait pas tarder à exploser. Surtout si elle mange du C4.

Le discours d’un roi. I want to be be King.

Aaaaaaaah

Faut-il aller voir Le discours d’un roi ?

Comme je ne vois pas les films en avant-première, toutes les critiques officielles me dament le pion. Résultat, à l’heure d’écrire mon article, tous les jeux de mots coolos ont déjà été faits (I bègue your pardon, magnifique). En plus je suis à Périgueux, il fait froid, il pleut et je dors dans un séminaire badant. Les couloirs sont vides, les douches collectives et j’ai peur de me faire manger par un monstre. Ce préambule visait à expliquer la médiocrité (mal) assumée de mon titre. Vous n’étiez pas obligé de le lire.

Le discours d’un roi raconte la vie d’un loser royal qui se fait tailler par toute sa famille parce qu’il bégaie. En plus de ça, il est gaucher, ses genoux sont cagneux et il s’appelle Albert. Autant dire qu’il ne risque pas de s’appeler George. Puis le destin s’emballe et Albert se retrouve sur le trône, alors que les allemands tirent la chasse. C’est la guerre, la vraie. Pas la guéguerre. Mais comment faire la différence lorsqu’on est bègue ?

Filmé avec trois bouts de ficelle et Colin Firth, le film du Britannique Tom Hooper met les grands plats dans les petits. Faute de budget, le scénario raconte la grande histoire par le trou de la serrure et se concentre sur la relation intime entre le futur roi et son orthophoniste. Pas très orthodoxe, mais néanmoins australien, ce dernier va considérer le monarque comme un mec normal. Psy-copain, il lui apprendra à desserrer sa mâchoire et à dénouer sa cravate. Mais cessera-t-il de faire du scat au milieu de ses discours ?

Il faut voir ce film en VO, même si vous êtes un gros ringard villieriste. La langue de Shakespeare est le personnage principal d’une histoire qui met l’accent sur l’accent. A l’heure où les rois cessent d’être des têtes sur des pièces pour devenir des voix dans les postes de radio, on assiste à la deuxième naissance du charisme. Dans l’intimité du cabinet orthophonique, c’est le beau-parleur qui devient roi pendant que le king s’use.

Vous l’avez déjà lu partout : Tout est beau, touchant, filmé avec simplicité et élégance. Les acteurs sont parfaits et les dialogues acérés et drôles. Pour pas s’emmerder, on va balancer quelques défauts en vrac : le film est trop long, la fin perd la vigueur du début et le happy end est trop évident, d’autant qu’un peu concon, car une guerre s’annonce avec des morts par millions, alors arrêtez de nous faire croire que c’est la fête parce que le roi ne bégaie plus. Ah merde j’ai dit la fin.

En Bref : Il faut aller voir Le discours d’un roi. Parce que c’est un film original et raffiné. Parmi les éloges, il faut aussi saluer les mouvements de caméra à l’épaule qui dépoussièrent le genre bien pourri du film en costume, mine de rien. Par contre, le mec qui joue Churchill à beau ressembler à rien, il ne ressemble pas à Churchill.

Désolé si vous pensez que j’ai écrit cette critique avec dilettantisme, c’est parce que je l’ai écrite avec dilettantisme. Bisou.

My tailor is Ford ?

Faut-il aller voir A single man si on s’habille mal ?

A single man se passe dans l’Amérique des années 60. Georges Falconer est un prof d’université quadragénaire qui porte des costumes élégants. Lorsque son petit-ami meurt dans un accident de voiture, il se demande s’il va pouvoir reprendre goût à la vie. Puis il remet ses boutons de manchettes.

Avant d’être réalisateur, pour la première fois ici, Tom Ford est d’abord un célèbre couturier qui a relancé Gucci et YSL avec son goût prononcé pour les smoking des années 50. Si ce genre de conversion est rare, on constate avec bonheur qu’elle est réussie. Dés le générique, l’œil du cinéaste impose un vrai sens de l’esthétique et une élégance raffinée qui ne quitte pas le film.

Les premiers plans, bercés par le monologue intérieur d’un Colin Firth sombre et blessé, relèvent du grand cinéma. Malheureusement, ce qui était à craindre arrive. A force d’être raffiné, élégant et toujours classe, le film finit par se couper du vrai monde et des émotions. Tout le monde est toujours en costard, les pompes sont toutes bien cirées et on a parfois l’impression d’admirer un bel objet sous film plastique.

Au niveau mise en scène, Tom Ford en rajoute dans le détail et ne lésine pas sur la lenteur pesante de certains ralentis. Il joue également sur les couleurs, augmentant le contraste et la luminosité de l’image en fonction de l’humeur du héros. Fausse bonne idée. Le procédé est trop voyant pour faire effet, et accentue l’aspect aseptisé de l’image. Physiquement, A single man est donc beau et plat comme une pub Chanel.

Dans cette ambiance à l’ancienne, le film déroule un scénario touchant, bien qu’assez classique. Après un bon départ, on finit par s’ennuyer ferme au long de certaines scènes laborieuses et trop longues. Les souvenirs du héros ne sont pas toujours très intenses ou intéressants. Pas très bien écrits, les dialogues sont pour beaucoup dans ce manque de punch.

Pour finir, le jeu de séduction qui éclot entre deux personnages n’en finit pas de tourner en rond. Là où tout est clair en quelques minutes, le cinéaste croit bon de faire durer la tension sexuelle pendant trois quarts d’heure, le tout culminant dans une scène de bain de minuit plus caricaturale qu’elle n’est torride. De la pub Chanel, on passe au porno sans sexe, ce qui fait gentiment sourire.

En bref : Il ne faut pas aller voir A single man. J’ai mis du temps à me décider, car les images sont vraiment belles et les premières minutes, comme la fin, sont d’une grande finesse, et d’une beauté soufflante. C’est le défaut de ce film : il est trop beau. Le réalisateur filme des corps impatients, des costumes élégants et des hommes à moitié nus, qui se regardent en chien de faïence. C’est chiant.

Talon d’Achille, le jeune acteur qui donne la réplique à l’excellent Colin Firth ressemble à un mannequin un peu vide. Il achève de plomber l’ambiance d’un film qui se tire une balle dans le pied, par excès de perfectionnisme.