Le garçon et la bête. Le bon, la brute et pas de maman.

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Faut-il aller voir Le Garçon et le Bête ?

C’est l’histoire d’un monstre patibulaire avec un gros katana et un cerveau à trou. Il décide de recruter un petit con pour en faire son apprenti. Mais en terme de mauvais caractère, le môme n’a rien à apprendre.

Peut-on s’aimer en se criant dessus ? Faut-il hurler sur son père pour devenir un homme ? Et en l’absence de père, faut-il confier les enfants à un monstre velu armé d’un sabre ?

Pas sûr que ce film réponde à ses questions. Pas sûr qu’il les pose d’ailleurs. Mais, comme tout bon film d’animation japonaise, Le Garçon et la Bête ne se contente pas de raconter une histoire pour faire rigoler les petits et leur vendre des figurines, comme ces enculés d’américains.

Sans dec’, la prochaine Reine des neiges que je croise, je la lance par la fenêtre (sauf si c’est ma demi-belle-petite-soeur, qui est un ange).

Le sujet du film, ce ne sont pas les combats de katanas, les mondes parallèles ou la symbolique des baleines chez les hommes perdus (attention quand même, le film se permet de spoiler Moby Dick). Le sujet du film, c’est le père, le fils, et leur impossibilité chronique à se dire “je t’aime”, sans le camoufler derrière une tape virile ou une crise d’adolescence.

Vous en faites pas, j’ai fini la mienne. C’est un blog, pas un journal intime.

Mais c’est ce que le film raconte, à peine caché derrière une histoire classique -et très bien écrite- de maître et d’élève au royaume des animaux ninjas. C’est drôle, rythmé et formidablement bien animé. Visuellement visionnaire, le film n’atteint peut-être pas la poésie du maître absolu, mais le mélange de dessins, de numérique et d’images filmées fixe un nouveau standard et surpasse de loin le précédent film d’Hosoda.

Malheureusement, on en retrouve aussi les défauts, assez récurrents de l’animation japonaise : passages larmoyants, hurlements interminables et l’habitude désagréable de décrire ce qui est évident (“Il a disparu !” Ben oui on a vu…), au risque de casser la magie.

Pas grave. A l’échelle de Disney, c’est déjà le Space Mountain.

En Bref : Il faut aller voir Le garçon et la bête. C’est ce qu’on a vu de mieux en provenance du Japon, depuis que Miyazaki a posé son crayon. Comme souvent dans l’animation nippone, le réalisateur ne se cache pas derrière les aventures et les blagues pour s’abstenir de penser. Et il le fait bien

Dommage qu’il n’ait pas coupé son joli film d’un dernier quart d’heure un peu chargé en huile de baleine. Et en même temps, même Moby Dick, c’est parfois un peu indigeste.

Parfois il faut faire beaucoup de bruit pour dire des choses très simples.

Detective Dee. Moine Man Show.

ça va chier grave...

Faut-il aller voir Detective Dee. Le mystère de la flamme fantôme ?

Si Sherlock Holmes était chinois, il fumerait beaucoup moins la pipe. Armé d’un gros sabre et d’une barbichette, il passerait son temps à grimper sur les murs pour défoncer des ninjas. Watson serait un albinos avec une hache et une grande gueule. Il y aurait aussi une gonzesse qui met des paires de mandales et des coups de fouets. On rigolerait bien.

Nous sommes en 690, année bordélique : Wu Ze Tian, la régente de Chine s’apprête à devenir impératrice mais les comploteurs veulent lui faire la peau. Quand sa garde rapprochée commence à prendre feu, elle fait appel à un juge mystérieux, sur les conseils d’un cerf qui parle. Et tout le monde à l’air de trouver ça normal.

Contrairement aux apparences, Detective Dee n’est pas un énième Tigre et Dragon. Si les personnages ne peuvent pas s’empêcher de grimper sur des feuilles de temps à autres, l’accent est d’abord mis sur l’enquête et la personnalité du héros. Plutôt bien écrit, le scénario complexe réinvente les classiques occidentaux dans un univers asiatique. Le mélange fonctionne, parce qu’on l’a vu mille fois, mais jamais comme ça.

Taciturne et cynique, Dee préfère utiliser ses méninges que ses avant-bras en ayant toujours un coup d’avance sur le spectateur. L’intrigue a beau être tirée par les cheveux, on rentre dans chacun de ses nombreux tiroirs, sans jamais s’ennuyer ni être vraiment estomaqué. Jolie, l’histoire d’amour évite toute mièvrerie et, pour une fois, les personnages féminins sont bien plus intéressants que les autres.

Malheureusement, le film est moche. Là où Hero ou le superbe Time and Tide (du même réalisateur) brillaient par un style onirique ou ultra-moderne, Detective Dee se cherche. Affreuses, les images de synthèses rappellent tristement les cinématiques du jeux-vidéo Age of Empire. En 1997, c’était hyper-cool. Aujourd’hui, ça craint, même si le grain de l’image et les effets spéciaux old-school donnent une forme de charme kitsh à l’ensemble.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Detective Dee. Sympa et distrayant, le film manque d’originalité et de style pour taquiner les chefs d’oeuvres du cinéma asiatique. Néammoins, le mélange du kung-fu cheapos et du film noir est plutôt bien dosé, et les chorégraphies aériennes ne manquent pas de charme.

Malgré les effets spéciaux ringards, le cinéma chinois gagne en puissance à chaque film. C’est aussi le problème : on ne peut pas s’empêcher de froncer les sourcils devant le double-fond de l’histoire. Sous des airs de film pop-corn, Detective Dee prêche la servilité au pouvoir, même si ce dernier torture ses sujets en basant sa légitimité sur la puissance et la terreur.

Venant d’un pays qui s’assoit sur la démocratie, c’est gênant.