Toutes nos envies. La juge est partie.

Juge

Faut-il aller voir Toutes nos envies ?

Claire est juge, maman et heureuse, jusqu’au jour où elle apprend qu’une tumeur au cerveau lui laisse quelques mois à vivre. Elle rencontre Céline, une mère célibataire et surendettée qui galère pour s’en sortir face à la pression des sociétés de crédit. Avec l’aide d’un vieux magistrat cynique et mal rasé, Claire va tenter de mener son dernier combat en s’attaquant aux arnaques des requins du crédit à la consommation.

On va pas se marrer. La conviction s’acquiert dés les premières notes de musique. Mais après les beaux Welcome et Je vais bien ne t’en fais pas, on pouvait légitimement attendre de Philippe Lioret qu’il nous émeuve. C’est parfois le cas : l’interprétation parfaite et sobre de Marie Gillain est très juste et, comme d’habitude, Vincent Lindon interprète le rôle de Vincent Lindon à la perfection, mais ça marche.

L’intérêt du film, ce ne sont pas les histoires de familles, de mouchoirs et d’hôpitaux, mais de tribunal. Les sociétés de crédit transgressent allègrement la loi pour aller creuser sous les familles qui sont déjà au fond du trou. En affichant des taux criminellement bas en première page, ils truffent leurs contrats d’alinéas traîtres et autres conditions rétroactives écrites en minuscules illisibles. Lorsque leurs clients se retrouvent logiquement sur la paille, ils fument ce qu’il reste de leurs biens, aidés d’une armée écrasante d’avocats.

Surtout, les affaires du genre sont constamment gagnées par les prêteurs, dans un système qui protège la société de consommation comme une bible, envers et contre toute éthique morale. C’est dégueulasse, et parce que le sujet n’est jamais abordé à la une, Toutes nos envies mérite d’exister.

Après il y a le reste. Une histoire d’amour platonique aussi inutile qu’elle est lourde et peu crédible, des passages honteusement violonesques filmés avec un classicisme un peu trop sage… Pire, la relation entre Claire la juge riche et Céline la mère courage donne la nausée. Condescendante au possible, Claire donne tout à Céline qui sourit avec les yeux humides. Face à cette générosité presque humiliante, Cendrillon fait le ménage en fredonnant de la variété.

Le film perd beaucoup dans cette amitié de classe archaïque et moche. On va encore me traiter de snob, mais l’humanisme ne me touche pas beaucoup quand il est pensé à l’abri d’un salon parisien confortable où on dit “populaire” pour ne pas dire “pauvre”.

Dommage, car par ailleurs, il y a des drôlement jolis morceaux de guitare.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Toutes nos envies. C’est un bon film, mais il y a mieux en ce moment dans les salles, et il est un peu en deçà des livraisons précédentes de Lioret. Pourtant, le fond est souvent très juste et la forme agréable à regarder.

Au milieu d’un discours percutant et engagé, le film s’embarrasse d’un catéchisme social trop bien pensant pour être sincère. Comme pour nous rappeler que le cinéma français se noie dans la bavardise depuis la Nouvelle Vague.