Les apaches. Indiens dans la ville.

Les apaches

Faut-il aller voir Les Apaches ?

François-Jo, Aziz, Joseph et Hamza font des conneries. Pas grand-chose. Ils squattent les villas des bourges en vacances, vomissent dans les piscines et piquent quelques dvds. Ils piquent aussi une carabine, et c’est le début des emmerdes.

Oh non les mecs ! Encore un film de gauche qui va nous limer sur l’injustice sociale, les chutes irrémédiables et l’innocence brisée. Longs plan-séquences, filmés en décors naturels, dans un format carré peuplé d’acteurs amateurs. Oui ?

Non.

D’abord parce qu’il y a plus de suspens dans ce petit film indépendant que dans toutes les montagnes de dollars qu’on s’est tapé cet été. Implacable, dur et malgré tout sans pathos, Les Apaches raconte un fait-divers sans l’interpréter ni réécrire l’histoire. Pas de gentils innocents, pas de voyous au grand cœur et pas de discours. Des hommes, très jeunes, qui ramassent des cailloux, pendant que les gaulois nagent dans les criques.

Les “gaulois” parce que nous sommes en Corse. Là où se trame un curieux mélange de fiertés, de communautarismes, de haines et de micro-mafias qui ressemblent à des entreprises de BTP. Ici encore, le réalisateur Thierry de Peretti ne se prend pas pour Scorsese : il n’y a pas de parrains, de gangs ou d’empire, juste des mecs en shorts qui boivent plus de cocktails que les autres et qui s’entraident pour que tout le monde reste ami.

Mais le propos n’est pas là : il est dans l’engrenage, dans la montée en puissance et, surtout, dans le dernier plan. Pas de spoil, rassurez-vous, simplement une image : Un jeune dans son camion qui rêve un peu trop haut, et des types de son âge, qui font les fous dans une piscine. C’est l’entrée du festival Rock en Seine : des jeunes parisiens venus faire la fête et des types du même âge avec des maillots de foot qui leurs vendent des places, mais qui rentrent pas.

Je sors pas les violons, ni les manifestes. Les Apaches non plus. Mais le film raconte comme personne cette France, qui ne ressemble pas beaucoup à la devise gravée sur ses mairies.

En Bref : Il faut aller voir Les Apaches. C’est le film qui sauve cet été moribond. Certains rebondissements manquent de crédibilité, les acteurs sont inégaux et on rigole pas beaucoup. Mais avec peu de moyens et beaucoup d’intelligence, le réalisateur fait un film d’une puissance que l’on n’avait pas encore vue au cinéma cette année.

Et au regard des affiches, on est pas parti pour voir mieux avant la rentrée.