Main dans la main. Abus d’la colle.

Faut-il aller voir Main dans la main ?

C’est l’histoire de deux personnes qui sont collées. Pourtant, rien ne les racole. Jojo est miroitier dans une petite ville, Hélène se la raconte dans la capitale. Mais voilà. Quand il est enrhumé, elle éternue et malgré leurs 15 années de différence, ils ne se quittent plus.

Au tout début, ça sonne un peu faux. Toutes les histoires démarrent en même temps, l’image est pâlotte et c’est le bordel. Soudain, la trame s’installe et deux scènes suffisent pour qu’on la comprenne. Malgré tout, on n’est pas bien sûr de ce qu’on est en train de regarder : un film fantastique ? Vraiment ? Une comédie à la française ? Un film pop ?

On ne sait pas bien. Après la courageuse Guerre est déclarée, Valérie Donzelli continue de faire un cinéma qui prend des risques. Un cinéma un peu bancal, pas toujours réussi, mais furieusement original.

Au fil des deux premiers tiers, on finit par accepter la bizarrerie de l’intrigue initiale et ses incohérences. Le scénario s’en amuse et multiplie les saynètes étranges et délicieuses (l’analyse des voisins d’en face par la fenêtre des escaliers, deux formidables portraits de ministres névrosés…). Par moment, l’énergie ambiante, associée à une belle musique et à des dialogues bien écrits, donne à l’ensemble une véritable poésie. De sympa, le film devient beau.

Et puis la fin arrive.

Mais la réalisatrice en décide autrement. Alors qu’il apparaît évident d’envoyer le générique et de clôturer une des meilleurs comédies de l’année, Donzelli décide de rajouter un quart d’heure. Un sale quart d’heure. Là où tout était harmonieux et subtil, le scénario bascule dans le romantisme neuneu et la guimauve à l’américaine. Médusé, on regarde une réalisatrice talentueuse dézinguer son propre film parce qu’elle n’a pas su le terminer correctement.

C’était déjà le cas de son dernier. Cette fois, je ne suis pas sûr qu’on la pardonne.

En Bref : Allez… il faut aller voir Main dans la main. Parce que merde, ici, l’originalité sera toujours préférée aux bonnes vieilles recettes pré-cuites. Et il faut reconnaître que Valérie Donzelli ose imaginer, secouer les genres et inventer ses propres codes avec beaucoup d’habileté.

Au milieu de ce grand délire, elle dirige ses acteurs avec justesse, pour livrer un film drôle et déglingué. Mais voir une fille aussi douée se faire hara-kiri dans le seul but de filmer un gros roulage de perle sur un toit de New-York, ça donne envie d’aller lui piquer la pellicule pour y donner un coup de ciseau.