Les poings contre les murs. Papa est en voyage de fer.

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Faut-il aller voir Les poings contre les murs ?

Eric est un meurtrier socioopathe, ultra-violent et complètement barge. A tel point qu’il quitte rapidement la deuxième division de la prison pour mineurs et se retrouve chez les vrais cramés, dans un quartier de haute-sécurité. Heureusement, il peut enfin y retrouver son père, un meurtrier sociopathe, ultra-violent et complètement barge.

Si Sigmund Freud avait été scénariste, il n’aurait sans doute pas écrit ce film. Mais il l’aurait probablement trouvé “Sehr sehr interessant !” Sans déborder de finesse dans son analyse, le film tente de réfléchir sur l’héritage de la violence, les relations père-fils et le coup de la savonnette. C’est pas idiot. Certainement moins que la deuxième saison de Prison Break en tout cas.

Mais ce n’est pas le coeur du film. Et d’ailleurs, on se demande s’il en a un. Car l’histoire est glaciale comme une nuit avec Michèle Alliot-Marie. On avait quitté David MacKenzie en pleine love-story apocalyptique, c’était joli, croquinou, un poil trop cheesy même. Entre temps, David a dû se faire larguer.

Dés les premières minutes, Les poings contre les murs est bestial. Complètement siphonné, le héros est tellement violent qu’on sursaute quand il cligne de l’oeil, terrorisés à l’idée qu’il puisse sortir de l’écran pour nous déglinguer. C’est peut-être ça, le coeur du film : la violence.

Hypnotisant, le jeune acteur déploie une énergie tellement folle que tout le casting en résonne. En sa présence, chaque discussion vire au carnage, chaque manche cache un couteau et chaque sourire peut mordre à tout moment. Cette tension de tout instant, d’une noirceur effrayante, justifie à elle-seule d’aller voir le film.

Mais au-delà de cet uppercut abdominal, il semblerait que le scénariste n’ait pas grand chose d’autre à nous dire. Ça tombe bien, on n’entend plus rien.

En bref : Il faut aller voir Les poings contre les murs, malgré la traduction minable de son titre. Il ne faut pas y aller pour la justesse de ses dialogues, l’inventivité de sa mise en scène ou la profondeur de son scénario, il faut y aller pour en prendre plein la gueule.

Comme une version hardcore carcérale de La Zizanie, où les romains auraient des tatouages, le crâne rasé et une forte envie de mordre Astérix dans les sesterces.

Royal Affair. Du lustre aux Lumières.

Faut-il aller voir Royal Affair ?

1770, c’est la révolution. L’Europe sombre petit à petit dans la démocratie la plus complète, sauf le Danemark et son roi fou, qui portent encore haut les valeurs de l’obscurantisme conservateur main dans la main avec l’église luthérienne. C’est sans compter l’arrivée d’une jeune reine anglaise et d’un médecin Allemand, qui vont jeter le pays dans l’ouverture et la tolérance. Décidément, ces étrangers !

Allez hop. Un petit film en costume par semestre, ça remet toujours les choses en place. Celui-ci ne déroge pas : plans fixes, violons baroques (peut-être), rythme chiant, rois fous et princesse diaphane au joli regard perdu. Tout ça ne nous rendra pas la Belgique, mais le film aborde les thèmes habituels avec un certain talent : le poids de la noblesse, la prison dorée ou le passage à l’âge adulte et celui de l’adultère.

Comme à chaque fois, les trémolos dramatiques ne lésinent pas pour souligner les tressaillements de la jolie colombe en robe nacrée. Sa rencontre avec le beau loup solitaire arrive à point nommé et, sans surprise, on semble parti pour s’emmerder tranquillement.

A deux choses près.

La première est blond, avec des lèvres chelous. Elle s’appelle Mads Mikkelsen. Moins marquant que dans La Chasse, l’acteur danois y est tout aussi juste. Face à lui, les interprètes de la jeune reine et son souverain bipolaire sont également très convaincants, chose essentielle quand les décors sont aussi figés et les corps planqués sous des kilos de tissus.

Le deuxième intérêt du film est suffisant pour le sauver du nanard Keiraknightlant en robe de soie : au-delà des peines de coeur de la reine, le vrai thème du film est politique. Une telle production pourrait se contenter d’être consensuelle et gentiment réac. Mais le scénario est une charge violente contre les conservateurs de tout poil qui luttent contre le changement avec tant d’ardeur qu’ils finissent par combattre leurs propres valeurs.

Et soudain, les amoureux révolutionnaires perdent de leur mièvrerie, pour devenir vraiment nobles.

En Bref : Il faut aller voir Royal Affair. C’est lent, classique et un poil mièvre aux entournures. Mais sur le fond, c’est bien plus couillu et rock n’roll que la plupart des Opéras savon amerloques et leurs homologues anglaises qui essoreront toute la bibliographie de Jane Austen avant de commencer à faire du cinéma.

D’ailleurs, après La Chasse et Revenge c’est le troisième film danois que je conseille. Comme quoi…

Comme quoi.