Dallas Buyers Club. Mec, dame, cow-boy.

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Faut-il aller voir Dallas Buyers Club ?

Ce titre a raflé la mise pour rester consensuel, parce qu’il était moins trash que “A dada sur le sida” et moins con que “Pénis Texas”. On peut rire de tout, mais par pitié, pas le jour de la chandeleur.

C’est l’histoire de Ron et Rayon. Un cow-boy et un lady-boy, qui s’unissent pour fournir des médicaments illégaux aux premières victimes du Sida.

Donc à première vue, c’est pas drôle. Mais en fait c’est plutôt marrant. Conscient du danger que représente son pitch, le québécois Jean-Marc Vallée, fait le maximum pour nous épargner les violons et les mouchoirs. Bien au contraire, il accentue les côté boiteux de son binôme, sans se complaire dans la caricature.

On rigole donc un peu devant les chamailleries du duo. Matthew McConaughey (quelqu’un sait si on prononce le “g” au fait ?) continue d’être l’acteur de l’année face à un Jared Leto magnifique. Hollywood oblige, le scénario nous inflige tout de même quelques scènes lourdissimes pour s’excuser d’avoir fait des vannes homophobes au départ.

Ron se voit donc obligé de casser la gueule à ses anciens potes cow-boys pour défendre l’intégrité de son ami(e) Rayon. C’est lourd, d’autant que l’amitié entre les deux héros se lisait déjà dans les regards, avec bien plus de force. Mais comme le spectateur est un con, on surligne.

N’empêche, la mise en scène évite tout de même la plupart des effets de manche à deux balles pour livrer beaucoup de scènes assez justes au service d’une histoire fondamentalement intéressante. Derrière la comédie, le réalisateur déboîte l’administration américaine, ses liens avec l’industrie pharmaceutique et la légèreté criminelle avec laquelle a été pris le Sida, à l’époque où c’était juste un “cancer gay”.

Ça sent un peu la dissert’, c’est secos et trop complexe pour accrocher aux accoudoirs. Mais par les temps qui courent (oui oui), c’est quand même salutaire de voir un scénario s’écarter des sentiers battus.

Au final, le vrai manque du film, c’est peut-être un peu d’émotion. De la vraie, pas celle un peu artificielle de Jennifer Garner qui fait des trous dans son mur en pleurant. Parce que l’histoire est longue, sifflée sur l’air du biopic et pas toujours intéressante, on oublie de s’attacher aux personnages, sans trop savoir s’ils sont des combattants de la liberté, ou des businessmen cyniques.

Un peu comme les producteurs d’Hollywood. Sauf qu’eux on se doute quand même.

En Bref : Il faut aller voir Dallas Buyers Club. Parce que les acteurs se démènent, parce que l’histoire est inédite et parce qu’il y a des bonnes vannes. Mais franchement, le passage américain du réalisateur de C.R.A.Z.Y est une déception.

Tout est relatif. Si c’était un film Guy Ritchie, je crierai au miracle.

Lone Ranger. Le masque et les plumes.

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Faut-il aller voir Lone Ranger, Naissance d’un héros ?

J’aime bien le sous-titre de la version française. Il montre la place du marketing dans la création artistique des studios Disney : « Naissance d’un héros”. Une façon volontariste de dire : “On espère qu’il va bien marcher çui-là because on a déjà adapté tous les autres super-héros de la lose mais on aimerait bien faire une énième trilogie avec quatre films pour se faire autant de fric qu’avec les Pirates des Caraïbes et construire un nouveau manège à Marne-la-Vallée.” Le marketing, c’est faire passer des messages sous-marins avec trois mots rigolos.

Mais ça ne marchera pas.

Parce qu’on fait des bonnes soupes dans les vieux pots, mais pas en utilisant les mêmes ingrédients. En l’occurrence, c’est pourtant la même recette que Pirates des Caraïbes, mathématiquement calquée : Gore Verbinski + Disney + Héros insipide + Johnny Depp bourré + Genre oublié remis au goût du jour + Bateaux ah non, Trains.

Mais contrairement aux flibustiers, les bandits de grands chemins ne braquent pas grand chose et se ramassent allègrement dans les salles américaines et françaises. Et pour cause, il manque un ingrédient à la copie conforme de Pirates des Caraïbes : la nouveauté.

Et l’inspiration aussi : L’indien bizarre est beaucoup moins marrant que Jack Sparrow, le très lourd Armie Hammer (Merde, “Armée Marteau”, really ?) et sa mâchoire carrée sont beaucoup moins jolis qu’Orlando Bloom et son petit bouc, Keira Knightley ne se promène pas en chemise de nuit et le méchant et sa sale gueule ne sont jamais drôles.

Certes, après Avatar, on peut apprécier le fait de voir un film américain esquisser un recul critique sur son histoire et tourner perpétuellement son héros en dérision. Malgré tout, au fond, le scénario livre toujours la même soupe patriotique sur fond de drapeau qui flotte et de héros vengeurs, dans la plus parfaite rhétorique réac.

Mais en vrai on s’en fout du message, je vais pas jouer les web-philosophes moisis, on est là pour rigoler, pour sauter sur son siège et ouvrir grand la bouche. Même là, c’est limite : on ne croit pas vraiment aux cascades grand-guignolesques, les blagues sont un peu lourdes et tout le film manque tellement de fraîcheur, que le sortir en salle par une chaleur pareille, c’est presque criminel.

Alors OK, c’est marrant de voir Johnny gober des raisins. M’enfin quand même, comparer ça à Leone, c’est avoir la mémoire courte.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Lone Ranger, Naissance d’un héros. C’est une grosse farce indigeste, faussement complexe sans être vraiment ambitieuse. Et son vrai talon d’Achille c’est probablement le Lone Ranger lui-même, aussi con et lourd qu’un cow-boy sans harmonica.

Et cet échec commercial n’a rien d’une surprise : après quatre adaptations filmées, plusieurs dessins animés et des centaines de comics et de livres, le Stetson masqué n’a jamais réussi à franchir l’Atlantique. Mais dis-moi Hollywood, quitte à te planter, t’aurais pas pu essayer d’innover pour une fois ?

Django Unchained. La mine de l’Allemand perdu.

Faut-il aller voir Django Unchained ?

Pfff j’ai la pression là.

Je ne sais plus si on arrive à juger Tarantino comme un cinéaste normal. Tout le monde l’attend au tournant. Et tout le monde sort de la salle en extase ou en rogne, hurlant à la lune que c’est un génie fabuleux, ou un illustre imposteur.

Comme le rappelle Kalosystem dans son commentaire, les éloges de la presse sont de plus en plus dithyrambiques à chaque film de QT, alors même que certains n’hésitaient pas à déboulonner Pulp Fiction à l’époque (pourtant bien supérieur à tout le reste de sa filmographie, voir même supérieur à tout en général, sauf au bon fromage). Comme quoi, ce n’est pas un film que l’on juge, mais toujours son réalisateur.

Et c’est un peu normal. Parce que personne ne peut oser faire la même chose que lui sans se ramasser. Pire, si un jeune cinéaste s’était pointé avec le même scénar et les mêmes idées de réal (“Je… je voudrais rendre ses lettres de noblesse au zoom ultra-rapide sur les yeux des méchants, faire des blagues sur l’esclavage et balancer du gangsta rap sur des scènes de chevauchées”) il n’aurait jamais trouvé de producteur pour prendre le risque de le financer.

C’est pourquoi Quentin est précieux. Parce qu’il est foncièrement unique, parce qu’il fait absolument ce qu’il veut et, bondieu, parce qu’il a un talent fou pour écrire des dialogues.

Dés le départ, on retrouve le style inimitable du maître de la série B : des acteurs aux sommets et des discussions interminables qui se terminent toujours en parties de flingues. Christoph Waltz scintille d’humour et de décalage, Leonardo Di Caprio excelle dans le rôle du méchant mielleux et la palme revient à Samuel L. Jackson, qui déploie toute sa gouaille et sa méchanceté dans le meilleur rôle de sa belle carrière. A leurs côtés, Jamie Foxx tient bien son rôle-titre, mais ne peut s’empêcher d’apparaitre plus terne que les monstres qu’il côtoie.

Plus classique que Kill Bill ou Reservoir Dogs dans son découpage, le scénario laisse un peu tomber le suspens des premiers films pour s’orienter d’avantage vers la comédie. Parfois inégal et un poil longuet, Django n’a pas le rythme endiablé des premiers, mais il perd en tension dramatique ce qu’il gagne en humour. L’absurde n’est jamais loin, QT se lâche comme un môme, fait voler les personnages qui prennent une balle et pérore sur la difficulté de chevaucher correctement lorsque l’on porte un masque du Klu Klux Klan. L’air de rien, il propulse d’emblée pas mal de scènes dans le royaume des moments cultes, où elles s’en vont retrouver le reste de sa carrière.

Et face à tout ce talent, on applaudit, on en redemande. Et aussi, on se dit qu’on aimerait bien qu’un jour, Tarantino aille au-delà de l’hommage génial et de la grosse marade. Qu’il coupe la musique une fois, pour que l’on voie vraiment ce qu’il y a dans le coeur de ce clown, quand il rentre chez lui tout seul.

Parce qu’à force, on attend tellement ses films que l’on ne peut s’empêcher d’être toujours un peu déçu. C’est la malédiction des génies, mais au moins, elle épargne Philippe le Guay.

En Bref : Il faut aller voir Django Unchained. Et ça vaut pour toute la carrière passée et future du cinéaste le plus hors-norme d’Hollywood. Parce qu’on est toujours surpris, parce qu’on rigole d’un bout à l’autre et parce que chaque plan d’un film de QT transpire l’amour du cinéma.

Mais malheureusement pour les fans exigeants, ce n’est pas ici que Tarantino atteint la cime de son art. Le rythme est un peu trop claudiquant et l’ensemble manque de la petite étincelle d’énergie qui aurait pu faire passer ce très bon film à l’étage des chefs d’oeuvres.

Des hommes sans loi. Sans foi ni foie.

Faut-il aller voir Des hommes sans loi ?

L’Amérique, le temps des moustaches. L’alcool est interdit, tout le monde est bourré. Les shérifs, les notables et les juristes ferment les yeux tant qu’on remplit leur verre. Dans toutes les bonnes forêts, des bouilleurs de cru amateurs font cuire de l’alambic maison dans des tonneaux.

Un jour, un super-flic décide de déglinguer tout ceux qui trichent. Alors tout le monde flippe, sauf les frères Bondurant, parce qu’ils sont immortels et parce que l’aîné à une putain de droite.

On pouvait espérer un truc bien cool de ce film : l’incroyable Tom Hardy en cow-boy taciturne, le réalisateur de La Route (Road-movie post-apocalyptique bien zdry) a la caméra et le rockeur sombre Nick Cave au stylo. Quand des mecs aussi virils du stetson réalisent un western plein de bandits et d’alcool frelaté, ça sent d’ici la bonne cuvée.

Et puis… J’sais pas.

Effectivement, ça tape dur, les hommes sont mutiques, sages et violents, l’air est lourd et les flingues chargés mais pas que. Au centre, il y a aussi l’histoire bien plus convenue d’un jeune tocard sans charisme qui veut devenir plus gros que le beuf. Ça tombe bien, puisque c’est le nom de l’acteur (Shia LaBeouf, pas mauvais), mais le problème, c’est que cette partie prépondérante de l’histoire n’à aucun intérêt.

Pire, le méchant est complètement caricatural et ridicule et le final vire un peu à la grosse guignolade tant tous les personnages semblent aptes à prendre des dizaines de chargeurs dans le bide avant d’arrêter de se battre.

Dommage, parce qu’à chaque apparition du grand-frère, on trippe à mort.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Des hommes sans loi. Pas mauvais, le film rempli allègrement son rôle de divertissement, sans vraiment se fouler pour créer une véritable ambiance visuelle ou pour raconter une histoire décoiffante.

Dommage, parce qu’il y avait pas mal de talents réunis autour du projet. Et aussi parce qu’on a pas encore vu de Western génial depuis Il était une fois dans l’ouest, et ça commence à dater…

Sinon, ces derniers temps, vous mettez pas mal de commentaires, et moi bah ça m’fait plaisir.

Rango. Star.

Dans la vie, il y a deux cactus

Faut-il aller voir Rango ?

Mon ordinateur vient de bugger pour la quatrième fois. J’en suis réduit à écrire cette critique pour la cinquième fois sur mon téléphone. Il est 00h52. Je suis fatigué, bénévole et j’ai cours demain. Si quelqu’un me casse les couilles pour une faute d’orthographe, je tue son chat.

Rango est un lézard plutôt coolos qui parle tout seul dans un bocal. Un jour, il tombe d’un coffre, pour se retrouver tout seul au milieu du désert avec une barbie sans tête et un poisson mécanique. Il devient copain avec un tatoo philosophe coupé en deux sur une route. A ce stade, rien n’indique qu’il tombera sur un village de cow-boys et qu’il en deviendra le shérif. Et pourtant, si.

Rango n’est pas un film pour les enfants. Les blagues sont trop décalées, les références trop érudites et les personnages trop moches. Des animaux font griller des chamallows autour d’un feu en énumérant les trucs les plus bizarres qu’ils aient jamais régurgités, l’esprit du far-west se promène en caddie de golf et des hiboux-mariachis racontent l’histoire en musique et en se trompant tout le temps dans leurs prédictions. Rango est un film bizarre.

Comme dans Rubber on ne rentre pas forcément dans le délire du réalisateur Gore Verbinski. A tort : c’est cool. Pour une fois dans un film américain, le héros est un sale mec et certaines scènes laissent le temps de respirer, au lieu de nous abrutir d’action. Comme c’est une grosse machine un peu hollywoodienne, on n’échappe pas aux bons sentiments, mais ils sont moins cons que d’habitude.

Visuellement, Rango est d’une perfection troublante qui rétrécit encore la différence entre la réalité et les images de synthèse. Clairement, c’est beau. Et souvent très bien cadré. L’univers du western colle à l’image, la musique est plutôt chouette et les acteurs sont parfaits.

Par contre j’ai pas de chute pour cet article, mais si j’ai pas fini d’écrire dans trois minutes, je m’écroule sur mon clavier.

En Bref : Il faut aller voir Rango. Après trois Pirates des Caraïbes, Gore Verbinski prouve qu’il est vraiment doué pour l’aventure grand public avec des personnages nonsense, des moustachus à chapeaux et Johnny Depp (qui prête sa langue au lézard). Divertissement agréable, son film se place au-dessus de l’écurie Pixar, qui se fourvoie dans des trucs un peu nazes depuis Là-haut.

Maintenant, on aurait aimé que le trip bizarre soit poussé plus loin et que les blagues soient plus nombreuses. Peut-être qu’alors, Juliette ne se serait pas endormie.