Au-delà des collines. Trop bonne, trop nonne.

Faut-il aller voir Au-delà des Collines ?

L’image crypto-lesbienne au-dessus et les mots-clefs en dessous sont ce que j’ai trouvé de mieux pour vous attirer. Mais soyons francs d’entrée, pour ne pas tromper le lecteur :

C’est l’histoire d’un couvent orthodoxe sur une montagne en Roumanie. Le film est en VO, il dure deux heures trente. Il a gagné le prix d’interprétation féminine et le prix du meilleur scénario à Cannes.

Voilà. Nous ne sommes probablement plus que trois (Bonjour maman ! Bonjour papa ! Tiens, bonjour Tonton, c’est sympa d’être resté auss… ah bah non paf il est parti. Vaut mieux en même temps, les religions vont encore se faire dézinguer par ici).

Donc oui. On s’emmerde un peu dans Au-delà des collines. Les évènements se répètent dans une boucle oppressante en accélérant jusqu’au troublant dénouement. Le message, lui-aussi, est asséné au marteau-pilon : « Il faut vraiment être con pour croire en Dieu ».

Ma famille étant partagée entre un troupeau de fidèles et une horde de hussards, je suis perplexe. Certes la bêtise profonde des bigots du film donne envie de taper le pope, mais on ne peut s’empêcher de trouver le tout furieusement réducteur, et aussi manichéen que la Bible ou le Coran.

Malgré tout, il y a de la vérité dans cette histoire inspirée d’un fait-divers glauque. Et bien souvent, le réalisateur réussit à nous faire enrager devant ces nonnes chez qui la foi se substitue directement à la raison et l’intelligence. Le « malin » qu’elles semblent voir partout, pourrait aussi s’appeler la liberté, et en l’occurence, celle d’aimer.

En ces temps de débat acharnés, où une partie de la France est décidée à se mobiliser pour empêcher une minorité d’avoir les mêmes droits qu’eux, le film apporte un point de vue explosif et rageur sur les dogmes et leurs brebis.

Mais deux heures trente pour apprendre que les intégristes sont des andouilles, c’était pas forcément nécessaire.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Au-delà des collines. Le message du film est percutant et salutaire, mais asséné trop lourdement pour toucher. Dommage, car les plans-séquences sont très bien construits, malgré l’austérité générale.

Aux athés intégristes qui me lisent, je n’ai pas perdu mon esprit critique, mais j’ai bien connu une nonne. Et elle était très loin d’être conne.

Magic Mike. Bite génération.

Faut-il aller voir Magic Mike ?

C’est l’histoire de messieurs tout nus. Ils dansent. Quand soudain, l’un d’eux devient intelligent, alors il déprime.

Bon. Je vous entend rigoler d’ici. Mais j’assume. Magic Mike, c’est la meilleure façon d’aller voir Sexy Dance 4 sans perdre ta street cred.

Parce que sous l’étiquette de film indie conceptuel chébran, il y a le même concept que dans le film à minette sus-cité : des chouettes chorégraphies, des mecs et des filles en sueur sous leurs habits, une love-story centrale sans intérêt et quelques pistes de réflexion philosophique sur l’amitié, l’amour, le silicone et le rêve américain.

Et puis il y’a Soderbergh, c’est à dire un putain de sens du cadre et une gestion des lumières sépias que l’on avait pas vu depuis Traffic. Entre les superbes chorégraphies et des dialogues ciselés comme du ping-pong, il laisse tourner sa caméra lors de longs plans-séquences qui donnent de l’air au spectateur et l’occasion de jouer aux acteurs.

Justement, ces derniers sont excellents. Matthew McConaughey est formidable dans le rôle du maquereau dégoulinant, les gros mâles qui l’accompagnent arrivent à donner de l’humanité à leurs pectoraux et, après Battleship, Channig Tatum (lui-même ancien Chippendale) nous montre qu’on a pas fini de sous-estimer son physique de con.

Alors oui, on connaît les rouages de l’histoire, tout est plutôt convenu, la musique craint sa race et on est pas forcément sensible à l’univers des hommes en strings. Mais franchement, avec ses faux airs de nanard extra-light et ses images à couper le souffle, Magic Mike s’impose comme le meilleur film de l’été.

Et si vraiment t’assume, tu peux boire une bière blanche en sortant (mais ta meuf va peut-être se douter d’un truc).

En Bref : Il faut aller voir Magic Mike. Parce qu’il y a des cœurs qui battent dans les couilles des hommes, parce que Soderbergh est l’empereur du cadrage stylé et parce que mine de rien, les scènes de strip-club nous permettent de comprendre que les filles sont aussi tarées que nous.

Je sais pas si ça rassure, mais au moins, ça déculpabilise.

Sleeping Beauty. La belle au bois bandé.

Age canon X

Faut-il aller voir Sleeping Beauty ?

A priori, ce film est une cible parfaite pour les chasseurs de snobs. On y parle de cul, de vieillesse et de mort d’une façon malsaine et cérébrale. Des personnages improbables citent des comtes philosophiques face caméra avant de se mettre à poil. La mise en scène est lente et la chaire est triste. Manque plus qu’un Ours d’Or au compteur et ça ferait un parfait nanard pour faire tressaillir les critiques des Inrocks.

Mais non.

Au départ Sleeping Beauty ressemble à un Marc Dorcel intello. On y suit les tribulations d’une étudiante un peu cintrée qui passe son temps à photocopier des dossiers et à se faire tringler par des hommes d’affaires dans des bars glauques. Un jour elle se fait engager pour un job étrange qui consiste à prendre des somnifères pour s’endormir toute nue à côté de vieillards impuissants avec la seule garantie qu’il n’y aura pas de pénétration à la clef.

Précieuse, travaillée et dérangeante, la mise en scène donne tout de suite un souffle mystérieux et hypnotisant à l’histoire. Dés le premier plan et l’apparition du titre sur l’image, Julia Leigh, la réalisatrice impose un regard doux et percutant. Au centre de ces cadrages très soignés, Emilie Browning accepte toutes les tortures que lui impose la réalisatrice et développe un vrai sens du jeu (qu’on avait pas vraiment senti dans Sucker Punch).

Dans cette belle parure, Sleeping Beauty développe une réflexion glaçante sur l’état des vieux et les errances de la jeunesse. Coquille vide et diaphane, la héroïne ne sait vivre autrement que par une séduction mortifère qui la laisse toujours plus détruite. Face à elle, des hommes mourants tentent d’attraper une dernière étincelle de jeunesse à son contact. Certains l’étreignent, d’autres l’insultent, mais tous se heurtent au miroir de leur propre déchéance.

Capitales, ces scènes de non-sexe sont d’une violence inouïe. La confrontation de cette poupée gonflable et de ces squelette fatigués résonne comme un hurlement déchirant. Sans une goutte d’espoir, la réalisatrice filme le nihilisme de la jeunesse et les frustrations du temps qui passe avec une précision clinique, cynique et ultra-réaliste.

Après cet uppercut, le film se termine sans laisser de note explicative. On est légitimement perdu. Forcé de comprendre nous-même ce que l’on a voulu nous dire. Derrière moi, deux spectateurs hurlaient de rire devant « une telle daube ». Moi je suis resté jusqu’à la fin du générique, sonné.

En Bref : Il faut aller voir Sleeping Beauty. Mais je ne sais pas trop vous dire pourquoi. Je ne sais même pas si j’ai aimé. Surtout, je ne peux pas vous garantir que ne reviendrez pas ici pour vous plaindre. En fouillant dans les tiroirs de l’âme le scénario assène des vérités que l’on préfère bien souvent ignorer.

Pourtant il y a quelque chose de beau dans ce portrait désespéré des frustrations humaines et ce premier film australien ne ressemble à rien d’autre. Derrière ces airs de porno sulfureux pour bobos voyeurs, il cache une vision tétanisante de la vie.

Stanley Kubrick est vivant. Il s’appelle Julia Leigh.

Sucker Punch. Bombes, laideur.

Libérées, mais à quatre pattes, faut pas déconner

Faut-il aller voir Sucker Punch ?

- Zack Snyder ! Hé Zack ! Si on faisait le pire film du monde ?

- Quoi ? Mais pourquoi me le demander à moi ?

- Ben attends, t’es une légende : dans une courte carrière, t’as quand même réussi à réaliser un film de zombie pas ouf, un péplum crypto-gay raciste et un film de super-héros chiant et laid. A chaque film, tu sombres un peu plus dans les effets clinquants et mauvais goût au détriment du scénario. Si quelqu’un peut faire le pire film du monde, c’est toi Zack.

- Merci, mais on y raconte quoi ?

- On s’en branle ! On n’a qu’à raconter n’importer quoi ! Qu’est-ce qu’on veut sur les affiches du métro ? Des gonzesses en bas résilles, des gros flingues et des zombies baveux. On fout les filles dans un espèce de bordel-prison (pour montrer de la chair fraîche et satisfaire les sadiques), on dit que ça se passe dans un rêve (pour faire apparaître des zombies quand on veut et mélanger les époques) et on les fait pleurer (parce que c’est des filles, et parce qu’il faut bien meubler entre les scènes d’action).

- Chouette, on va se faire plein de fric ! Mais j’ai du mal à voir à quoi ça va ressembler…

- A rien Zack ! On va mettre des robots, des nazis, des dragons, des sabres japonais, des châteaux forts, des bombes atomiques et des soldats géants avec des chapeaux chinois. Quand les filles seront pas en train de les combattre en mini-jupe, elles se feront humilier en talons aiguilles par un mac à moustache et des gros porcs à cigares. On va tout faire en 3D, dans des textures bien dégueulasses qui nous coûterons que dalle.

- Coolos ! Je vois déjà tout ça en musique : on pourrait prendre plein de tubes mythiques comme White Rabbit de Jefferson Airplane ou Sweet Dreams de Eurythmics et les rejouer en rajoutant plein d’effets affreux. Mais je reste inquiet pour les critiques. Ils vont nous démonter non ?

- Rien à battre ! Nos affiches seront bien plus bandantes que les colonnes austères de Télérama. Et puis faut pas croire : ils auront trop peur de passer pour des vieux cons has-been, et ils feront tous semblant d’aimer. On dira que tu retournes en enfance, que tu rends hommage à la culture geek des jeux vidéos. Je suis sûr qu’il y aura même des andouilles pour trouver ça féministe ! De toute façon, la bande-annonce sera tellement coolos qu’elle fera baver les blogs ! Le temps de se rendre compte que c’est nul, et on y sera tous allé.

- Oooh j’ai hâte ! Je termine mon film en images de synthèse sur les chouettes, et je me jette sur ce projet !

En Bref : Il ne faut surtout pas aller voir Sucker Punch. Contrairement aux prédictions de Kichou et à la dithyrambe critique, la dernière bouse de Zack Snyder nous plonge dans un gouffre de néant. Évidemment, on y va ni pour le scénario minable ni pour le jeu pathétique des acteurs, mais même les scènes d’actions – censées être le coeur du film – sont bordéliques, mal réalisées et pleines d’effets cheapos pourraves.

En l’absence de second degré dans cet océan de nullité, je pense que nous sommes là devant le pire film du monde. Un fait marquant de l’histoire du cinéma. Faisons en sorte de s’en rappeler, pour qu’une telle erreur ne se reproduise jamais.