Nymphomaniac : volume 2. Sado-miso.

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Faut-il aller voir Nymphomaniac : volume 2 ?

Joe est de retour. Elle se tapait des mecs dans le train, elle pompait des pères de famille, elle brisait des couples. C’était cool. Mais Joe a pris vingt ans dans la gueule, pas mal de baffes et quelques coups de ceintures. Son mari s’appelle Jérôme, son fils s’appelle Marcel. Le traquenard.

A la fin du premier épisode, j’étais content. Mais au fond de moi, je savais bien que je m’étais envoyé le pain blanc comme un glouton. Il reste le rassis, le fond de tiroir, celui qu’est dur, sec et moisi, que tu gardes pour les dimanches de grande fringale.

Comme tout violeur qui se respecte, Lars Von Trier a commencé par nous faire croire qu’il était sympa. Mais on aurait du se méfier des lunettes bizarres. Loin de la gaudriole ludique et lubrique du premier, Nymphomaniac 2 nous inflige tout : les coups de fouets, les fesses qui saignent, l’orgasme de la petite fille et puis, allez, si personne ne se pisse dessus, c’est pas un vrai film d’auteur non ?

Mais c’est pas ça le pire. Le pire c’est le reste.

Dans le premier épisode, un personnage de vieux philosophe manquait souvent ses répliques en nous ramonant sur les techniques de pêche, la philosophie moléculaire et la biblitude de la bible. C’était bizarre, un peu chiant, mais décalé et malin. Là c’est relou, automatique et au bout de quatre heures, le gimmick est à peine supportable.

Mais c’est pas encore ça le pire.

Le pire c’est lorsque l’on prend conscience que ce vieux philosophe est là pour nous représenter, avec sa naïveté bonhomme de spectateur inculte. Face à nous, Charlotte Gainsbourg représente Lars Von Trier, venu pour nous ouvrir les yeux. Persuadé d’être un penseur brillant, le réal réac aligne des sophismes de plus en plus fumeux et idiots sur la démocratie hypocrite, la solitude des pédophiles et le pouvoir du sexe.

C’est lourd comme une dissertation de quatrième, parfois très con et souvent abject. Quand le réalisateur danois nous explique qu’il préfère dire “négro” au lieu de “noir”, parce que ce n’est pas démocratique d’interdire les mots, on a plus vraiment envie de l’écouter déblatérer.

Certaines de ses réflexions tiennent debout, mais elles n’ont plus rien à voir avec le film, qui s’égare dans des obscures péripéties d’extorsion de fond bisexuelles. Et Lars parle, parle, parle… et on a l’impression d’être bloqué en bout de table avec Michel, le vieil oncle frontiste, qui vomit des théories nauséabondes sur le canard à l’orange de grand-mère.

Mais casse-toi Michel ! Qu’est-ce que j’en ai à branler de tes théories politiques ?

Moi j’étais venu pour voir du cinoche.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Nymphomaniac : volume 2. C’est hideux, vain et d’une prétention sans borne. Oubliant son scénario et son propos initial, Lars Von Trier met ses couilles sur le nez du spectateur en tentant de le convaincre qu’il lui file des lunettes.

Mais non Lars, t’es pas assez génial pour nous balancer tes point de vue de punk à chien pendant cinq heures sans nous emmerder. Et c’est con, parce que lorsque tu te rappelles que tu réalises un film, tu mets en scène comme personne.

D’ailleurs, ce découpage en volume me donne une idée : si on découpait tous les films de génies auto-proclamés en deux, le premier épisode serait peut-être hyper cool non ? En tout cas, ça marche pour Sorrentino, PTA et peut-être même Scorsese. A méditer…

Nymphomaniac Volume 1. Nympho en continu.

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Faut-il aller voir Nymphomaniac Volume 1 ?

C’est l’histoire d’une fille qui baise tout ce qui bouge en attendant de faire l’amour.

J’aime pas beaucoup Lars Von Trier. La provoc’, parfois nauséabonde, les relents de misogynie, le dogme… Surtout que tout ce décorum ne donne pas que des chefs d’oeuvres : Dogville et son concept prétentieux, Dancer in the dark et sa tirade tire-larme ou Le Direktor et ses bonnes idées creuses.

C’est pas mauvais, parfois intelligent, mais loin d’être aussi brillant que, par exemple, un lustre. C’est brouillon, pas toujours bien filmé et souvent trop long.

J’étais pas hyper enthousiaste à l’idée de voir ce mec filmer de la fesse en y rajoutant de la métaphysique pour les nuls. Et de fait, il y a quelques moments un peu cons, dans la première partie de Nymphomaniac, au premier rang desquelles se trouve une explication boiteuse de la différence entre antisionisme et antismétisme, (hyper bienvenue de la part d’un mec qui fait des vannes douteuses sur Hitler).

Plus douloureuse, une scène en noir et blanc aligne les métaphores sur les feuilles, la paternité, le sexe et le caca. C’est assez laid, guère intéressant et écrasé sous une symbolique assez lourde.

Alors quoi ? Nanard ?

Pas du tout ! A l’exception des moments sus-cités, Nymphomaniac est une perle de coco. Chaque plan cache une idée, chaque idée cache une vanne et quelques unes d’entre elles ne sont pas dépourvues d’intelligence.

Loin du pensum auteuriste, Von Trier donne l’image d’un cinéaste qui fait des films pour se marrer. Le sexe se mélange à la pêche à la mouche, aux calculs quantiques et aux suites de Bach dans une multiplication de procédés délirants.

C’est pas toujours brillant, mais c’est cool, souvent drôle, ludique, et loin d’être idiot.

Fable morale, sans être donneuse de leçons, l’histoire raconte simplement les peines d’une fille qui cherche l’amour. Plus compatissant qu’agressif, Lars Von Trier jette son personnage dans la boue, pour mieux le sauver ensuite. En attendant, le volume deux, le jugement est suspendu, mais pour l’instant, j’ai presque l’impression que le mec est humain.

Comme quoi…

En Bref : Il faut aller voir Nymphomaniac Volume 1. C’est malin, c’est puissant et moral, sans être moraliste. En gros c’est le film que voulait faire François Ozon en ratant Jeune et jolie.

Et par ailleurs, il y a une fin puissante et l’un des meilleurs démarrages de film que j’ai vu depuis un an, une musique radicale et une scène de couple avec Uma Thurman qui sera peut-être assez culte dans dix ans.

J’aimerais dire “vivement la suite”, mais en vérité, je flippe…

Northwest. Chasseurs de fantôme.

Northwest

Faut-il aller voir Northwest ?

Casper n’est pas transparent. Juste un peu terne. Un peu violent aussi. Parce que c’est comme ça. Il habite à Nordvest, la banlieue chaude de Copenhague. Il est cambrioleur. Et il aimerait bien qu’on arrête de lui courir après.

Dans le fond, c’est l’histoire la plus vieille du cinéma : celle d’un petit voyou avec une belle âme qui fait des belles conneries avec une petite arme, au risque de se faire avaler par la spirale qui lui permettait de s’en sortir. C’est l’histoire des mecs damnés, que le destin ramène violemment au sol quand ils tentent de s’élever.

Sauf que Copenhague n’est pas Los Angeles et Michael Noer n’est pas Martin Scorsese. Il est meilleur. Ici, les bad boys ne traînent pas leur flegme placide dans des pompes en cuir. Ils ne font pas de vannes. Ils ne sont pas cools. Ils ont le crâne rasé, le coeur pur et le regard froid.

Celui de Gustav Dyekjaer Giese porte le film. On ne sait pas s’il deviendra un grand acteur. Mais son interprétation de la peur et de la violence sourde permet au film de clouer au siège sans effets spéciaux. Et l’air de rien, de s’élever bien au-dessus du niveau habituel des polars.

Tout est glacé, dur, à l’os. Et le film parvient malgré tout à prendre aux tripes. Dans son dernier tiers, il monte en puissance pour devenir fascinant et se clore dans un final qui laisse la mâchoire de travers. Le tout sans jamais perdre son réalisme exigeant, et une forme presque invisible de tendresse pour ses personnages.

Après, n’allez pas croire que j’ai de l’affection pour les fils de pute qui m’ont cambriolé deux fois. Juste un peu d’empathie peut-être.

En Bref : Il faut aller voir Northwest. C’est intense, juste et bien plus prenant que la moyenne des thrillers. Personne ne pleure, l’émotion ne prend pas à la gorge mais on prend suffisamment de coups de genoux dans les côtes pour ne pas en redemander.

Entre La ChasseHijacking, Revenge et Royal Affair le Danemark commence vraiment à clignoter sur la carte européenne du cinéma.

Hijacking. Une mouche dans l’otage.

Highjacking

Faut-il aller voir Hijacking ?

Des marins sont dans un bateau, des hommes armés montent à bord. Qui reste ?

On en a vu pas mal, dans le golfe d’Aden et ailleurs. Des pirates de l’Est africain qui prennent des bateaux et leurs équipages en otages. Pas de contes  et légendes ici, pas d’îles au trésor : les flibustiers ont troqué les jambes de bois contre des kalachnikovs. Et au port, ce n’est plus l’armée du Roy qui protège ses sujets, mais des binoclards en costumes, suspendus au téléphone.

C’est sec. Pas racoleur pour un sou. UItra-réaliste. D’un côté, les membres de l’équipage et les boatnappeurs, qui tentent de cohabiter en attendant que quelqu’un paye. De l’autre, la compagnie maritime et ses négociateurs, qui tentent de gagner du temps en attendant que quelqu’un meurt.

Sec donc, car sans aucune scène d’action ou de voltige. Furieusement original aussi, car pour une fois, dans la classe des réalisateurs, le genre du thriller n’est pas laissé au gros barbu avec une casquette de base-ball qui fait toujours tout péter. En substance, le film raconte comment les films d’actions se passent, quand ils arrivent dans la vraie vie.

Et alors il n’y a pas de héros, pas d’opérations commandos et pas de braqueurs au grand coeur. Il y a des hommes assez misérables, un soleil de plomb, un peu de chaleur humaine et une grande vague de cynisme. Combien faut-il payer pour acheter des vies, s’il n’y a pas de service après vente ? C’est la question que se posent les négociateurs, tentant de faire baisser les prix, sans aucune assurance de conclure le marché.

Au bout du compte, pas de morale explicite, ni de message à sens unique. Mais une description acide, assez percutante et plutôt réussie d’un phénomène contemporain. Un bon gros poisson, plutôt fin, avec pas mal d’arrêtes.

C’est bon. Mais en y ajoutant une petite louche de sauce, ç’eut quand même été plus digeste.

En Bref : Il faut aller voir Hijacking. Malgré l’aridité qui règne dans chaque plan, malgré les petite longueurs qui émanent de l’aller-retour permanent entre ceux du bateau et ceux du port.

Le film se débrouille tout de même pour nous harnacher au siège, nous interroger sur la valeur d’une vie humaine et nous coller une grosse mandale, dans un final aussi sobre que déstabilisant.

Profond.

Royal Affair. Du lustre aux Lumières.

Faut-il aller voir Royal Affair ?

1770, c’est la révolution. L’Europe sombre petit à petit dans la démocratie la plus complète, sauf le Danemark et son roi fou, qui portent encore haut les valeurs de l’obscurantisme conservateur main dans la main avec l’église luthérienne. C’est sans compter l’arrivée d’une jeune reine anglaise et d’un médecin Allemand, qui vont jeter le pays dans l’ouverture et la tolérance. Décidément, ces étrangers !

Allez hop. Un petit film en costume par semestre, ça remet toujours les choses en place. Celui-ci ne déroge pas : plans fixes, violons baroques (peut-être), rythme chiant, rois fous et princesse diaphane au joli regard perdu. Tout ça ne nous rendra pas la Belgique, mais le film aborde les thèmes habituels avec un certain talent : le poids de la noblesse, la prison dorée ou le passage à l’âge adulte et celui de l’adultère.

Comme à chaque fois, les trémolos dramatiques ne lésinent pas pour souligner les tressaillements de la jolie colombe en robe nacrée. Sa rencontre avec le beau loup solitaire arrive à point nommé et, sans surprise, on semble parti pour s’emmerder tranquillement.

A deux choses près.

La première est blond, avec des lèvres chelous. Elle s’appelle Mads Mikkelsen. Moins marquant que dans La Chasse, l’acteur danois y est tout aussi juste. Face à lui, les interprètes de la jeune reine et son souverain bipolaire sont également très convaincants, chose essentielle quand les décors sont aussi figés et les corps planqués sous des kilos de tissus.

Le deuxième intérêt du film est suffisant pour le sauver du nanard Keiraknightlant en robe de soie : au-delà des peines de coeur de la reine, le vrai thème du film est politique. Une telle production pourrait se contenter d’être consensuelle et gentiment réac. Mais le scénario est une charge violente contre les conservateurs de tout poil qui luttent contre le changement avec tant d’ardeur qu’ils finissent par combattre leurs propres valeurs.

Et soudain, les amoureux révolutionnaires perdent de leur mièvrerie, pour devenir vraiment nobles.

En Bref : Il faut aller voir Royal Affair. C’est lent, classique et un poil mièvre aux entournures. Mais sur le fond, c’est bien plus couillu et rock n’roll que la plupart des Opéras savon amerloques et leurs homologues anglaises qui essoreront toute la bibliographie de Jane Austen avant de commencer à faire du cinéma.

D’ailleurs, après La Chasse et Revenge c’est le troisième film danois que je conseille. Comme quoi…

Comme quoi.

La Chasse. Magic Mik.

Faut-il aller voir La Chasse ?

Tout le monde aime Lucas. Il est gentil, rigolo et pas trop mal coiffé pour un Danois. Et puis un jour, la rumeur débarque. Alors tout le monde veut lui taper dessus, taper sur son fils et faire des gros trous dans sa vie.

Si vous n’avez pas vu le film, il vaut sans doute mieux d’y aller sans rien savoir de plus, rendez-vous donc après le “En Bref”.

C’est rigolo (encore !) le réalisateur Thomas Vinterberg avait été découvert par Festen, l’histoire d’un père aimé et respecté qui cachait un pédophile. Aujourd’hui il revient avec l’histoire d’un père méprisé et accusé de pédophilie qui cache un homme respectable.

Comme ça, on pourrait se dire qu’il filme l’antithèse de sa thèse. Mais en fait non, car au fond, les deux films disent la même chose : “Quand tout le monde à raison, tout le monde est un con”.

Ce n’est pas le crime qui intéresse le réalisateur, mais la façon dont il fait réagir les masses. Par des dialogues bien écrits et des jeux psychologiques, il démontre comment la société construit presque logiquement un mensonge sur le dos des enfants. En étudiant le dérèglement, il montre que les hommes n’ont qu’une hâte face au doute : se régler, s’organiser de manière simple et manichéenne et s’unir dans la haine.

Presque instantanément, l’ancien ami de tout le monde est banni comme un monstre, sur la seule base d’une rumeur. En innocentant le héros dés le début, le réalisateur pointe aux spectateurs ceux qu’il considère comme les vrais cons : les redresseurs de torts en pacotille, toujours volontaires pour jouer de leurs muscles et de leur connerie quand ils ont l’absolution de la société.

Mais le film ne disserte pas. Il hurle. Il enrage. Sur l’écran, les images hypnotisent, frappent le spectateur dans le ventre sans le laisser respirer. On pourra faire comme la presse intello, et se plaindre du manque de finesse et de dialogues chiants. On peut surtout s’incliner devant un cinéma d’une puissance dévastatrice porté par l’un des acteurs les plus brillants de sa génération.

En Bref : Il faut aller voir La Chasse. Parce que c’est le film le plus fascinant, le plus tétanisant et l’un des plus inoubliables que vous verrez cette année. Parce que vous réfléchirez peut-être avant de détester un mec parce que tout le monde fait pareil.

Mais surtout, il faut y aller pour voir une performance d’acteur époustouflante et le retour au top d’un réalisateur qui rentre à l’intérieur de ton estomac pour y faire de l’acupuncture.