The Tribe. Mutin, mutine.

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Faut-il aller voir The Tribe ?

Dans les pensionnats ukrainiens, l’omerta règne en maître. Et dans les pensionnats de sourds-muets ukrainiens, c’est encore pire. Ici tous les élèves semblent avoir pris la violence comme première langue et le sexe comme épreuve physique. Il y a le vol aussi, en option principale. Et le proxénétisme, mais seulement pour les bosseurs.

Mais peut-être que j’ai confondu : dans The Tribe, on ne comprend rien. Les personnages parlent avec leurs mains. Tous sourds-muets, les acteurs ne s’expriment qu’en langage des signes, mais le réalisateur a décidé de ne rien sous-titrer. La prochaine fois, il tournera le film en elfique et il filmera sans ouvrir le clapet de sa caméra. De toute façon l’art c’est pour les bourgeois.

Mais y’a-t-il quelque chose, derrière ce procédé un peu con ?

Oui. Il y a le cinéma. Du sacré cinéma même. Dans sa première moitié, le film est explosif, fourmillant d’idées, d’originalité et d’énergie. Tout est tourné en plan-séquence, chorégraphié au cordeau et joliment filmé par une steadycam très agile. Puissant, percutant, excellent.

L’histoire est celle, très classique, de la violence et de la jeunesse, le silence en plus. On pense au Kubrick d’Orange Mécanique, aux dortoirs de Full Metal Jacket et à notre propre adolescence, pour peu qu’on ait déjà été roux et malingre dans un dortoir masculin.

Une heure passe, brillante. Et les plans-séquences continuent de s’enchaîner. Il y en a 23. Mais au bout du dixième, on comprend qu’il n’y aura que ça. Du même coup, ils perdent beaucoup de leur intérêt et de leur fraîcheur. Parce que le réalisateur est un mec qui aime les procédés, au risque d’oublier le reste. Dans The Tribe, la forme n’est pas au service du fond. La forme est au service d’elle-même.

Des plans-séquences donc, parce que c’est cool. Et du sexe, cool. Et énormément de violence, parce que c’est joli. Peut-être même qu’on aime un peu ça, les jeunes adolescentes qui montent dans les camions, les crânes fendus et l’humiliation des faibles. Finalement on s’était trompé. On n’est pas chez Kubrick mais plutôt chez les imbéciles de Kourtrajmé, le talent en plus.

On est chez la force brute, celle qui ne sert à rien. Hulk avec sa gueule toute verte, qui tape sur des briques pour casser des briques. On est chez les fachos. Avec des cheveux longs, des petites lunettes, pas de bottes de cuir, mais un goût douteux pour le sombre et le dégueulasse.

Et on est pas bien.

En Bref : Il faut aller voir The Tribe. COMMENT ? Mais tu viens de dire que… Ben oui mon lapin mais c’est quand même du putain de cinoche. Parce qu’en tant qu’exercice de style, ce premier film ukrainien est impressionnant de force et de maîtrise. Techniquement, c’est excellent et hyper original. Et mettre des baffes comme ça, ce n’est pas donné à n’importe quel provocateur avec une caméra.

Malgré tout, The Tribe n’est pas un bon film. C’est un film mauvais. Parce que le fond est aussi sordide que la forme est brillante. Parce que le réalisateur se croit même obligé de vomir sur l’histoire d’amour, seule étincelle d’espoir dans ce film glacial.

Ensuite c’est à vous de voir ce que vous allez chercher au cinéma…

Ugly. Ordures et ménagères.

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Faut-il aller voir Ugly ?

Salut c’est le Règne de l’Arbitraire ! Tu sais, le blog qui publiait une fois par semaine dans les années 90 ? Et ben je reviens, pour un dernier tour de piste avant d’aller vivre en banlieue avec Hélène et les garçons et le créateur des sweats Waïkiki et les mini-keums, oh-oh !

Respire.

Le film n’étant plus à l’affiche, rien ne sert de courir. Mais puisque vous ne l’avez sûrement pas vu, il est tout de même important de savoir ce que vous avez raté.

C’est l’histoire des enculés. On y apprend qu’ils sont nombreux, protéiformes, omniprésents et vraiment dégueulasses. Noir jusqu’aux racines de la moustache, Ugly nous plonge dans un monde où les mamans biberonnent, les amis trahissent et les amantes michetonnent sur des pavés qui glissent. Guère mieux que les autres, les pères se perdent, les flics filoutent et les pédophiles filent. C’est très compliqué.

Moins que Gangs of Wasseypur quand même. Le précédent film du réalisateur avait beau raconter les gangs indiens avec élégance, il était quand même dominé par l’ennui et la confusion. Ugly n’échappe pas à l’intrigue un peu complexe, et on finit par en avoir un peu marre de trouver des tiroirs dans les tiroirs.

Mais on s’en fout un peu. Le premier but du film, c’est de frapper fort, avec la pointe du pied, en visant les couilles. Et ça fait super mal. Parce qu’il y a un truc fondamentalement affreux dans le fond de cette histoire, mais surtout parce que la mise en scène nous pète les genoux d’entrée de jeu : une femme blafarde, un verre vide… BAM du Death Metal.

Saturé d’idées, de style et d’audace, le film prouve ce qu’on commençait à voir venir de l’Est : lorsque Bollywood arrête de danser, il ne reste pas que de la poussière en suspension, mais le potentiel pour faire un putain de cinéma.

Sur cette métaphore graisseuse, je vous salue bien bas et je vais m’enfoncer la tête dans le mur.

En Bref : Il faut aller voir Ugly. Enfin, il aurait fallu le voir il y a trois semaines, avant qu’il quitte les salles pour toujours. Parce que c’est puissant, barré et signé par un réalisateur debout sur son tabouret.

Bien-sûr, vous ne sortirez pas du film en dansant la carmagnole. Mais peut-on vraiment être heureux, dans un monde ou l’Allemagne gagne au Brésil ?

Nymphomaniac : volume 2. Sado-miso.

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Faut-il aller voir Nymphomaniac : volume 2 ?

Joe est de retour. Elle se tapait des mecs dans le train, elle pompait des pères de famille, elle brisait des couples. C’était cool. Mais Joe a pris vingt ans dans la gueule, pas mal de baffes et quelques coups de ceintures. Son mari s’appelle Jérôme, son fils s’appelle Marcel. Le traquenard.

A la fin du premier épisode, j’étais content. Mais au fond de moi, je savais bien que je m’étais envoyé le pain blanc comme un glouton. Il reste le rassis, le fond de tiroir, celui qu’est dur, sec et moisi, que tu gardes pour les dimanches de grande fringale.

Comme tout violeur qui se respecte, Lars Von Trier a commencé par nous faire croire qu’il était sympa. Mais on aurait du se méfier des lunettes bizarres. Loin de la gaudriole ludique et lubrique du premier, Nymphomaniac 2 nous inflige tout : les coups de fouets, les fesses qui saignent, l’orgasme de la petite fille et puis, allez, si personne ne se pisse dessus, c’est pas un vrai film d’auteur non ?

Mais c’est pas ça le pire. Le pire c’est le reste.

Dans le premier épisode, un personnage de vieux philosophe manquait souvent ses répliques en nous ramonant sur les techniques de pêche, la philosophie moléculaire et la biblitude de la bible. C’était bizarre, un peu chiant, mais décalé et malin. Là c’est relou, automatique et au bout de quatre heures, le gimmick est à peine supportable.

Mais c’est pas encore ça le pire.

Le pire c’est lorsque l’on prend conscience que ce vieux philosophe est là pour nous représenter, avec sa naïveté bonhomme de spectateur inculte. Face à nous, Charlotte Gainsbourg représente Lars Von Trier, venu pour nous ouvrir les yeux. Persuadé d’être un penseur brillant, le réal réac aligne des sophismes de plus en plus fumeux et idiots sur la démocratie hypocrite, la solitude des pédophiles et le pouvoir du sexe.

C’est lourd comme une dissertation de quatrième, parfois très con et souvent abject. Quand le réalisateur danois nous explique qu’il préfère dire “négro” au lieu de “noir”, parce que ce n’est pas démocratique d’interdire les mots, on a plus vraiment envie de l’écouter déblatérer.

Certaines de ses réflexions tiennent debout, mais elles n’ont plus rien à voir avec le film, qui s’égare dans des obscures péripéties d’extorsion de fond bisexuelles. Et Lars parle, parle, parle… et on a l’impression d’être bloqué en bout de table avec Michel, le vieil oncle frontiste, qui vomit des théories nauséabondes sur le canard à l’orange de grand-mère.

Mais casse-toi Michel ! Qu’est-ce que j’en ai à branler de tes théories politiques ?

Moi j’étais venu pour voir du cinoche.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Nymphomaniac : volume 2. C’est hideux, vain et d’une prétention sans borne. Oubliant son scénario et son propos initial, Lars Von Trier met ses couilles sur le nez du spectateur en tentant de le convaincre qu’il lui file des lunettes.

Mais non Lars, t’es pas assez génial pour nous balancer tes point de vue de punk à chien pendant cinq heures sans nous emmerder. Et c’est con, parce que lorsque tu te rappelles que tu réalises un film, tu mets en scène comme personne.

D’ailleurs, ce découpage en volume me donne une idée : si on découpait tous les films de génies auto-proclamés en deux, le premier épisode serait peut-être hyper cool non ? En tout cas, ça marche pour Sorrentino, PTA et peut-être même Scorsese. A méditer…

Les salauds. Le vieil homme et la mort.

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Faut-il aller voir Les Salauds ?

Marco est tranquilou, au soleil sur son bateau quand sa sœur l’appelle. “Mon mari s’est suicidé, on a retrouvé ma fille à poil dans la rue avec les cuisses ensanglantées, l’entreprise familiale est en faillite, et tout ça c’est la faute d’un vieux riche intouchable. Il faut que tu rentres pour tout régler !”

La morale, c’est qu’il ne faut pas toujours décrocher son téléphone.

Parce que sinon, je ne vois pas bien ce que veut nous dire Claire Denis. Un film n’a pas forcément besoin de message pour être bon, mais jusque dans son titre, celui-ci semble vouloir nous hurler quelque chose. Mais quoi ? Que y’en a, dans la vie, c’est vraiment des gros dégueulasse ? Ben oui Clarinette, mais calme-toi voyons ! On ne comprend rien à ce que tu racontes.

Au départ c’est pas grave. On est paumés, bercés dans un ambiance malsaine et mystérieuse, où les indices s’amoncellent pour former une histoire. Si on est attentif, on finit par comprendre et on s’accroche. La caméra louvoie entre les portes, la musique s’enroule autour de nos gorges et tous les acteurs, même les rôles les plus anecdotiques, sont dirigés à la perfection.

C’est joli, sombre, malsain, mais pas bavard et très bien mis en scène. On retrouve le talent de la réalisatrice de White Material, qui n’a pas son pareil pour dire beaucoup de choses en quatre plans muets.

Et puis le troisième tiers commence. Le scénario stagne, on nous raconte des histoires de bateaux, de RER et d’assurance-vie. Miossec collectionne les vieilles voitures. Coucou Miossec !  On s’ennuie. Et en attendant, Claire Denis se complait dans l’abjection de ses personnages.

Et puis la fin tombe. Et après nous avoir enveloppés de mystère pendant toute la première partie, la réalisatrice prend le soin de souligner sa conclusion au fluo. Après une scène de meurtre à peine digne d’un court-métrage étudiant, elle conclut sur des images dégueulasses et inutiles ou l’utilisation de la poupée de maïs sort tout à fait de son contexte.

Dans notre oreille, la réalisatrice s’époumone “Ah les salauds !”, pendant qu’on regarde son film se faire hara-kiri.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Les Salauds. Même si c’est joliment filmé, parfaitement interprété et pas mal écrit au début. Antipathique et complaisant le film se perd dans un moralisme un peu malhonnête.

Bah oui Claire, c’est trop facile de prendre un air outragé pour dénoncer l’horreur d’une histoire que tu as écrite toi-même…

Warm Bodies. Zombisous.

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Faut-il aller voir Warm Bodies ?

Parfois on se dit quand même qu’il va voir tout et n’importe quoi le Règne de l’Arbitraire.

Mais c’est faux ! Enfin c’est vrai, mais j’ai des excuses. D’abord, j’aime beaucoup les zombies, parce que c’est has-been, parce que ça “dit des choses sur la société” (ouais…) et parce que je suis un lecteur mordu de la série Walking Dead (la BD, pas l’infâme soap de la télévision). Et au delà de ça : un film qui raconte l’histoire d’amour entre un mort-vivant et une jeune fille paraît tellement suicidaire qu’il faut au moins lui donner sa chance.

Et ça commence pas trop mal. Le héros titube dans un aéroport en essayant de se rappeler son prénom, il échange des grognements avec son copain zombie et une voix assez poilante retourne tous les clichés du film d’horreur pour prendre la défense du mort-vivant, si souvent méprisé.

Ce postulat excellent, le film l’utilise comme une rampe de lancement pour nous faire avaler tous les poncifs inhérentes à la rom-com pour ados américains : petite blonde relou, avalanche de musique pop (“les vinyles, c’est plus vivant” ânonne le zombie, pendant que je me suicide sur mon siège) et teasing à deux balles (“Tu peux dormir à côté de mon lit, j’ai peur. Ouh je vais enlever mon haut car je suis toute trempée” mais on ira pas plus loin car on est pas mariés).

C’est dommage.

Et puis c’est toujours pareil : les films d’ados s’adressent à la frange la plus névrosée, complexe et paumée de la population en leur parlant comme à des gamins. On joue les déglinguos, mais le film n’est ni gore, ni sexy, ni subversif pour deux dollars. C’est nul. Et avec tout le respect que je dois aux américains, ils ont quand même une foutue culture de cons.

Malgré tout, sous l’habituel rocher de cinéma formaté, se glissent quelques lézards d’anticonformisme : le héros tente de piquer les souvenirs de l’ex de la blonde en mangeant son cerveau, la voix off tente maladroitement de s’expliquer sur la méchanceté de certains zombies (“Si on avait eu le temps, on les auraient peut-être sauvés, mais on les a exterminés. On a peut-être été un peu vite”) et les références à Roméo et Juliette prouvent qu’au moins, le scénariste a lu un livre.

A part ça, c’est quand même dommage : il y avait la matière pour faire une super comédie trash si les producteurs arrêtaient de confondre le septième art avec une forme légale de racket.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Warm Bodies. Mais dans un monde où il n’y aurait que des gros nanards hollywoodiens, celui-ci serait définitivement le plus sympathique. Car derrières les écueils habituels du cinéma industriel, on trouve quand même quelques bonnes idées, deux trois blagues marrantes et un bon concept.

Après, le film s’adresse aux ados. Pas étonnant qu’il ait choisi un héros timide à la silhouette trop grande, la bouche entrouverte et le regard vide. Si ton petit frère te mord, au moins maintenant, tu sauras pourquoi.

Killer Joe. Macabre âme cow-boy.

Faut-il aller voir Killer Joe ?

J’arrive pas. Y’a des films comme ça, qui feraient presque perdre l’envie d’écrire des critiques, ou celle d’aller au cinéma. On passe deux heures tellement épouvantables qu’ensuite, on se méfie. Et puis j’ai pas envie de perdre encore trop de temps avec ce nanard, alors je serai bref.

Et puis je vais spoiler la fin, pour vous éviter le voyage.

Killer Joe raconte que les pauvres sont vraiment tous des minables, stupides et méprisables, à tel point qu’il s’entretueraient volontiers pour une poignée de dollars, s’ils en avaient l’occasion. Ça tombe bien, l’occasion s’appelle Joe, elle est flic et elle flingue à prix cassés.

C’est l’histoire d’un père et son fils qui veulent tuer leur ex-femme/mère pour toucher l’asurance-vie. Le premier veut une plus grosse caravane et bouffer dans des fast-food à l’oeil et l’autre veut rembourser des dealers et se trouver un petit appart pépère pour battre sa copine tranquilou. Comme ils peuvent pas payer Joe, ils décident de lui filer leur fille/soeur, pour qu’il puisse la violer bonne ambiance dans la caravane.

Et puis finalement tout le monde pète un plomb et le film culmine lors d’une scène sexuelle gallophile positivement dégueulasse. Une mère au nez pété se retrouve à genoux, le visage ensanglanté, à sucer un pilon de poulet pané pendant deux minutes pendant que Joe le tient à la place de son pénis en hurlant de joie.

Mais on ne touche pas le fond, on y stagne d’un bout à l’autre. Moi j’avais franchement envie de vomir devant la bêtise du truc. Evidemment, ça fait bander les critiques qui y voient un film “d’une férocité qui rapelle le nihilisme lyrique” d’un mec qu’on connaît pas.

Moi je vois juste un vieux connard frustré qui méprise ses personnages, son spectateur et les femmes. J’espère que les recettes de son film lui permettront de s’offrir un bon psychanaliste. En tout cas, elles risquent de ruiner les ventes chez KFC, c’est la seule qualité du film.

En Bref : Il ne faut surtout pas aller voir Killer Joe. Sauf si vous aimez les bons acteurs (car ils sont excellents) au point de vous taper un spectacle malsain, grand-guignolesque et pas très bien réalisé qui vous collera des hauts-le-coeur pendant un quart d’heure.

Certains critiques se moquent à l’avance des “moralistes” qui démonteront le film. Dont acte : les deux canards qui n’ont pas aimé sont le catho et le communiste. Mais les mecs, c’est trop has-been la morale, les vraies valeurs, c’est le Wanderlust et la météo du Grand Journal.

Connard.

Abraham Lincoln : Chasseur de vampires. Prési-dents.

Faut-il aller voir Abraham Lincoln : Chasseur de vampires ?

Dans la vie, les films se classent en trois catégories : ceux qui ont une idée, ceux qui ont une histoire et ceux qui ont un titre. Abraham… appartient exclusivement à la dernière catégorie. Méprisée par les Castrés du cinéma, cette basse-classe regorge pourtant de séries B coolos (Des serpents dans l’avion, Kill Bill, Cow-Boys versus Aliens, Les clefs de Bagnole…)

Mais on s’en fout. Le film.

Un titre donc, et pas de scénario. Une simple suite de prétextes incohérents pour faire des scènes d’action top déglingue avec des effets en 3D, des gerbes de sang et Abraham Lincoln avec une hache. C’est chouette. Et même plutôt joli, comme lorsque le héros poursuit un méchant au milieu d’un troupeau de chevaux fous dans le soleil couchant.

Pour une fois, la 3D sert à autre chose qu’à nous griller la rétine : les vampires sautent dans l’image, on se prend des coups de fouets au ralenti et des têtes coupées en pleine poire. Certes, on a plus l’impression d’être au Futuroscope qu’au cinéma, mais après tout, parfois, c’est mieux.

On rigole bien pendant la première moitié, et puis tout s’écroule : soudain, le réalisateur avec son nom chelou arrête de faire du fun pour s’essayer au cinéma. Les héros dialoguent en essayant de croire à leurs répliques, le cinéaste tente vainement de nous émouvoir et tout le monde fait semblant de prétendre qu’il y a un scénario derrière tout ça.

Bim. L’effet douche tout le monde. Comme devant un édito d’Arianne Massenet, les spectateurs, désorientés, ne savent plus s’ils doivent rire ou éteindre la télé. Mais l’écran du méga CGR de Tarbes ne s’éteint pas et j’ai souffert pendant une demi-heure.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Abraham Lincoln : Chasseur de vampires. Ça commence bien fun, c’est joliment réalisé, mais un film avec un tel nom à la con n’a pas le droit de se prendre au sérieux.

Ça serait comme voir un ancien Mister Univers jouer les machines à tuer pendant 15 ans avant de se présenter pour devenir gouverneur de Californie : absurde.

Oui oui, cet article a été écrit en 2004.

Rock Forever. L’odeur du rock fort.

Aaaaaaaah

Faut-il aller voir Rock Forever ?

S’il y a un débat de merde sur terre, c’est bien celui de la mort éventuelle du Rock. Le genre de sujets bidons que pondent les news-magazines ringards entre deux enquêtes sur les franc-maçons et le prix de l’immobilier.

Bien-sur que le rock est vivant. La preuve : il est même salement has-been. Le rap est vendu, la pop est perdue, l’électro est bonne qu’à faire des pubs et les Rita Mitsouko animent les bals du FN. De toute façon, la musique c’est de la merde. Bref.

Après un marathon d’une semaine au cinéma, j’étais d’une humeur idéale pour aller voir une comédie musicale.

Rock Forever tente de nous faire croire que les années 80 et le Hard Rock n’ont jamais existé. Pendant deux heures, on nous sert de la pop indigne en flux continu en prétextant que c’est d’epoque. Scandaleusement mauvais, les morceaux feraient même pleurer Hannah Montana tant ils suintent le mauvais goût.

Tom Cruise se pavane avec une tête de mort sur la teub, Catherine Zeta-Jones gesticule dans une jupe plissée et Alec Baldwin roule des pelles à Russell Brand. Quant aux deux inconnus qui tiennent les premiers rôles, ils ont au moins le mérite de m’avoir fait comprendre ce qui est passé par la tête du dépeceur de Montréal avant de s’énerver très fort.

Mais j’ai tenu. Rien que pour vos yeux, je suis resté jusqu’au bout en désossant le siège de devant à coups de genoux. Et le final vaut son pesant de limonade : les stars du film donnent un concert enflammé devant un public enragé et… assis.

Je ne sais pas si le Rock est mort, mais pas sûr qu’il survive à ce film.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Rock Forever. C’est un immonde nanard qui insulte tous les mômes qui ont bougé leurs cheveux sur Deep Purle et les Gun’s.

Le jour où Hollywood lâchera enfin son dernier soupir, j’irai brûler le DVD de cette bouse sur le Walk Of Fame.

NB : Le jeu de mot titre est de Juliette, qui n’a même pas vu le film, mais qui se doutait que ça serait cheesy.

Blanche-Neige et le chasseur. Pomme V.


Faut-il aller voir Blanche-Neige et le chasseur ?

“C’est comme une version cool du classique quoi. Y’a la meuf de Twilight, le mec de Thor et une ambiance bien dark tu vois. Genre gore un peu, avec des insectes chelous, des serpents et une image sombre, genre spooky. Pas un truc pour les mômes t’as vu, une révision du comte en mode rock n’roll, trash et tout. Bien swag.”

PUTAIN !

Je commençais à peine à me réconcilier avec Hollywood. Mais c’était le chant du cygne. Que l’équipe du film me regarde dans les yeux, pour me jurer qu’à la racine de ce projet il y avait une idée. Un soupçon d’envie de créer quelque chose. Non, il y avait juste une opération. Aussi calibrée et vénale qu’une pub pour aspirateur.

“On va faire un coup en or, Kendal, on va copier/coller le mythe Disney des mômes, pour choper le marché des jeunes, mais il nous faut aussi les ados, donc on prend la star de Twilight et pour avoir les plus vieux, on repeint tout en noir comme dans un conte trash à la Terry Giliam, on fout des crêtes punks aux sept nains, une armure à Blanche-Neige et des Trolls dégueulasses. Avec un peu de chance, même ce con de Corentin Chrétien va y aller.”

Quelle horreur.

Je ne sais pas ce qui est le plus raté dans ce film. Les couleurs saturées et l’image clippée ne manquent pas de laideur mais ne seraient rien sans la platitude incroyable de l’histoire. Il faut dire que celle-ci est portée par des dialogues hallucinants de pauvreté, eux-mêmes déclamés par des acteurs amorphes. Dans l’incroyable scène finale, Blanche-Neige se fait couronner et reste une minute à se dandiner devant son trône, bombant le torse en silence alors que tout le monde attend un discours.

C’est probablement le vrai talon d’Achille de ce nanard industriel : la fadeur incroyable de son actrice principale, Kristen Stewart, dont le regard est aussi vide que les rues de Buenos Aires un soir de coupe du monde. Face à elle Charlize Theron hurle, dans le plus mauvais rôle de sa belle carrière.

Mais le réalisateur ne dirige pas les acteurs, il est à genoux dans la neige, en train de filmer une pomme en mode macro. Trop stylé.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Blanche-Neige et le chasseur. Même si vous êtes invité par la plus belle fille du lycée, même si c’est la seule alternative à une soirée knackis-Thalassa et même s’il vous êtes sous une pluie battante devant un cinéma ouvert.

Avant de faire ce produit, le réalisateur Rupert Sanders n’avait réalisé que des publicités. Alors Rupert, un conseil sympa : Pour faire du cinéma, il faut un scénario, pas un business plan.