Utopia. Brit propre.

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Faut-il acheter la première saison d’Utopia en DVD ?

C’est l’histoire d’une bande de losers qui courent après une bd censée contenir le secret de la fin du monde, ou un truc comme ça, pendant que le gouvernement massacre des hectolitres d’innocents en partenariat avec une entreprise pharmaceutique mafieuse toute-puissante.

C’est tourné en scope, étalonné comme un clip death-metal pour enfant et ambiancé par une rengaine drum n’bass hyper acide et obsédante. Dés le premier épisode, un mec se fait mettre du sable dans les yeux, avant de se les faire sauter à la petite cuillère. Face à lui, un type en K-Way lui pose la même question 150 fois, avec la voix d’un pilier de bar de Newcastle et la gueule qui va avec.

C’est une série anglaise.

Maintenant lapin, tu condenses ça dans ton petit dossier, et tu vas sonner chez les télévisions françaises avec ton grand sourire et ton absence de réseau.

Que va-t-il se passer ?

Qui peut le dire ? Peut-être que la télévision française galère parce qu’aucun scénariste n’est assez barré ou courageux pour entrer chez Delphine Ernotte avec un truc pareil sous le bras. Peut-être que les producteurs s’autocensurent. Peut-être aussi que la télé anglaise dispose de budgets conséquents parce qu’elle n’a pas besoin de sous-titres pour s’exporter dans tout la planète. Peut-être (et j’en sais quelque chose) que si tu ne connais personne, tes scénarios passeront directement des mains du facteur à ceux de l’éboueur.

Ou peut-être que la télévision française parie depuis trop d’années sur la ménagère et le troisième âge pour leur vendre des monte-escaliers et des mutuelles hors de prix. Pas un public pour Utopia, certes.

Mais quel est l’avenir d’un média dont le coeur de cible aura disparu dans vingt ans ? Faut-il calquer la création télévisuelle sur le business-modèle des pompes funèbres ?

J’en sais rien. Je m’en fous. De toute façon vous êtes pas venus entendre mes élucubrations prophétiques sur l’avenir de la télé. Heureusement qu’elle ne parie pas sur moi d’ailleurs, parce qu’elle ne foutera jamais les pieds à côté de ma cheminée prussienne.

Utopia n’a pas seulement le courage de raconter une histoire complètement frappée, hyper originale et rythmée comme une free-party. Avant tout, la série anglaise est devenue le maître étalon du style à la télévision. Plans larges hypnotisants, profondeur de champ infinie ou hyper réduite, cadrages pensés, lumière sublime… Bien au-delà des décadrages élégants mais prétentieux de Mr. Robot, Utopia représente la quintessence de la manière dont il faut utiliser une caméra : chaque plan est une idée.

Sur le fond, la série démarre comme une balle dans un colt : très vite et au milieu d’une explosion. C’est fascinant. L’ennui de commencer à ce rythme, c’est qu’il faut le tenir. Maniant avec habileté la surprise, la fausse-piste et les retournements de situation, le showrunner Dennis Kelly s’en tire pas trop mal, même si certains artifices finissent par devenir automatiques (Jessica passe une saison à menacer à peu près chaque personne qu’elle croise de lui arracher la glotte et le pauvre Michael Dugdale se fait trahir à chaque épisode…)

Sur le fond du fond, tout cela manque un peu de tendresse. La tentative maladroite d’histoire d’amour peine à surnager entre la drogue et les massacres et, de manière générale, les psychologies des différents personnages n’évoluent pas. Malgré tout, la saison retombe sur ses pattes lorsque les méchants évoquent leur but final et qu’on est bien obligé de reconnaître qu’ils n’ont pas complètement tort…

En Bref : Il faut acheter la première saison d’Utopia en DVD. Visuellement, c’est aussi puissant que les Télétubies réalisées par David Lynch, et sur le fond, c’est aussi sombre et malsain que l’inconscient de Walt Disney après une cuite au Sans Plomb 95.

A tel point qu’une adaptation américaine a été envisagée un temps par HBO, avec David Fincher derrière la caméra. Ils ont finalement abandonné, officiellement pour des raisons de budget.

Mais en vrai, ils trouvaient juste pas comment faire mieux…

Sicario. Cartel en tête.

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Faut-il aller voir Sicario, malgré son titre à la con ?

Kate préfère les gilets par-balle aux soutien-gorge. Sage décision, quand on casse régulièrement la porte des mafieux mexicains pour le compte du FBI. Un jour, Kate est recrutée pour une mission secrète à Ciudad Juarez, la ville la plus dangereuse du Mexique. Tellement secrète, que Kate n’a même pas le droit de savoir ce qu’elle fout là.

Et nous non plus, on ne comprend rien. Il y a des flics qui tirent sur des voitures, des voitures qui tirent sur des soldats, des flics qui tirent sur des soldats et des tas de gens qui parlent espagnol, et qui tirent en l’air, ou sur des flics, ou des soldats ou les deux.

Mais il y a pire : la plupart du temps, personne ne tire sur personne.

La prouesse du film, c’est de mettre en scène une fille qui comprend que dalle, dans un univers où il ne se passe rien. Là où Michael Bay et ses clones se contentent d’un peu de suspens avant de faire tout péter pendant une heure, le québécois Denis Villeneuve fait monter la tension et la température en permanence, sans jamais ouvrir la cocotte. Si Sicario était un film porno, Kate passerait deux heures à monter les escaliers.

Bandant.

D’autant qu’elle est incarnée par la brillante Emily Blunt. Après l’excellent Edge of Tomorrow et le formidable Looper, l’anglaise impose à nouveau sa grande gueule et ses yeux rêveurs. Forte, fragile, paumée, l’actrice porte le film, et le marcel, avec beaucoup d’élégance. Face à elle, Josh Brolin plisse les yeux et Benicio del Toro fronce les sourcils. Comme d’hab. Mais ça marche.

Quoi d’autre ? Une musique et un design sonore angoissants, et surtout une image magnifique, alternant les plans larges aux perspectives mouvantes, les jeux de reflets et de transparence avant de terminer sur une sublime scène nocturne où les silhouettes armées se dessinent à contre-jour sur un ciel rouge sang.

Pardon pour la poésie de supermarché, je travaille à la télé et je passe mes weekends au couvent.

Mais qui faut-il croire, dans un monde où tout le monde ment ? C’est la colonne vertébrale du scénario, enchevêtrement très complexe, qui ne s’embarrasse pourtant d’aucune explication interminable, pour mieux nous plonger dans la tête embrumée de son héroïne. C’est superbe pendant une heure et demie, et puis l’histoire s’alourdit un peu, entre le fromage et le dessert.

Mais bon dieu, les amuse-bouches étaient exceptionnels.

En Bref : Il faut aller voir Sicario. C’est tendu, à l’os, intelligemment écrit et très bien mis en scène. Dans son dernier plan, le film pousse un cri de rage, qui reste suspendu un moment.

Une semaine plus tard, certaines images résonnent encore : le regard un peu perdu d’Emily Blunt et la rareté de l’oxygène dans les rues de Ciudad Juarez.

Avec Incendies et Prisoners, Denis Villeneuve avait prouvé qu’il faisait monter la tension comme personne. Bonne nouvelle : cette fois, il a recruté des bons acteurs.

Fruitvale Station. Oscar-teaser.

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Faut-il aller voir Fruitvale Station ?

“- Bob j’ai envie de gagner un Oscar !

– Reste tranquille Ryan, t’as fait cinq courts-métrages et t’as un oeil, mais les Oscars c’est pour les grands.

–  Les Oscars c’est pour les mecs malins. Regarde The Artist, tout le monde savait que c’était un peu naze, mais le frenchy a bien vendu son truc. C’est juste une question de timing, c’est du marketing artistique. Après Harvey Weinstein rachète les droits de ton film, refait les piscines de la moitié des électeurs, et bim, t’as l’Oscar !

– Bon, après tout, Shakespeare in love a gagné. C’est quoi ton pitch ?

– Fruitvale ! L’histoire du mec qui s’est fait tuer par les flics.

– Y’a rien, le mec était membre d’un gang, il a provoqué le gang d’en face, les flics ont tiré une balle de trop, so what ? C’est l’Amérique mec. De toute façon ça dure trois minutes. T’as pas de film.

– Justement ! On commence par montrer le mec qui meurt, et après on raconte sa journée. Comme ça c’est hyper intense, plein d’émotion. Genre le mec va acheter des crevettes et toi TU SAIS qu’il va crever. Après il… chais pas il va prendre de l’essence, mais toi tu sais que c’est la dernière fois qu’il en prend. Hyper intense.

– Mais c’était un dealer, un ex-taulard, il avait un gang…

- Mais on lisse Bobby ! On à qu’a inventer qu’il décide d’arrêter de dealer pile ce jour-là. Et son gang c’est des déconneurs en fait, ils écoutent du son, ils font des vannes et ils sont pas homophobes.

– On va s’emmerder non ?

– Mais non parce qu’on va faire des références au futur. Le mec joue avec sa fille, qui veut lui faire un dernier câlin, et elle lui dit qu’elle a un mauvais pressentiment. Et puis sa mère le convainc de prendre le métro au dernier moment. Et on en fait un type bien, qui sauve les chiens, qu’est gentil avec sa mère, qui traite sa meuf comme une princesse… Plus le type est gentil, plus les gens vont chialer.

– C’est de la prostitution Ryan. Mais je dois reconnaître que ça sent l’or. Il s’appelle comment ton mec ?

– Oscar.”

Fruitvale Station a gagné deux prix à Sundance, un à Cannes et deux autres à Deauville. Harvey Weinstein vient de racheter les droits de distribution. Mais les Oscras n’en ont pas voulu.

Continue Ryan, il reste pas mal de faits divers à exploiter.

En Bref :

Il ne faut pas aller voir Fruitvale Station. Pour l’instant, c’est le pire film que j’ai vu en 2014. Sous forme d’hommage vibrant, le premier long-métrage de Ryan Coogler utilise la mort d’un mec pour baver du pathos, racoler nos émotions et voler des récompenses.

Dégueulasse.

Snowpiercer. Rail de poudreuse.

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Faut-il aller voir Snowpiercer ?

C’est l’apocalypse. Le monde est un grand congélo ou les boîtes de conserves font la queue leu-leu autour du monde. C’est un train. A l’extérieur, tout le monde est mort, à l’intérieur tout le monde est moche.

Ça commence comme un film catastrophe classique à petit budget. A l’arrière du train, les pauvres fourbissent leurs clefs à molette pendant que les riches s’envoient des sushis dans la locomotive. Ça va chier. Mais on n’est pas accroché au siège pour autant. Classique, pas trop mal cadré et pas hyper bien écrit, le film avance.

Et puis il déraille.

Je préfère laisser la surprise à ceux qui auront le courage d’y aller. Mais pour faire simple, disons que le réalisateur se permet tout, à commencer par n’importe quoi. Le sérieux côtoie le ridicule, l’action se pare d’absurde et, jusqu’au bout, on fronce tellement les sourcils que ça fait mal aux cheveux.

Au milieu des poissons qui glissent, des dentiers qui tombent et des enfants qui hurlent, les héros partent totalement en couille dans un déchainement de violence assez ahurissant. Au départ, on trouve ça nul. Ensuite on ne pense plus rien, fasciné par la capacité du réalisateur à exploser absolument toutes les conventions du genre.

Dans un final presque sobre, le film retombe sur ses pattes avec une agilité qui tient presque du génie, en donnant une forme de cohérence à son propos. C’est hardcore, ultra-cynique, politiquement incorrect et, contre toute attente, très malin. Lors de sa conclusion, grandiose, le film parvient même à atteindre une forme étrange et naïve de poésie.

J’en ai encore la mâchoire de travers.

En Bref : Il faut aller voir Snowpiercer. Quelque part entre la grosse farce, la métaphore politique et la fable épique, ce film baroque est la parfaite symbiose entre un nanard et un chef d’oeuvre.

L’ensemble vous filera probablement la nausée et un ou deux virus icosaédriques, mais c’est surtout le blockbuster le plus libre et barré que vous verrez cette année. Au milieu des montagnes de scénarios normés livrés par Hollywood, ce Transperceneige est une bulle d’air salutaire (mais salement chargée en THC).

Northwest. Chasseurs de fantôme.

Northwest

Faut-il aller voir Northwest ?

Casper n’est pas transparent. Juste un peu terne. Un peu violent aussi. Parce que c’est comme ça. Il habite à Nordvest, la banlieue chaude de Copenhague. Il est cambrioleur. Et il aimerait bien qu’on arrête de lui courir après.

Dans le fond, c’est l’histoire la plus vieille du cinéma : celle d’un petit voyou avec une belle âme qui fait des belles conneries avec une petite arme, au risque de se faire avaler par la spirale qui lui permettait de s’en sortir. C’est l’histoire des mecs damnés, que le destin ramène violemment au sol quand ils tentent de s’élever.

Sauf que Copenhague n’est pas Los Angeles et Michael Noer n’est pas Martin Scorsese. Il est meilleur. Ici, les bad boys ne traînent pas leur flegme placide dans des pompes en cuir. Ils ne font pas de vannes. Ils ne sont pas cools. Ils ont le crâne rasé, le coeur pur et le regard froid.

Celui de Gustav Dyekjaer Giese porte le film. On ne sait pas s’il deviendra un grand acteur. Mais son interprétation de la peur et de la violence sourde permet au film de clouer au siège sans effets spéciaux. Et l’air de rien, de s’élever bien au-dessus du niveau habituel des polars.

Tout est glacé, dur, à l’os. Et le film parvient malgré tout à prendre aux tripes. Dans son dernier tiers, il monte en puissance pour devenir fascinant et se clore dans un final qui laisse la mâchoire de travers. Le tout sans jamais perdre son réalisme exigeant, et une forme presque invisible de tendresse pour ses personnages.

Après, n’allez pas croire que j’ai de l’affection pour les fils de pute qui m’ont cambriolé deux fois. Juste un peu d’empathie peut-être.

En Bref : Il faut aller voir Northwest. C’est intense, juste et bien plus prenant que la moyenne des thrillers. Personne ne pleure, l’émotion ne prend pas à la gorge mais on prend suffisamment de coups de genoux dans les côtes pour ne pas en redemander.

Entre La ChasseHijacking, Revenge et Royal Affair le Danemark commence vraiment à clignoter sur la carte européenne du cinéma.

Flight. Denzel in distress.

Flight

Faut-il aller voir Flight malgré que ça a l’air pourri ?

C’est un pilote, il est saoul, il est coké mais cool, alors il sauve des centaines de vies en posant son avion à l’envers. C’est une junkie, elle est coriace, elle est accro mais coquine. Vont-ils s’aimer plus fort que leurs addictions ? Ça serait bien.

Même le pitch a quelque chose de pourri, d’américain, dans le sens péjoratif du terme : on voit venir à mille nautiques la grosse réflexion convenue sur l’addiction, la morale, Dieu et la traversée du désert. Et lorsqu’elle s’approche, on se rend compte qu’on avait bien vu. C’est ça. Au mot près.

Dans les écoles de cinéma, on pourrait utiliser Flight comme la check-list de tout ce qu’il ne faut pas faire au cinéma mais que tout le monde fait quand même tout le temps :

Dans le désordre, on voit une junkie dépravée se transformer en mère de famille equilibrée en cinq plans, un alcoolique quitter les alcooliques anonymes au moment où un autre confesse qu’il “n’osait pas faire face à l’époque” (ça c’est d’la réal frère), a cinq reprises, des mecs qui débattent de l’existence de dieu en haussant les épaules (et en fumant des clopes passke c’est pas des bigots ok ?), dont une fois avec une église en toile de fond (c’est d’la réal j’t’ai dit).

Je fais un paragraphe pour faire respirer l’article.

On voit aussi : un fils qui dit à son père “tu est mon héros mais je ne sais pas qui tu es” au parloir, John Goodman en hippie-rockeur improbable, lunettes noires et catogan, qui fume de la coke (oui) sur Sympathy for the devil, un traveling arrière sur Denzel Washington qui marche, bourré avec des lunettes noires topaclasse, et encore Sympathy for the devil, Denzel Washington qui pleurniche, bourré devant une vidéo de son enfance,  Denzel Washington qui pleurniche, bourré, en reconnaissant qu’il est bourré…

On and on. Pendant deux heures.

Comme pour enfoncer le pylône, le réalisateur orchestre ce naufrage sur l’ensemble du top 50 des années 70. Outre ces putains de Rolling Stone, on nous inflige un extrait des Beatles dans l’ascenseur, Joe Coker dès qu’il y a un silence, Marvin Gaye pour faire triste, Ain’t no sunshine when she’s gone et même ces tocards de Red Hot Chili Pepper.

Ok, c’est du bon son, mais ça n’a rien a foutre dans un film. Merde Bob, t’es la pour raconter une histoire, pas pour repasser tes vinyles ! Au final t’as l’impression d’être bloqué dans la cabane au fond du jardin avec ton oncle et ton oncle qui fument des pétards en écoutant Led Zep.

L’enfer.

Finalement, le seul avantage de ce Robert Zemeckis, c’est qu’il y a pas Tom Hanks. Mais bon dieu, après l’avoir vu, qu’est-ce que j’aurai donné pour un petit retour vers le futur…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Flight. C’est lourd comme un Boeing et con comme une hélice. Après une scène de crash bien réalisée et un superbe dialogue dans les escaliers, Robert Zemeckis se noie dans un océan de clichés mal-vus, de réflexions à deux balles et de bien-pensance moisie.

C’est dommage car comme disait mon pote PO, y’avait quand même un truc subversif à faire sur l’histoire d’un mec qui conduit mieux quand il est bourré.

Bellflower. Power.

Faut-il aller voir Bellflower ?

C’est l’histoire de deux tarés qui boivent de la bière au petit dèj et qui construisent un lance-flamme. Un jour, l’un d’eux tombe amoureux d’une blonde machiavélique en mangeant des grillons. Et puis finalement, il devient fou.

Quel plaisir de voir un film sans savoir où il nous mène. Bordélique, foutraque et pas très bien construit, Bellflower a le mérite d’être imprévisible. Dans l’écran, deux grands débiles promènent leurs carcasses sous le soleil d’un été sans fin. Ils fument, boivent, baisent et font à peu près tout ce que le cinéma hollywoodien a pris l’habitude de nous interdire.

Jaune, bleue, floue… l’image est saturée, hasardeuse et criarde. Un peu comme le film en lui-même, porté par une créativité qui semble intarissable. Dans ce grand capharnaüm, il y a surtout un sentiment de liberté qui confère au film sa beauté intrigante et paradoxale.

Ça fait beaucoup d’adjectifs.

Trop d’ailleurs. Trop long, trop complexe, avec un double final qui tend un peu vers le grand n’importe quoi. Parfois, on se demande si le réalisateur n’a pas écrit son scénario en fonction des images qu’il voulait filmer. Heureusement, ces dernières sont si belles.

Au final, Bellflower ne fonctionne pas très bien. Il perd son spectateur et traîne en longueur, en ressassant des propos lambdas sur l’amitié et les gonzesses. Mais parbleu, on ira sûrement voir le deuxième film d’Evan Glodell.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Bellflower. Malgré son style unique, sa liberté de ton et une image travaillée, le film ne passionnera que les amateurs de cadrages et autre geeks de la caméra dans mon genre (le genre qui admire Panic Room, juste parce que David Fincher nous fait passer dans l’anse d’une cafetière).

Mais un film, c’est d’abord une histoire, et celle-ci part dans tous les sens, au risque de gaspiller la belle énergie de son réalisateur. Alors attendons.

S’il canalise sa folie créative, Evan Glodell pourrait bien rentrer dans l’histoire sans s’en rendre compte. Comme son pote Tyler Dawson, acteur magnétique et inconnu, dont je vous jure qu’on entendra parler un jour.

Oslo, 31 août. Joyeux Drieu.

Faut-il aller voir Oslo, 31 août ?

Alors que l’été s’éteint, Anders se désintoxique. Après six ans de cure, il revoit ses amis, quelques amours et surtout ses emmerdes. Ses anciens potes de défonce ont des maisons, des costumes et des enfants. Anders a le crâne rasé, des cernes et une montagne d’amertume sous le crâne.

Si je ne m’étais pas retrouvé tout seul au milieu de Paris lors d’une vendredi soir glacé, je ne serais jamais rentré dans la salle. Le sujet est triste, norvégien et adapté d’un roman de Drieu La Rochelle, auteur fascisant et collabo notoire. Pire, le film est porté par le caviar de la critique : Télérama, Inrocks et Cahiers, des mecs qui passent plus de temps à se relire qu’à voir des films.

Et pourtant.

Oslo 31 août est si bouleversant, qu’il est difficile d’en parler sans se perdre.

Pendant une journée, on suit la descente aux enfers d’Anders, en alternant les phases aériennes et la noirceur absolue. A travers ce périple, le film semble nous questionner sur le sens de la vie, sans jamais virer vers la métaphysique ni nous imposer une réponse toute faite et manichéenne. Malgré tout, semble-t-il dire, certaines choses sont drôlement jolies.

Sous ses apparences a priori intello casse-burne, la réalisation est rythmée, inventive et soignée : malgré une utilisation un peu abusive du flou-net (qui ravirait mes camarades de promo) et de certains effets à la mode dans le cinéma indépendant, la caméra est brillante.

Souvent elle est utilisée comme un élément de narration à part entière, comme lors d’une scène magnétique où le héros écoute les conversations de tables voisines d’un restaurant, en suivant les jolies filles du regard.

La fin se clôt sur un plan-séquence héroïque, où le talent de l’acteur principal et la beauté de la musique se conjuguent pour nous clouer au siège.

En Bref : Il faut aller voir et revoir Oslo, 31 août. Visuellement sublime, merveilleusement bien écrit et mélancolique comme une partie de billard, le film assure déjà sa place dans les films de l’année, malgré quelques lourdeurs stylistiques.

Car là où beaucoup de réalisateurs se repaissent de la misère pour nous tirer les larmes, le jeune cinéaste suédois aux manettes fait l’inverse. Comme Pierrot le fou le clamait en son temps, Oslo raconte le drame pour mieux faire une déclaration d’amour vibrante à la vie.

L’essentiel, semble nous dire le réalisateur, c’est de voir le bonheur quand on le touche du bout des doigts.

John Carter. Sale Carter.

Faut-il aller voir John Carter ?

Je sais ce que vous allez dire : tant pis pour moi. Et c’est vrai : un chevelu en slip qui combat des phoques géants sur Mars, c’était ambitieux. Si on ajoute des scènes de Western et un univers héroïc-fantasy cheapos, on comprend pourquoi la dernière production Disney est un échec cuisant. Dans la salle, on était deux (mais bon, on était vendredi matin).

Au tout départ, c’est vraiment dur de ne pas partir en courant. Le neveu de quelqu’un lit un journal intime pour lancer la voie off, des moines chauves se baladent en lévitation sur mars et un barbu sans charisme fait du cheval en Virginie.

Sur mars, l’univers se dessine sans jamais convaincre, comme si les scénaristes ne croyaient pas dans leur monde improbable (“par Issus mon jeddak, c’est un quark”, “si tu veux être le sodar sojat, reviens dans moins d’un xsat”, “chéri, tu as les clefs de ma Hyundai ?”… Ce genre de conneries).

Sur le fond, John Carter partage le même idéal génocidaire que la plupart des fables fantastiques pour mômes américains : il y a les rouges et les bleus et le monde ira mieux quand les bleus auront butté tous les rouges. Parce que les rouges sont violents (c’est eux qui ont commencé). Et pour surfer sur l’écologisme ambiant, les rouges sont les foutus pollueurs qui ont asséchés le sol martien.

Mais une fois qu’on a digéré la bêtise de l’ensemble, l’enfant qui sommeille en nous se marre bien : John Carter saute partout, les trucs verts deviennent attachants et l’univers finit presque par être sympathique.

En Bref : Il ne faut pas aller voir John Carter. Trop neuneu, trop plat et complètement kitsch. Mais il y a quelque chose de vintage dans les sautillements de ce héros à l’ancienne, sans doutes ni fêlures ni vêtements.

Et pour une fois, le personnage féminin n’est pas un simple faire-valoir qui crie derrière le héros. Malgré sa princessitude et ses jolies robes, elle a aussi un bon coup droit et de la personnalité.

Comme quoi on ne peut pas tout avoir sur une planète, c’est les océans ou l’égalité des sexes.