Interstellar. Quantique des quantiques.

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Faut-il aller voir Interstellar ?

J’avais vraiment envie de détester ce truc.

Parce que Nolan m’emmerde, avec ses pseudo “blockbusters intellos”, tous plus pédants et prétentieux les uns que les autres. Et ça m’emmerde de le voir célébré par des cohortes de fans pavloviens qui applaudiraient s’il réalisait une pub Pepsi. Toujours d’accord quand il s’agit d’être d’accord, la presse s’y met, lance du “chef d’oeuvre” partout sur les murs, parce que c’est un joli mot, qui rime presque avec pieuvre. Ça m’emmerde.

De qui parlons nous ? De l’espace, du temps, de la physique quantique. Une autoroute pour un cinéaste de la pensée clinquante. Et on nous rappelle que des vrais scientifiques ont travaillé sur le film, que Nolan a lu plein de livres, et que tout cela est scientifiquement scientifique, comme si on en avait quelque chose à foutre. Merde. Ça se saurait si les grands artistes sortaient du MIT. Avant de réaliser Eyes Wide Shut, Kubrick fréquentait-il les partouzes ? Non. Oui. Non. On s’en fout putain !

Ça m’emmerde. Si Nolan a un statut de réal culte, ce n’est pas parce qu’il est brillant. C’est simplement parce que dans l’univers du cinéma hollywoodien à gros-bras, il est un peu moins con que les autres. Mais même si t’es plus grand que Petrucciani, ça ne fait pas de toi un pivot de Lakers. Ni un pianiste d’ailleurs.

Tu comprends rien ? M’en fous. C’est de la physique quantique.

C’est bon je suis calmé.

J’ai donc été voir ce film avec toute l’objectivité bienveillante dont je suis capable. Et contre toute attente, au bout de cinq minutes, j’étais mordu. Parce qu’Interstellar est tout ce que Gravity n’était pas : ici le voyage spatial n’est pas un prétexte pour singer les attractions du Futuroscope, il est là pour parler de nous, de la terre, du sable et de l’amour.

Bien-sûr, c’est indigeste. Evidemment, il y a des dialogues idiots, des incohérences de fond (la spécialité des scénarii Nolan bros) et une fin à tiroir cousue de fils blancs, qui rajoute du sucre glace sur la crème pâtissière. Il y a tout ça. Mais il y a surtout tout le reste.

Il y a le début, magnifique, qui raconte l’histoire d’un monde au bord du gouffre qui fait dangereusement penser au nôtre. Il y a McConaughey, on l’a déjà dit mille fois ici, qui réinvente le concept de charisme à chaque haussement de sourcil. Et il y a l’aventure. Les planètes sauvages, les trahisons, les trous noirs…

Et ça marche du tonnerre. Parce que c’est épique, intense, émouvant. Parce que les dialogues sont justes, la mise en scène intelligente et l’image superbe. Filmé en pellicule, elle retrouve l’aspect granuleux des films de l’enfance, à mille lieu de la perfection numérique à la mode et des imbéciles qui pensent qu’on reconnaît un bon film aux nombres de pixels dans l’image.

Et c’est ce grain, ces champs de blés et cette poussière omniprésente qui donnent sa grande beauté au film. Un film de l’espace, certes, mais fermement planté dans la terre, dans l’humain, la vie et les trucs un peu dingues que l’on peut faire quand on aime une fille.

A ce jour, c’est le meilleur film de cet enfoiré de Christopher Nolan.

En Bref : Il faut aller voir Interstellar. Et croyez-bien que ça me fait mal de le dire. Mais malgré une fin boiteuse et des lourdeurs très hollywoodiennes, le film retrouve quelque chose des grandes fresques épique de notre enfance : le souffle.

Un vent violent même, qui fait vibrer les trompettes d’Hans Zimmer, auteur d’une partition exceptionnelle, et qui souffle dans les cheveux de Jessica Chastain, dont le jeu est si intense qu’il intimide même la caméra.

J’avais vraiment envie de détester ce truc. Et j’aimerais vraiment qu’on soit le 5 juillet. Mais c’est l’hiver. Et, même si ça m’emmerde de l’avouer, Interstellar est un grand film.

Gravity. Space cake.

GRAVITY

Faut-il aller voir Gravity ?

C’est l’histoire de Sandra Bullock et George Clooney qui gravitent.

Et il faut croire que c’est génial : la critique plane, les poncifs fusent et le public affronte cette foutue ère glaciaire en faisant la queue devant les cinémas une heure avant. Hier encore, j’entendais des filles déguisées en sorcières répéter que le film est un “chef d’oeuvre”.

En fait tout dépend de ce que vous allez chercher au cinéma. Pour simplifier, nous allons classer les spectateurs en deux catégories.

1. Si vous allez chercher le spectacle, les “Ooohs”, les “Aaaahs”, les otaries qui jouent aux échecs et les jongleurs en moufles, vous serez comblés. Techniquement, Gravity est un défi impressionnant, à l’image de des précédents films d’Alfonso Cuaron aux plans-séquences interminables. Caméra flottante, ultra-réalisme, vision subjective… Le réalisateur s’est fixé des ambitions démesurés et il les atteint brillamment.

A certains moments, on a même un peu la nausée, tant le film parvient à rendre réelle les sensations de l’apesanteur. Même s’il en abuse un peu trop, Alfonso arrive parfaitement à rendre cet équilibre étrange où rien ne s’arrête jamais, et où il est foutu compliqué de s’accrocher quelque part.

A une erreur près, puisqu’au premier tiers, George se retrouve soudain repoussé par Sandra alors même qu’elle le tire. Mais bon, admettons que les lois de l’attraction gardent leur part de mystère.

2. Si les équilibristes vous laissent froid, si les chiens qui jouent au foot vous emmerdent et si vous êtes venus pour pleurer devant les clowns, vous serez déçu. Pour faire simple, si on lui enlève ses effets spéciaux, Gravity est une belle grosse daubasse.

Sandra sanglote toute seule dans un Soyouz en écoutant rigoler un turkmène, puis elle pleure à chaude larme en écoutant japper le chien, avant de s’effondrer au son d’un bébé qui babille. Sandra tremble comme un feuille avant de changer de personnalité à la vitesse lumière. Et la voilà qui fait du renforcement positif en slibard, en parlant espagnol à l’ordinateur de bord chinois.

Elle glapit, extincteur à la main : “OKAY J’VAIS PEUT-ÊTRE CREVER MAIS C’ÉTAIT UNE BELLE AVENTURE PUTAIN !” Et ça dure une heure et demie, où malgré la débauche d’effets spéciaux et d’action, on s’ennuie pas mal.  Et au finish, on en sort aussi ému qu’après une journée au Futuroscope. C’est à dire pas du tout.

Alors je veux bien que la reproduction de l’espace coûte un fric monstrueux. Mais de là à hypothéquer les neurones des scénaristes…

En Bref : Il faut aller voir Gravity. Et ouais ! Que vous soyez de la catégorie qui pleurniche devant La vie d’Adèle ou de celle qui mi-molle devant Star Wars, le film vaut le détour, parce que vous n’avez jamais vu ça au cinéma. Un peu comme Picasso : c’est intéressant de le voir, même si en vrai c’est moche.

A vous de décider si la technique prévaut sur l’émotion. Moi j’ai beau avoir de la considération pour le mec qui réussit à peindre des portraits de Tony Blair avec sa bite, je n’irai pas jusqu’à dire que ses oeuvres me bouleversent.

Star Trek. Spock publicitaire.

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Faut-il aller voir Star Trek Into Darkness ?

Alors ils sont dans l’espace, comme d’hab, il y a du flare dans l’image, ça fait des ronds sur l’objectif, c’est joli, l’univers est vaste, vain, un peu vert, personne n’a de charisme et gloablement on s’emmerde. Oh mais attend ! C’est Star Trek !

Ouais, Star Trek, la série aux vilaines couleurs qu’on a jamais trouvée vraiment cool mais que certains considèrent comme culte parce que Spock a donné son nom à une coupe de cheveux immonde. Sauf que là, le film est réalisé par JJ Abrams. Si tu lis la presse spécialisée (mes couilles), tu sauras que c’est “un surdoué”, comme si les mecs gagnaient dix euros à chaque fois qu’ils placent ce poncif dans un article.

Mais même pas en fait. C’est juste un gros malin, qui a fait croire à plein de monde qu’il avait les clefs d’un scénario brillant avec plein de tiroirs, alors qu’en fait il a jamais vraiment su vers où se dirigeait Lost et qu’on va tous mourir en se demandant ce qu’il foutait là, ce putain d’ours polaire.

Si tu n’as pas la référence, c’est pas grave. Tout ce qu’il faut comprendre, c’est que le mec est expert dans les cliffhangers malhonnêtes, car basés sur des scénarios incohérents. Type : Pourquoi y’a des bombes bizarres sur le vaisseau ? Parce SURPRISE y a des minuscules kangourous à l’intérieur, et y’en a un c’est le cousin du capitaine. J’ai un peu inventé pour pas vous gâcher l’absence de surprise.

Et tout ce beau monde continue de voler dans tous les sens sans se préoccuper de la fluidité de l’ensemble. Et quand je parle de beau monde, je suis cool : à part le méchant, qui réussit à remplir de charisme un rôle assez fade, tous les autres personnages sont enfermés dans des clichés américano-mous. Palme spéciale au héros, rebelle sans cause ni charme, incarné par l’énervant Chris Pine, qui porte plutôt bien son nom, si on se fie à sa tête.

Maintenant, libre à Mad Movies de décréter qu’Abrams “offre à la saga son plus beau chapitre depuis trente ans” : c’est complètement vrai. Vous dire…

En Bref : Il ne faut pas aller voir Star Trek Into Darkness. C’est ennuyeux, lisse, insignifiant et plutôt mal écrit dans l’ensemble.

Très franchement, quand on pense que c’est le même mec qui va réaliser les prochains Star Wars sur une idée originale de Georges Lucas, ça donne envie de s’enfuir dans la forêt pour manger des Ewoks.

Prometheus. Espace familial.

Faut-il aller voir Prometheus ?

D’abord, si vous êtes ce qu’on appelle “un fan”, il va tout de suite falloir vous détendre : ici on dézingue les mythes sans état-d’âme. Les fans sont la version pop des intégristes, le genre de taré qui campe devant les cinémas et qui apprend par coeur les chansons d’elfes du Seigneur des anneaux. Vous avez déplacé les frustrations sexuelles de votre adolescence sur des figurines en plastique numérotées ? C’est votre problème.

Donc.

Alien, c’était pas si terrible. Malgré le mythe qui entoure le film, il est bien en deçà des suites de James Cameron et Jean-Pierre Jeunet. Si on ajoute des faux chefs-d’oeuvres comme Gladiator ou des nanards comme Robin des bois, on finit par se dire que Ridley Scott a vraiment piqué son statut de grand réalisateur. Mais on s’en fout, parlons du film.

Ça commence classe. Des beaux plans habités, une musique viscérale et un aura de mystère. Pendant le premier tiers, on trippe. Les lumières sont magnifiques, les cadrages millimétrés et le scénario laisse planer beaucoup de parts d’ombres. L’histoire semble calqué sur Alien, mais ça nous rappelle le temps des VHS de notre grand frère et des bds érotiques planquées au dessus de la télé.

Et puis ça commence à y ressembler un peu trop. Les cyborgs ont des sentiments complexes, les gens ont des trucs chelous dans le ventre et le vaisseau est guidé par les intérêts secrets de “la compagnie”… On à soudain l’impression gênante que Ridley se rend un auto-hommage. En fait de réflexion métaphysique, on nous sert des bondieuseries pourraves en regardant les étoiles.

Pire, quand l’action déboule maladroitement, c’est avec les innombrables clichés du genre : La meuf fragile qui s’approche de la vitre avant qu’une grosse tentacule gluante ne s’y écrase à renforts de violons, le personnage secondaire calibré pour mourir vite qui va faire coucou à une créature mimi avant qu’elle ne lui saute à la gorge, le twist bidon où l’on apprend qu’une meuf est la fille d’un autre mec, tellement téléphoné que tout le monde a deviné quand elle dit solennellement “father”.

Et puis voilà. On a tous décroché.

L’utilisation industrielle des clichés faite par Hollywood n’a rien d’anodine. Elle nous rappelle simplement qu’on est pas dans une histoire, mais dans une salle de cinéma. Et qu’on s’emmerde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Prometheus. Trop cliché, trop facile, trop prosélyte. Malgré une très belle image et un vrai sens de la cinématographie, Scott ne s’embarrasse pas d’un message et se contente d’illustrer une histoire qui ne sait pas où elle va.

Dommage, c’est la profondeur de cette dernière qui fait de Blade Runner le seul véritable chef d’oeuvre à son actif.