L’inconnu du lac. Le lac des pines.

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Faut-il aller voir L’inconnu du lac ?

C’est l’histoire d’une bande de mecs qui baisent dans les bois. Entre deux roulades dans les épines, ils glandent sous les pins, et dorment sur la plage, les couilles à l’air. Dans ces plans-culs planqués, on trouve aussi des hommes assez naïf pour tomber amoureux. Mais la plupart du temps, ils finissent par crever.

J’ai tellement débattu de ce film que je ne sais plus trop ce que j’en pense. Au départ, j’allais juste le voir pour faire la nique aux curés et leurs manifs. Il y avait aussi ce prix de la mise en scène au festival Un certain regard, la belle réputation du réalisateur et la mi-molle de la presse intello. Voyons-voir.

Calibré pour être intimiste et vu par personne, le film se retrouve donc au centre des débats, aidé par une réputation sulfureuse, quelques pipes en gros plan et une éjac face-cam dont on débat plus que du reste.

Tellement de ramdam en fait, qu’on oublierait presque le film. Un huis-clos théâtral, qui joue sur la répétition et le minimalisme pour aborder la grande question de l’amour fou. C’est le propos du réalisateur : “L’amour c’est très fort, même quand c’est pas vraiment de l’amour”.

Un peu court, mais moins con que ça en a l’air : le héros, gentil naïf qui veut juste dîner et dormir avec ceux qu’il aime, reflète probablement quelque chose sur la solitude de l’homme moderne. Il y a pas mal de bonnes petites vannes et aux deux tiers, un personnage de flic montre aussi que le réalisateur a du recul sur son sujet.

A part ça, on s’emmerde quand même pas mal. L’ultra-réalisme des scènes de sexe est affadi par des couchers de soleil ringards, la mise en scène regorge d’artifices convenus et le final achève de souligner l’absence d’effort dans la réalisation.

“Michel ? Michel ? Michel ?”

C’est la dernière phrase du film, et on ne peut pas dire que son propos aille beaucoup plus loin.

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’inconnu du lac. C’est assez vain, plutôt moche et jamais vraiment crédible.

Dommage, parce qu’il y a quand même quelques jolis plans et une plongée dans un univers assez inédit au cinoche. On peut aussi saluer une forme de courage, dans la volonté de mettre tous les acteurs à poil, sans pour autant réaliser un porno-gay.

De là à y voir “un palimpseste tour à tour comique et grandiose, la trace d’une épopée flibustière”, faut vraiment bosser pour Libé.

Spring Breakers. Miami vide.

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Faut-il aller voir Spring Breakers ?

C’est l’histoire de quatre meufs qui vont faire la fête en Floride parce que c’est trop cool. C’est l’histoire des ados qui prennent des trucs pour trouver quelque chose. C’est surtout l’histoire de rien. Du grand rien qui résonne dans notre époque.

Cette histoire, c’est ce que mon colloc Doudi appelle le festivisme (en citant un mec qui s’appelle Philippe Muray) : Avant l’homo sapiens sapiens savait qu’il savait. Aujourd’hui l’homo festivus festivus fait la fête parce qu’il fait la fête. Comme la vie n’a pas de sens, que l’avenir est foutu et que les ours disparaissent, autant se bourrer la gueule et sucer des bites.

C’est fort. La jeunesse désespérée, la recherche de l’absolu, le passage à l’âge adulte. Vu d’ici, on dirait presque un bon film.

Pourtant je suis sorti de Spring Breakers avec la fureur, le dégoût et une putain de migraine. Au bout de dix minutes, on comprend que le réalisateur n’a aucun propos, aucune intention et aucun talent. Ça dure deux heures, et en plus ça empire.

Le chef-op secoue sa caméra, sautille, colorise, ralenti, stylise et flou-net à foison pour tenter de créer quelque chose, sans jamais être foutu de faire un plan intéressant ou simplement beau.

A genoux, les critiques m’expliquent que c’est d’la poésie trash, un trip sensoriel, un conte dark et pop qui dénonce la société des consumers. Bande de blaireaux. Les anglicismes sont has-been depuis 2008. Et si ce film est trash, je suis un canard.

Et pourtant il essaie. Il se démène pour choquer le bourgeois. Mais rien n’y fait, Harmony Korine a beau filmer des minettes avec des flingues, des jeunes qui prennent de la coke et des kilomètres de fesses au ralenti, il a juste l’air d’un vieux frustré qui place sa caméra là où il n’a jamais eu l’occasion de mettre sa teub.

Mais surtout, on s’ennuie comme des scouts morts.

Sans déconner, c’est ça le rock n’roll ? Se foutre les seins à l’air sur une plage, rouler une pelle à ta copine et boire du Jack Daniel’s ? Mes couilles putain. C’est juste les années 70. Si ce film est radical, c’est que le monde est un conclave.

Quant à dénoncer. Korine n’y pense même pas. Son film est aussi vain que la jeunesse qu’il croit montrer. Tout le reste, c’est le taf des critiques, qui flattent leur intelligence en voyant du Sartre dans un travelling sur des nichons.

Et même ceux-là sont en plastiques. Car malgré son casting de jeunes filles en fleurs et ses affiches racoleuses, le film ne parvient même pas à être sexy une seconde. Tous les goûts sont dans la nature, mais des barbies qui tirent la langue dans une piscine en se frottant contre un dreadeux blanc, moi ça m’donne plutôt des hauts-le-coeur.

Désolé maman d’avoir dit des gros mots. Mais j’aime trop le cinéma et ma rétine. Et ils viennent d’être salement agressés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Spring Breakers. C’est ce que j’ai vu de plus mauvais en salle depuis l’infâme Sucker Punch. Même pas bandant, même pas choquant, même pas prenant, même pas délirant. Spring Breakers est le manifeste idiot et laid d’un vieux satyre qui n’a manifestement pas digéré un truc dans son subconscient.

Sinon, vous pouvez toujours trouver, comme Serge Kaganski, que c’est “du Godard boosté au Red Bull”, ce qui est rassurant : malgré la crise et le chômage de masse, on peut encore trouver du travail en écrivant n’importe quoi.

Moonrise Kingdom. Scout foudre.

Faut-il aller voir Moonrise Kingdom ?

Suzy et Sam sont bizarres. Alors ils s’en vont. Loin de la famille envahissante de la première, loin de celle inexistante du second. Ils fuient dans les bois car les adultes sont trop nuls pour comprendre qu’ils ne sont plus des enfants.

Ensuite, le film semble émaner d’une discussion entre deux potes bourrés :

“On devrait faire un film tsé.”

“Trop mec, un film avec des scouts partout, je kiffe les scouts.”

“Graaave. Genre on les mettrait sur une île. Y’aurait un type qui la décrirait face caméra.”

“Et le chef scout ça serait Edward Norton. Type ultra-rigide qui boutonne la chemise jusqu’en haut mais le mec cloperait tout le temps.”

“Trop bon ! On pourrait aussi mettre Bill Murray et Frances McDormand dans des rôles d’avocats neurasthéniques”

“Oh attends ! Je visualise une scène là ! Imagine deux mômes en slip sur une plage qui dansent ridiculement sur Françoise Hardy !”

“Bien-sur ! Et puis bam y’aurait de la foudre. Il faut aussi un vieux flic fatigué, moitié humaniste moitié alcolo.”

“Bruce Willis !”

“Enoooorme !”

Et ça continue. Le film déroule son délire dans des plans ultra-stylisés, sur un fond d’ironie mordante. Comme dans une cuite, la rigolade est un peu nauséeuse et une heure après, on a toujours mal à la tête.

Mais c’était sympa.

En Bref : Il faut aller voir Moonrise Kingdom. Parce que Wes Anderson fait un cinéma unique et parce que sa dernière livraison est probablement la plus aboutie.

Techniquement impeccable, cet univers un peu froid et ironique peut tout de même finir par lasser. Un jour, on aimerait que Wes fasse tomber la veste en velours côtelé pour nous montrer vraiment ce qu’il a dans les tripes.