L’exercice de l’Etat. Crocodile dandy.

Crocodile

Faut-il aller voir L’exercice de l’Etat ?

Ça commence comme une bombe. Ministre des transports intègre et élégant, Bertrand de Saint-Jean se réveille brutalement d’un rêve érotique. Un accident de car vient de tuer des adolescents, il doit se rendre sur place dans la nuit. Pendant ce temps-là, dans la quiétude des bureaux où le pouvoir feule, une réforme se prépare. Il pourrait y perdre la tête.

Tout de suite la mise en scène accroche. Le rythme est sec, la musique furieuse et l’ambiance étrange. La politique est montrée comme une maladie dévorante, une passion destructrice ou une drogue orgasmique. Pierre Schoeller, le réalisateur a beau filmer des fonctionnaires gris et des bureaux capitonnés, l’air est lourd et l’intensité irrespirable.

A travers ce traitement profondément moderne, le cinéaste raconte une histoire qui fascine le genre humain : celle d’un homme de pouvoir dans la tempête. Les médias, les coups-bas et les stratégies politiques sont décortiqués dans leur plus grande cruauté. Mais le film est loin du genre éculé du thriller politique à l’américaine : ici le scénario est surtout prétexte à montrer le fond du problème.

L’exercice de l’Etat pose une question simple : A quel moment l’ambition remplace-t-elle les convictions ? La réponse est complexe. Insaisissable, Bertrand de Saint-Jean apparaît tour à tour honnête, courageux et fidèle en amitié, avant de devenir lâche, ridicule et minable dans la scène suivante. Au final, si le réalisateur n’assène pas de vision manichéenne à son histoire, on pourra lui reprocher d’être trop flou pour délivrer un message.

A mi-mandat, le film se casse la gueule. Un retournement de situation spectaculaire redistribue les cartes, mais paradoxalement, le rythme s’affaisse. Une jambe coupée, ridicule, étalée sur l’asphalte. Physique au départ, le film devient bavard. Des hauts-fonctionnaires discutent du rôle de l’Etat en mangeant du bacon. Cette fois le message est limpide : le service public créé l’illusion du pouvoir, alors qu’il est à la botte du privé. Pas forcément con, mais on s’ennuie un peu. Et on ne peut pas s’empêcher de voir les gros sabots du scénariste qui tente de nous livrer une leçon d’analyse politique.

Et pour ça, y’a les amphithéâtres.

En Bref : Il faut aller voir L’exercice de l’Etat. Pour découvrir un regard différent et fort sur la chose publique. Pour percevoir le malaise permanent qui habite les châteaux du pouvoir. Pour rentrer de plain-pied dans le quotidien des faiseurs de lois.

Pour cela il faudra se taper des théories aux ficelles un peu lourdes et des scènes ramollos en deuxième partie. Mais après une bonne nuit de réflexion, on se rend compte qu’on a bien fait de snober Tintin.