The Impossible. Tronc commun.

Faut-il aller voir The Impossible ?

C’est les vacances. Et soudain. C’est le tsunami. Il y a des enfants dans les arbres, des arbres dans les enfants et de l’eau partout. Sur les joues de maman, beaucoup. Parce qu’elle a perdu papa et deux de ses fils.

Les trois premiers quarts d’heure vous collent des baffes sans interruption jusqu’à ce que les eaux s’évaporent. À l’écran, des énormes vagues charrient des morceaux de bois, de métal et de terre dans les narines des héros. C’est brutal, choquant, ultra-violent et probablement la façon la plus percutante de raconter un tsunami au cinéma.

Malgré la prolifération de films-catastrophes qui ont envahit nos écrans à cause Roland Emmerich, The Impossible parvient à rendre le chaos beaucoup plus intense que d’habitude. Cette fois, on ne suit pas l’humanité qui court à sa perte mais une mère et son fils qui grimpent dans un arbre. A l’inverse du globalisme gerbant de 2012 et compagnie, on suit les héros de très près, sans en savoir plus qu’eux sur l’endroit où ils se trouvent, ce qu’il se passe et où sont les secours. Forcément, on s’identifie, et on tremble.

Et puis y’a la deuxième partie…

Sans en dire trop, on peut quand même raconter que certains membres de la famille ne sont pas complètement morts. Le scénario aligne alors jusqu’à épuisement (ou écœurement) les scènes de retrouvailles bouleversantes sur un tapis de violons mélodramatiques.

Au départ, on pardonne, estomaqué par la puissance de la scène d’ouverture. Et puis l’histoire continue de larmoyer, de célébrer l’entraide, de pleurer sur le sort des pauvres occidentaux blessés sans prendre en compte les milliers de morts locaux. Et on frise le ridicule.

Au-delà de ça, le film perd toute son intensité dramatique, puisqu’il informe le spectateur du nombre de survivants des le départ réduisant l’unique enjeu à « quand vont-ils enfin se retrouver et se pleurer dans les bras en jouant mal ». Ce qui arrive plusieurs fois. Et c’est douloureux.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Impossible. Malgré la puissance dévastatrice de la scène de catastrophe, malgré l’interprétation géniale de Naomi Watts et du jeune acteur qui l’accompagne et malgré le talent du réalisateur.

Parce que le film est bien réalisé, pas trop mal écrit et plutôt intense, mais il n’a strictement rien a dire. Et au bout d’une heure, ça commence vraiment à se sentir.

Et comme j’arrivais pas à trouver de

Perfect sense. Sens interdits.

Faut-il aller voir Perfect sense ?

Michael est un cuisinier antipathique, Susan est une working girl mal-baisée. Le monde court à sa perte. Petit à petit, les gens perdent leurs sens, mais Susan et Michael en trouvent un à leur vie. Mais comment s’aimer, quand on ne peut pas se sentir ?

La fin du monde et une comédie romantique… A priori, il y avait pas mal de risques à verser un ingrédient aussi banal sur un fond aussi sucré. Mais après tout, c’est ainsi qu’on fait les meilleures grenadines. Et de tous les adjectifs à la con qu’on peut lui attribuer, Perfect sense est d’abord un film rafraîchissant.

Oui je sais, mais que voulez-vous…

Au départ, ça commence pas fort. L’histoire d’amour est téléphonée, les gens pleurent dans la rue et une infâme voix off universaliste vient nous donner des leçons sur des images étalonnées à la peinture sépia. Mais rapidement, ces éléments trouvent leur utilité et le film s’envole pour oser pas mal de trucs.

Les sens et les émotions sont utilisés comme des métaphores de nos excès. Mais le film reste exempt de toute morale explicite. Ici, seul compte la dramaturgie et en définitive, il y a longtemps qu’on avait pas vu un blockbuster aussi courageux.

A l’image, l’apocalypse se déroule sans pyrotechnie. Elle est filmée comme un arrière-plan, pour mieux illustrer l’histoire d’amour des deux héros, qui devient progressivement très attachante. Pour peu qu’on ai gardé son âme de jeune adolescente, on sourit bêtement devant leurs ébats et on flippe en entendant la révolte qui gronde.

Au fil du film, l’intensité dramatique gonfle pour se clore sur un final éclatant, qui laisse le spectateur partagé entre une pointe de tristesse et l’envie un peu béate de sourire à son voisin.

En Bref : Il faut aller voir Perfect sense. Parce que les comédies romantiques de la fin du monde ne sont pas si communes, parce que celle-ci est particulièrement intelligente et parce qu’il n’y a pas assez de films qui se passent à Glasgow.

Malgré un démarrage poussif, le réalisateur détourne les codes ultra-classiques qui lui servent de base pour livrer le premier feel good movie apocalyptique que vous verrez de votre vie.

Beginners. Oliver triste.

Faut-il aller voir Beginners ?

Oliver est un illustrateur splénétique qui vit à Los Angeles. A 75 ans, son père vient de faire son coming-out. Et il est mort. Depuis, Oliver déprime. Il fait le compte des femmes qu’il a quittées et il parle aux chiens. Et puis il rencontre une blonde. Elle s’appelle Anna.

Dur de résumer Beginners, qui a l’ambition de raconter beaucoup de choses sans les lier ouvertement. La dépression, le deuil et les déceptions amoureuses sont racontés à travers l’existence vaporeuse d’un artiste solitaire. Au risque de livrer un patchwork incohérent et nombriliste.

Au centre de l’analyse : le père. Celui d’Anna, qui gâche le bonheur de sa fille en parlant de mort. Et celui d’Oliver qui retrouve goût à la vie avant de s’éteindre. Bloqué dans le carcan d’un mariage malheureux, le vieil homme a joué les hétéros toute sa vie pour finir par briser ses chaînes. Face à lui, son fils est libre de faire ce qu’il veut. Mais ça ne le rend pas heureux.

Le film n’étend pas l’analyse très loin. Il laisse le spectateur faire des liens entre l’homosexualité, l’échec amoureux ou la déprime. Souvent, ceux-ci sont évoqués, mais le scénario ne se mouille pas. Il effleure. Il évoque.

Pendant de longues minutes, on parle de Gay-Pride, d’Harvey Milk et de soirées entre mecs, mais l’analyse ne dépasse pas la surface. Comme toujours, on flirte avec la caricature. A ce titre, le compagnon du père d’Oliver -censé représenter la joie et la vie- est franchement ridicule.

C’est le problème du film. Dépressif jusqu’au trognon, il peine à raconter une histoire. Les personnages se mirent dans leur propre reflet et ressassent des banalités sur la mort. Même l’histoire d’amour, qui donne un peu de vie à l’ensemble, peine à arracher des sourires face à l’absence de volonté des protagonistes.

Heureusement, Mélanie Laurent apporte tout de même une certaine fraîcheur à l’histoire (Mais pour le reconnaître, il faut faire l’effort d’oublier l’arrogance manifeste de l’actrice dans la vie). En face, Ewan McGregor est un peu moins lisse que d’habitude tandis que Christopher Plummer campe un père admirable.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Beginners. Malgré des qualités d’écriture et une histoire d’amour touchante, le film est trop éthéré, trop mou pour accrocher le spectateur.

C’est dommage, derrière la multitude de sujets et la tonne de Xanax, il y avait là un beau regard. Pour le faire briller, il manquait juste un sourire.

L’éternel retour d’Obi-Wan Mc Gregor

Faut-il aller voir Les chèvres du Pentagone ?

Ewan McGregor doit avoir besoin d’argent. En un mois, il tient le rôle principal d’une grosse production américaine pour la troisième fois. Mine de rien, je commence à épuiser tous mes jeux de mots sur son nom. Heureusement, on ne devrait plus jamais le revoir manier le sabre laser. Ce qu’on ne savait, c’est qu’il se démerderait quand même pour continuer à jouer les jedis.

Les chèvres du Pentagone raconte l’histoire d’un journaliste tellement inintéressant qu’il s’appelle Bob. Pour oublier sa meuf, il part couvrir la guerre d’Irak, et y rencontre Lyn Cassady. Ce dernier est membre de l’armée de la terre nouvelle, une bande de soldats hippies, entraînés par la CIA pour faire des trucs bizarres. Espion psychique et “maître jedi”, Lyn lui expliquera comment tuer des chèvres avec le regard, tout en poursuivant une mission dont il ne connaît pas le but.

A priori, le film possédait quelques atouts. On voyait venir une critique mordante de la guerre, doublée d’une bonne comédie sous LSD. Excellent, le casting promettait  pas mal : le récemment oscarisé Jeff Bridges, le génial Kevin Spacey et le beau George Clooney, what else ? Pour couronner le tout, le scénario se basait sur de véritables expériences, menées par les services secrets américains dans les années 70. Bref, avec de tels atouts, difficile de se planter.

Il convient donc de saluer l’exploit du réalisateur, Grant Heslov : au mépris de tous les pronostics, le film se plante royalement. Les dialogues sont nuls, les blagues sonnent creux et les acteurs ont l’air de se demander ce qu’ils foutent là. Ultra-bancal, le scénario multiplie les retour en arrière, oubliant que c’était déjà hyper relou dans Lost. Ajoutons à cela des péripéties incohérentes, qui consistent à aligner les saynettes et on se retrouve devant un joli gâchis.

Joli, car George Clooney arrive tout de même à être bon, là où tout est raté. Quelques vannes sauvent l’honneur en réussissant à être drôles et la demi-réflexion sur l’Irak est pertinente, faute d’être originale. Malheureusement, on passe plus de temps à sourire qu’à rigoler, quand on ne fronce pas carrément les sourcils devant des fautes de goûts évidentes (notamment une référence pathétique au Silence des agneaux). Lorsque le générique arrive, on se casse de la salle comme on éteint la télé.

A force de jouer sur tous les tableaux, Grant Heslov s’avère incapable de réaliser une seule scène marquante. Le film oscille entre l’absurde total, la dénonciation politique, la comédie familiale et la satyre sociale. Au final on finit par se demander pourquoi le réalisateur a voulu faire ce film, tant il semble n’avoir aucune idée de la direction à prendre. On ne s’ennuie pas, on le regarde s’égarer avec circonspection, comme on regarde un copain raconter une histoire nulle.

Oui mais voilà, notre copain, on ne le paye pas 6€.

En bref : Il ne faut pas aller voir Les chèvres du Pentagone. Parce qu’Ewan McGregor commence à nous saouler avec son jeu sans saveur, parce que le film n’a absolument rien à dire, et parce que c’est d’autant plus rageant qu’on tenait là une bonne histoire et des scènes presque marrantes.

Pour ceux qui veulent tout de même y aller, je leur conseille de voir la bande-annonce. Ça dure moins longtemps, mais toutes les blagues y sont rassemblées et on ne s’étonne pas de rien comprendre.

Toujours motivés ?

Lang de bois ?

Faut-il aller voir The Ghost-Writer ?

D’entrée, je voudrai dire qu’il n’y a qu’une seule chose qui compte au cinéma. Ce sont les deux heures pendant lesquelles on est assis devant l’écran, et ce qu’on y ressent. Si on essaye d’y mettre de la polémique, on sort du cinéma, pour rentrer dans la politique. On se retrouve à décerner des palmes d’or à Farhenheit 9/11 ou pire, à assassiner Pasolini. Ce n’est pas l’objet de ce blog. Polanski est un réalisateur de films. Qu’il soit en prison, où qu’il médite au Pérou, je m’en balance.

Le film donc. The Ghost-Writer raconte l’histoire d’un nègre littéraire (le mec qui écrit les mémoires à la place des gens, sortez pas vos pancartes), qui se charge d’écrire l’autobiographie d’Adam Lang, un ancien premier ministre Britannique. Tout se complique, lorsque l’homme se retrouve mêlé à une histoire de torture, de soldats en Irak et de complicité de crime de guerre.

Vous l’aurez compris, le film aborde indirectement la vie de Tony Blair et son engagement aveugle dans le bourbier Irakien. Sans pour autant faire de dissertation morale, ni insister lourdement sur les similitudes avec la réalité, Polanski parvient à rendre la critique assez piquante. Comme dans W, d’Oliver Stone, il ne s’agit pas de montrer les hommes politiques comme des requins assoiffés de sang, mais comme des acteurs égocentriques qui ne contrôlent pas grand chose.

Tout de même, on pourra reprocher à Polanski de taper sur Blair, Bush ou la guerre en Irak quand ça n’a pas plus rien d’original ni de courageux. Si le film a le bon goût de ne pas tourner au brûlot politique, il reste bien consensuel et un poil roublard. Dans le dernier tiers, on flirte avec la théorie du complot ; même si c’est de la fiction, ce n’est pas du meilleur goût.

Avec un tel fond, il est clair que l’on est loin du brillant thriller politique salué par les critiques et acclamé au festival de Berlin. Pourtant, Polanski mène sa barque avec aisance, et nous emporte facilement dans l’histoire. Classique, le style est toujours très élégant et évite les longueurs. Le réalisateur a le bon goût de préférer la tension sourde aux scènes d’actions inutiles. Le décor – une île battue par les vents – ajoute beaucoup à cette atmosphère pesante, qui se révèle vite assez prenante.

En bref : Il faut aller voir The Ghostwriter. Il ne faut pas y courir toute affaire cessante. Mollement politique, la critique d’un monde que l’on savait déjà médiocre est bien trop convenue pour être mordante. En revanche, Roman Polanski signe un thriller efficace et paranoïaque, doté d’une trame assez bien ficelée, même si on en devine rapidement la fin.

Au coeur du film, Pierce Brosnan prouve qu’il n’est jamais aussi bon que dans les rôles antipathiques, Olivia Williams dessine un portrait de femme énigmatique et Ewan McGregor parvient à être attachant sans faire trop d’efforts.

Voilà. L’Ours d’Argent 2010 n’est pas un grand film, mais un bon divertissement. Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête ?

Phillip Morris, have you got a fag ?

Faut-il aller voir I love you Phillip Morris si on est un hétéro mâle ?

Jim Carrey et Ewan McGregor qui se roulent des pelles, une photo hyper-flashy, Luc Besson à la production, des tequels sur une affiche complètement jaune et un héros qui s’appelle comme un paquet de clopes. A première vue, I love you Phillip Morris n’avait pas grand chose pour lui. Aller le voir tout seul un soir de Saint-Valentin, tenait même de la prise de risque.

Le film raconte l’histoire vraie de Steven Russel, un flic bien sous tous rapports qui joue du piano à l’église, rend sa femme heureuse et possède un QI de 164. Du jour au lendemain, il décide de tout plaquer pour la Floride, se fait passer pour un avocat, puis un financier et fini par s’évader quatre fois de prisons texanes. Au milieu de ses aventures rocambolesques, il tombe amoureux d’un garçon, qui s’appelle Phillip Morris.

Le risque du film, c’était de tomber dans le pastiche gay. Se laisser écraser par les blagues lourdingues, les références appuyées et une tonne de clichés. Lorsque Steven rencontre Phillip, on flirte dangereusement avec cet écueil, tant Carrey et McGregor ressemblent à deux caricatures d’hétéros qui font les folles. J’ai commencé à avoir peur…

Et puis non. Rapidement, les personnages trouvent leur place et le duo d’acteurs trouve une crédibilité troublante. Là où la salle rigole au départ, de voir ces deux stars s’embrasser, on finit par être ému par une histoire d’amour touchante… et hilarante. Car avant tout, I love you Phillip Morris est une putain de bonne comédie !

Si le dernier quart d’heure perd un peu en rythme, le début démarre à tout vitesse, pour ne quasiment jamais nous lâcher. Ma salle de Valentins romantiques et moi nous sommes franchement fendu la gueule toutes les trois minutes, en grande partie grâce aux tronches de Jim Carrey, l’homme élastique au plus haut de sa forme. Tout sauf lourd, les gags sont souvent inventifs et toujours surprenants.

Il faut dire que la vie du bonhomme prête à un tel rythme : on a parfois du mal à croire que l’histoire puisse être vraie tant les situations sont de plus en plus loufoques. Pour finir, la caméra est assez discrète, mais toujours rythmée et les réalisateurs assument complètement leur délire coloré, sans jamais trahir le sujet ni tomber dans le mauvais goût.

En bref : Il faut aller voir I love you Phillip Morris. Parce que derrière ses allures de film ultra-gay, on trouve une comédie universelle, sur un type formidable et dopé par l’amour. Pour couronner le tout, au milieu des gags foutraques, le scénario nous offre des vrais moments émouvants et une grande tendresse pour ses personnages.

Il faudra donc lui pardonner quelques longueurs, un léger cabotinage des deux acteurs et une ou deux grimaces en trop. Ce film est complètement original, bien foutu, hilarant et vraiment rafraîchissant.

Et non, ceci n’est pas un coming-out !