Souviens-toi, l’été dernier.

Ceux qui viennent ici souvent s’en sont rendu compte, le Règne de l’Arbitraire a pris des vacances. Trop de travail, pas de temps, mais surtout, un été encore plus pauvre en cinéma qu’une cérémonie des Oscars. Mais si vous avez la gentillesse de me lire, je vous dois bien un petit récapitulatif.

Si jamais vous avez passé l’été dans une cave, voici dans l’ordre, la critique expéditive de ce qui s’est passé au cinéma :
Harry POtter
Harry Potter et les reliques de la mort : partie 2

Inutile de reproduire un coup de gueule déjà vu, j’aime pas les séries. Comme Twilight et autres bouses du genre qui tirent le maximum de fric d’une saga déjà bien rentable. Bref, Harry Potter c’est nul. Les acteurs sont lisses, à commencer par le héros, la musique est violonneuse, les effets spéciaux sont cheaps et les tentatives du réalisateur pour faire un film sombre sont aussi crédibles que BHL en philosophe. Mais à sa décharge, je l’ai vu en VF, ce qui empire le tout.

En Bref : Il fallait pas aller le voir.

Super 8
Super 8

Pas la peine de s’étendre, l’excellente critique de Devech a déjà tout dit. JJ Abrams caricature son maître Spielberg. Dans les bons côtés, il livre un film assez pêchu, avec deux trois bonnes vannes et des scènes spectaculaires. Mais on a l’impression de revenir en arrière quand les héros regardent le ciel avec des étoiles dans les yeux et malgré ses bonnes intentions, le film n’évite pas la guimauve et les sentiments pré-mâchés.

En Bref : Il fallait pas aller le voir, mais ça passait bien avec du pop-corn.
La guerre est déclarée dis-donc !

La guerre est déclarée

L’histoire d’un nouveau-né qui attrape une tumeur avait beaucoup de raisons pour être pathétique et tire-larme. Heureusement, les scénaristes du film jouent leur propre rôle : l’histoire vraie de deux parents qui se battent. En 23 ans de spectatisme, c’est la deuxième fois que j’ai pleuré devant un film (la première fois c’était pendant la mort de Kevin Costner dans Un monde parfait). Malgré tout, le film est léger, brillamment mis en musique et bien interprété. Dommage que l’image soit si cheap et que certains passages frisent l’amateurisme, notamment la fin, un peu naze. On est pas passé loin du grand film.

En Bref : Il fallait aller le voir. En plus la fille s’appelle Juliette.

Présumé COupable
Présumé coupable

L’histoire vraie d’Alain Marécaux. Un huissier de justice tranquille qui s’est retrouvé accusé de viols répétés sur des mineurs dans l’affaire d’Outreau. C’est l’histoire d’une vie brisée, l’histoire d’un système judiciaire malade qui couvre ses propres incompétences par des erreurs graves. Et cette histoire est puissante, terrassante, importante. Pour la mettre en scène, le réalisateur se contente du minimum quitte à être un peu terne. Mais bon, des fantômes en 3D, ça aurait fait désordre.

En Bref : Il fallait aller le voir. Juste pour l’interprétation époustouflante de Philippe Torreton.

Drive

Drive

Tout le monde en parle. La critique saute sur son siège et Ryan Gosling fait tripper les gonzesses. Réalisateur talentueux, Nicolas Winding Refn fait des plans hyper travaillés sur de la musique chébran. Des filles se font exploser le crâne au ralenti, le héros porte un cuir avec un scorpion dessus et les dialogues sont entrecoupés de silences pesants. On peut trouver ça furieusement moderne. On peut aussi penser que le réalisateur se la raconte un peu, que les acteurs sont amorphes et que les gerbes de sang à répétition exhalent des vieux relents de fascisme. Moi je me suis emmerdé.

En Bref : Il fallait pas aller le voir. Mais quelque part entre Terrence Malick et Quentin Tarantino, il y a tout de même de belles trouvailles.

The Artist

The Artist

Après Drive, c’est l’autre film dont tout le monde parle. Encore une fois, le buzz est un peu trop bruyant, mais il faut reconnaître que le réalisateur est courageux. A l’époque de la 3D clinquante panoramique, il sort un film muet en noir et blanc. Marrant mais pas transcendant, Jean Dujardin prouve qu’il a vraiment une gueule d’acteur américain. On rigole peu mais on sourit souvent et le film se clôture sur une scène de claquette mémorable. Dommage que le réalisateur s’obstine a faire durer les passages mélodramatiques sans jamais savoir s’il fait une comédie old-school, une parodie potache ou une vraie tragédie.

En Bref : Il fallait aller le voir. Parce que c’est le seul film muet que vous verrez cette année et parce que le réalisateur prouve qu’on n’a pas besoin de millions de dollars pour raconter une belle histoire.

Sinon, le film de l’été, vous l’aurez compris, il est juste en dessous.

Pirates des Caraïbes. Fontaine et batailles.

Faut-il aller voir Pirates des Caraibes : la Fontaine de Jouvence ?

A quoi bon vous répondre ? Vous savez très bien ce qu’il y a dans le quatrième épisode des aventures de Jack Sparrow. C’est comme ça. Entre Star Wars, Terminator et Indiana Jones, nous sommes une génération biberonnée aux trilogies qui auraient dû le rester. A chaque fois c’est pareil : les producteurs flairent le pognon et le quatrième épisode flingue la licence.

Mais on s’en fout, on y va quand même.

Alors quoi ? Un nouveau cocktail Rhum-cocard, la fraîcheur en moins. Le capitaine Jack Sparrow part à la recherche de la Fontaine de jouvence sur le bateau du terrifiant Barbe-Noire. Il est accompagné par la jolie Angelica, une ex-nonne vénéneuse qu’il a détourné dans sa jeunesse. Et puis il y a aussi Gibbs et Barbossa, et plein d’autres mecs qu’on est censés connaître, histoire de vendre plus de figurines.

De toute façon, comme d’habitude, l’histoire tient en équilibre sur les épaules de Johnny Depp. Toujours aussi marrant, le capitaine charismatique continue de lâcher des répliques absurdes entre deux effluves d’alcool. Comme d’habitude aussi, les autres personnages sont translucides, à tel point qu’on ne se rend même pas compte qu’Orlando Bloom et Keira Knightley on quitté le navire après le troisième épisode. Vous me direz, c’est pas plus mal.

Pour le reste, c’est du bon boulot : Depp saute partout dans les décors, les scènes d’actions préfèrent l’inventivité à la violence et le film est plus distrayant qu’une partie d’échec. Réalisé sans talent, Pirates des Caraibes 4 est tout de même efficace et il remplit le cadre établi par ses petits frères sans jamais dépasser. La musique nous rappelle les bons souvenirs du premier, et c’est normal, parce que c’est la même.

Maintenant, j’aimerai pas niquer les retrouvailles en famille, mais ça sent trop le bifton pour être honnête. A chaque nouvel épisode, l’effet de surprise s’affaisse et le film ramollit. Comme Donkey-Kong dans Mario-bros, les méchants du premier deviennent de plus en plus gentils à chaque épisode, pour que l’on s’attache à eux. En guise de nouveauté, les scénaristes sortent des vieilles reliques de l’imaginaire pirate (Barbe-noire et la Fontaine de jouvence, merde, et pourquoi pas l’île au trésor ?). Le seul truc cool, c’est les sirènes, mais je dis ça parce que je suis un garçon.

Pire que tout, la démarche alcoolisé, les dreads dégueulasses et l’eye-liner de Jack Sparrow n’ont plus rien de subversif. A l’époque, Johnny Depp avait imposé son personnage pour faire chier Disney, le producteur. Aujourd’hui, le costume du capitaine est présent à toutes les fêtes déguisés. Depp est devenu un produit commercial, quelque part entre Keith Richards et Ronald McDonald.

Mais bon, quand on boit un quatrième Coca, c’est pas pour comparer les cépages.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Pirates des Caraibes 4. Mais l’épisode ne déshonore pas la licence. Bien dosées, l’humour, l’action et l’aventure assurent un spectacle familial de bonne facture et un divertissement plutôt honnête (à part cette foutue 3D qui ne sert jamais à rien et qui coûte les yeux du crâne). Malheureusement, le sentiment de déjà-vu commence à peser lourd, tout comme l’absence totale de surprises et de créativité.

C’est sûr, l’épisode de trop sera le prochain. Et ils le feront, ces cons.

Tomboy. Game Girl.

Garçon ?

Faut-il aller voir Tomboy ?

Avant de lire le reste, lisez ça : Tomboy est un film surprenant, dont il vaudrait mieux ne rien savoir. Je ne peux pas écrire cette critique sans révéler la trame de l’histoire, alors avant d’aller plus loin, allez au cinéma.

Lorsque Mickael déménage, il se trouve des nouveaux copains. Avec eux, il joue au foot torse nu, il se bagarre pour défendre sa petite soeur et il plonge dans les lacs pour impressionner les filles. C’est l’été, tout va bien. Mais ce n’est pas toujours facile de se faire passer pour un garçon. Quand elle rentre chez elle, Mickael s’appelle Laure.

Tomboy n’est pas un film revendicatif au service d’une cause. C’est l’histoire touchante d’une petite fille qui voudrait être un garçon. La prouesse de la réalisatrice, c’est de nous en convaincre : lorsque Laure se promène affublée d’une robe bleue, les spectateurs sont mal à l’aise. Finalement, c’est la féminité de la jeune fille qui est contre-nature.

Dans des tons pastels, le film raconte l’ennui et les découvertes des étés où l’on ne part pas en vacances. Les bandes d’amis, le rôle des filles et les baisers volés. Au-delà de l’innocence : la violence et la peur de la différence. Derrière des jolis sourires, les enfants reflètent l’intolérance des adultes dans un monde où le jugement du groupe l’emporte toujours sur les préférences des individus.

Contemplatif, très peu bavard et rarement démonstratif, le scénario réussit à évoquer un sujet difficile sur un ton léger. Fait rarissime, les enfants jouent bien, et les monologues incohérents de la petite soeur de Laure sont à mourir de rire. Dans la salle de ciné, quelques spectateurs ont d’ailleurs confondu le film avec une grosse farce, riant aux éclats devant les déboires de Laure. Mais Tomboy n’est pas une comédie.

Quand la réalité rattrape la héroïne, le film se durcit. Dans une leçon cruelle, la mère apprend à sa fille que le monde n’a pas d’empathie pour ceux qui nagent à contre-courant. Le film ne raconte pas la suite, et on en reste là. Sur un sourire, il laisse le spectateur seul juge.

En Bref : Il faut aller voir Tomboy. Pour retrouver le cinéma français. Fin, beau et profond, le film réalise la prouesse d’être aussi drôle qu’intelligent. La douleur s’y mélange aux couleurs estivales, les larmes se camouflent dans des batailles d’eau et la cruauté prend des airs de jeux innocents.

En substance, Tomboy raconte la difficulté d’être quelqu’un d’autre, la beauté de la différence et l’équilibre instable du bonheur. Universel.

Morning Glory. McAdams Cow-Boy.

Ou mais dis donc elles sont moches ces couleurs !

Faut-il aller voir Morning Glory ?

Becky Fuller est une connasse en tailleur. Mariée à son travail et à son Blackberry, elle ne vit que pour le rendement, l’audimat et les billets verts. Fatalement, elle a pas de potes, pas de talent et pas de mec. Lorsqu’elle perd son travail, elle se rend à New-York pour devenir rédactrice en chef d’une émission matinale de merde. Pas de chance, le présentateur est un dinosaure, qui a décidé de faire du journalisme.

“A la télé, il y a les news et le divertissement. Il y a longtemps que la deuxième catégorie a gagné”, affirme Rachel McAdams dans une scène. Tout est là. Un peu avant, la héroïne tente de recruter Harrison Ford pour présenter la matinale, mais son producteur l’en dissuade : “Avec lui tu n’auras que des informations sur les cyclones, les guerriers pachtounes d’Afghanistan et la crise du micro-crédit“. Oh non alors.

Working-girl horripilante, Rachel McAdams passe son film à combattre ce journaliste dinosaure qui a gagné le prix Pulitzer et parcouru le monde dans tous les sens. Pour remonter la chaîne, elle envoie ses reporters faire du train fantôme, des tatouages sur les fesses et des fêtes de la choucroute en live. Concrètement, elle transforme Le Monde en The Sun, ça marche, et on est censés trouver ça génial.

Seule opposition à l’enthousiasme ambiant, Harrison Ford campe un vieux con caricatural qui préfère dénoncer la corruption du gouverneur local quand on lui demande d’interviewer un rabbin transexuel déguisé en tortue. Heureusement, A LA FIN, c’est McAdams qui l’emporte et Indiana Jones se résout enfin à ranger sa tenue de grand reporter pour préparer une émission culinaire. YOU-FUCKING-PI !

Et puis merde, les cadrages sont dégueulasses, les couleurs sont affreuses et les acteurs jouent mal. Tout est laid, jusque dans les sentiments de la héroïne, qui tombe amoureuse d’un mec parce qu’il a fait Yale et qu’il était dans l’équipe de rameurs. Et les voilà partis pour des scènes d’amour soft à l’américaine sur des violons sirupeux dégoulinants. BORDEL Qui se dévoue pour dire à Hollywood qu’ils nous pondent les mêmes bouses depuis 20 ans ? Qu’on en a marre du rêve américain auquel plus personne ne croit ? 

Moi ce genre de films, ça me donne envie de devenir Taliban.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Morning Glory. Même si le film m’a arraché quelques demi-sourires. Le fond est trop pourri, la forme est trop convenue. Voir ça après Pina, c‘est sortir de chez Bocuse pour manger des cailloux.

Désolé d’avoir dit la fin.

Shutter Island Resort Paris

Faut-il aller voir Shutter Island ?

Le jeu de mot-titre est minable, mais laissez moi vous rassurer : il n’a aucun rapport avec le contenu de l’article. Il est tard, j’ai du boulot, je suis fatigué, alors ME CASSEZ PAS LES COUILLES PIEDS ! Je dis ça parce que je suis fou. Transition.

Shutter Island se passe dans un asile situé sur une île, en 1955. Deux Marshalls viennent tenter d’y comprendre comment une détenue a pu s’enfuir de sa cellule. Rapidement, il se rendent compte que quelque chose ne tourne pas rond, ce qui, dans un asile, est la moindre des choses.

Martin Scorsese est un réalisateur surestimé. Au risque d’hérisser le poil de nombreux lecteurs, je dirais même qu’il n’a jamais réalisé un film qui soit vraiment bon. Comme si, à chaque fois, on frôlait l’excellence, sans jamais l’atteindre : trop long (Aviator), trop cliché (Les affranchis) ou mal terminé (Taxi Driver)… Comme si à chaque fois, Scorsese laissait tomber une petite vis dans ses moteurs parfaitement huilés.

En revanche, Dennis Lehane n’a jamais écrit un livre qui ne soit pas bon. Mystic River a d’ailleurs donné lieu à un excellent film de Clint Eastwood, quand Ben Affleck a massacré Gone Baby Gone. Bref, de Shutter Island, tout était à craindre comme à espérer.

Ça commence comme un chef-d’oeuvre. Le démarrage, grandiose, imposant, ne lésine pas sur les effets de mise en scène, que le réalisateur maîtrise à merveille. Les couleurs sont travaillées, les imperméables flottent au vent et la musique et le cadrage instaurent directement une ambiance pesante et intense.

Malheureusement, le film alterne en permanence entre le thriller sombre et le mauvais goût criard. Si certaines scènes collent au fauteuil, d’autres, notamment les rêves, sont franchement affligeantes : “Oh chérie, tu es en train de t’enflammer, il pleut des cendres, tiens tu saignes, oh il y’a de l’eau partout, tiens une petite fille flippante. ” Scorsese se prend pour David Lynch, mais il n’a pas son talent. Il se contente d’aligner les poncifs aussi vides qu’ils sont lourds de symbolique pseudo-psychologique.

Pour finir de couler le navire, on assiste également à de nombreux flash-backs pas très fins : des piles de cadavres étalées sur les rails d’un camp de la mort ou un officier allemand au visage déchiqueté. Ces références n’ajoutent pas grand chose à l’intrigue, mais “Quand américain vouloir évoquer le mal, lui toujours faire ainsi”. C’est lourd. Surtout si c’est pour foutre “Arbeit Macht Frei” au dessus-de Dachau, quand n’importe quel consultant historique sait que le panneau est à Auschwitz. Merde.

En bref : Il ne faut pas aller voir Shutter Island. A la rigueur, on peut aller voir la première heure, car Scorsese est assurément un excellent cinéaste et un grand metteur en scène. C’est d’autant plus rageant qu’il rate son film, en mélangeant des scènes absconses avec des kilos de pathos.

Le jeu de Leonardo Di Caprio n’élève pas le niveau. Il se contente de pleurer en serrant les dents rageusement, comme depuis environ 10 films. Quant à la fin, elle est lourde et démonstrative, même si le twist de clôture est pas mal foutu.

Avant de pleurnicher, il faut prendre en compte le fait que j’avais lu le livre et qu’on est toujours déçu dans ce cas-là. Deuxièmement, je l’ai vu en VF avec un son pourri, ce qui m’a mis de mauvaise humeur. Mais bon, ça se voit pas non ?