The Rover. Dumb and driver.

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Faut-il aller voir The Rover ?

Eric fait la gueule dans le désert. Ça fait dix ans que c’est l’apocalypse. La vie n’a plus de sens, il y a des chinois partout et en plus on a volé sa Rover. Eric a les nerfs. A mon avis il va défoncer le prochain tocard qui lui adresse la parole. Surtout s’il ressemble à Robert Pattinson.

Ça commence dans la sueur et la poussière. Les moteurs vrombissent, les pneus crissent et les barbes frémissent. Le silence fait office de punchline. Le héros n’a pas de nom mais une gueule de tueur. Il n’y a ni chapeau ni cache-poussière, mais Sergio Leone est là, sur son cheval, dans le lointain.

Puis le western tourne au road-movie. Pat’s arrive. Crâne rasé, dents pourries. Il sait que c’est son grand rôle, que tout le monde regarde. Le vampire pour adolescentes veut devenir un homme, pas le moment de glisser sur une peau de banane. Mais Pat’s a le soleil dans les yeux. Et surtout, Pat’s a un rôle de merde.

Bardé de cliché, dirigé comme Rain Man, le rôle du gentil débile consiste surtout à répéter les phrases plusieurs fois, a avaler une cuillère de soupe imaginaire et à regarder Guy Pearce de traviole. L’acteur fait le job, mais le personnage n’a aucun intérêt. Pire il tue tout ce qui fait le sel du démarrage.

Plus de silence, plus de mystère, plus de guerrier solitaire. Guy Pearce est un oncle râleur qui fond progressivement face à son neveu autiste. Leurs dialogues patauds et poussifs drainent le scénario de toute sa saveur. Car il est bien maigre, le scénar’. Derrière le héros sombre, il n’y a pas beaucoup plus qu’un héros sombre. Et dans l’oeil de l’idiot, il n’y a rien à voir, à part sa nuque.

Dans un final gratuit, l’histoire vire au grand n’importe quoi. Tout le monde tire dans tous les sens, mais il y a bien longtemps que l’on a perdu toute sympathie pour ces deux ramollos et leur Rover à la con.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Rover. C’est bien posé, parfois bien écrit, et très bien mis en scène. Mais on ne retrouve jamais la finesse d’Animal Kingdom, premier film brillant du réalisateur David Michôd.

A la place, un grand sophisme vide de sens, saturé de violence inutile. En forme de morale explicite, la révélation finale du film se voudrait percutante. Elle me rappelle surtout les rédactions de philo de mon pote Séraphin, qui avait toujours 4 sur 20 et qui vit tout seul dans une boîte au lettre.

Pauvre Séraphin. J’espère qu’il va bien.

4h44 Dernier jour sur terre. Love, finally.

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Faut-il aller voir 4h44 Dernier jour sur terre ?

C’est la fin du monde demain matin. Skye et Cisco s’ennuient un peu dans leur appart New-Yorkais. Ils font l’amour. Elle regarde des vidéos du Dalaï-Lama sur son iPad, il skype ses potes sur son MacBookPro. Je suis sûr qu’ils ont des iPhone. Mais ils vont quand même mourir.

C’est un peu la mode tout le temps : on a vu des palanquées de films sur la fin du monde, traitée sous tous les angles. Du Nanard explosif, au film indie-punk en passant par la comédie romantique et le drame contemplatif, on a regardé mille fois les gens courir en hurlant dans la rue, se jeter dans des abris et faire des partouzes dans des cabanes. Mais à ma connaissance, on a jamais vu ce qui se passerait vraiment pour la vraie fin du monde.

La thèse du film, c’est que la vraie fin du monde ressemblera à un dimanche après-midi de merde, sauf la nuit, où on va tous mourir. Skye et Cisco savent qu’il leur reste une journée à vivre et ils n’ont pas forcément les envies qui dérapent. Elle peint, il parle à sa fille, elle essaye des robes et il la soulève pour faire l’avion.

Volontairement anti-spectaculaire, le film ne manque ni de cinoche, ni d’intensité. La tension est là, discrète, sourde. Elle s’exprime à travers des cadres soignées, une musique accrocheuse et le jeu incroyable de Willem Daffoe.

Face à l’apocalypse, nous sommes impuissants, ou presque. Avec douceur, sans excès de théorisme et une grande simplicité, le film raconte ces deux bobos banals qui redécouvrent l’essentiel : faire l’amour par terre, parler à ceux qu’on aime et boire un coup avec ses potes.

Au passage, le réalisateur soulève des questions intéressantes : la fin du monde est-t-elle une raison suffisante pour se remettre à boire ? Peut-on faire une crise de jalousie juste avant la fin du monde ? A quoi ça sert de danser, si c’est bientôt la fin du monde ?

En Bref  : Il faut aller voir 4h44 Dernier jour sur terre. Parce qu’Abel Ferrara réussit à traiter un sujet lessivé pour en faire quelque chose d’original et d’assez profond, en évitant la pédanterie du film à thèse.

Malgré une scène de sexe assez moche et quelques gimmicks artys, le film réussit sans grand discours à nous démontrer que vivre ne sert à rien, mais qu’à choisir, c’est quand même plutôt chouette.

Perfect sense. Sens interdits.

Faut-il aller voir Perfect sense ?

Michael est un cuisinier antipathique, Susan est une working girl mal-baisée. Le monde court à sa perte. Petit à petit, les gens perdent leurs sens, mais Susan et Michael en trouvent un à leur vie. Mais comment s’aimer, quand on ne peut pas se sentir ?

La fin du monde et une comédie romantique… A priori, il y avait pas mal de risques à verser un ingrédient aussi banal sur un fond aussi sucré. Mais après tout, c’est ainsi qu’on fait les meilleures grenadines. Et de tous les adjectifs à la con qu’on peut lui attribuer, Perfect sense est d’abord un film rafraîchissant.

Oui je sais, mais que voulez-vous…

Au départ, ça commence pas fort. L’histoire d’amour est téléphonée, les gens pleurent dans la rue et une infâme voix off universaliste vient nous donner des leçons sur des images étalonnées à la peinture sépia. Mais rapidement, ces éléments trouvent leur utilité et le film s’envole pour oser pas mal de trucs.

Les sens et les émotions sont utilisés comme des métaphores de nos excès. Mais le film reste exempt de toute morale explicite. Ici, seul compte la dramaturgie et en définitive, il y a longtemps qu’on avait pas vu un blockbuster aussi courageux.

A l’image, l’apocalypse se déroule sans pyrotechnie. Elle est filmée comme un arrière-plan, pour mieux illustrer l’histoire d’amour des deux héros, qui devient progressivement très attachante. Pour peu qu’on ai gardé son âme de jeune adolescente, on sourit bêtement devant leurs ébats et on flippe en entendant la révolte qui gronde.

Au fil du film, l’intensité dramatique gonfle pour se clore sur un final éclatant, qui laisse le spectateur partagé entre une pointe de tristesse et l’envie un peu béate de sourire à son voisin.

En Bref : Il faut aller voir Perfect sense. Parce que les comédies romantiques de la fin du monde ne sont pas si communes, parce que celle-ci est particulièrement intelligente et parce qu’il n’y a pas assez de films qui se passent à Glasgow.

Malgré un démarrage poussif, le réalisateur détourne les codes ultra-classiques qui lui servent de base pour livrer le premier feel good movie apocalyptique que vous verrez de votre vie.

Take Shelter. Parano, père, para-tonnerre.

Flip flop

Faut-il aller voir Take Shelter ?

Curtis LaForche pense qu’il va bientôt pleuvoir beaucoup. Chaque nuit, il rêve qu’un liquide jaunâtre transperce le ciel pour s’abattre sur sa famille, détruire sa ville et tâcher sa chemise. Alors il commence à creuser un trou pour cacher les siens. Mais pourtant, il fait beau.

Enfin, un film différent. Dés les premières images, le réalisateur affirme son indépendance. Ici, les codes, les genres et les familles sont embrouillés dans un scénario qui ne ressemble à rien d’autre. Les cauchemars de Curtis sont flippants comme des films d’horreurs, mais ils sont entrecoupés de longues scènes contemplatives et calmes, elles-même parsemées d’incursions dans le drame psychologique que traverse le héros.

Film catastrophe ? Film d’horreur ? Drame shakespearien ? Ce mélange des genres permet au cinéaste de multiplier les fausses pistes, sans jamais être prévisible. Mais avant tout autre chose, Take Shelter est un film d’auteur à forte personnalité. Après le brillantissime Shotgun Stories injustement snobé par le public, le jeune réalisateur Jeff Nichols continue d’assoir son regard unique, à la fois sobre et sombre. Un peu comme Terrence Mallick, sans les animaux et les monologues.

Malgré tout, on s’ennuie parfois un petit peu devant les silences pénétrés du héros. Sudiste taiseux jusqu’au bout des boots, Curtis LaForche n’est pas vraiment rayonnant. Mais qu’importe, l’interprétation de Michael Shannon suffit à donner de l’intensité à son mutisme. En face de lui, Jessica Chastain confirme que les rousses sont des actrices formidables quand elles ne sont pas Sandrine Kiberlain.

Et après un deuxième tiers un peu ramollo, le final arrive en douceur. Percutant comme un 36 tonnes à 140 kilomètres/heures sur le périph’ et d’une beauté renversante.

En Bref : Il faut aller voir Take Shelter. Parce que depuis que Clint Eastwood fait des films d’histoire casse-couilles, Martin Scorsesse des films pour enfants et Steven Spielberg des films de merde, il ne reste plus que Jeff Nichols pour faire des trucs différents.

Et très franchement, c’est pas du snobisme, mais un film s’apprécie beaucoup mieux dans une salle à moitié vide.

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