Mon âme par toi guérie. Destins cassés.

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Faut-il aller voir Mon âme par toi guérie ?

Frédi est bizarre. Il est gros, dans une caravane, une seize à la main et rien dans l’autre. Rien dans le crâne, rien dans sa vie, il résonne. Et il tombe dans les pommes. Mais quand Frédi pose sa main sur les gens, les gens vont mieux. Et parfois, ils guérissent. Mais peut-on aider les autres, quand personne ne nous aime ?

Comme dans La bataille de Solférino, certains films nous font prendre conscience à quel point les autres sont classiques. Parce qu’on a tous été niqués par les cours de narration du CM1, où il fallait forcément une situation de départ, un élément perturbateur, de l’action et une fin. A tel point qu’aujourd’hui, on devine la conclusion d’un film juste en regardant l’affiche.

Ici, l’élément perturbateur, c’est le personnage principal. Loser un peu sinistre, pas forcément antipathique, mais complètement perché sur les arbres qu’il élague. Et puis ce solitaire chronique décide de faire du bien aux autres. Pas pour Dieu, ni pour être gentil ou se faire mousser, mais parce qu’il va mieux après.

Et le film démarre, comme une vieille mobylette. Le personnage devient intéressant, puis il devient fascinant, et enfin, il devient beau. Le film aussi, abandonnant un scénario que l’on croyait deviner pour nous emmener en hors-piste. Une histoire d’amour naît par surprise et presque par erreur, comme dans la vraie vie. Et tous les éléments qui nous entourent prennent du sens.

La grande réussite du film est de se laisser surprendre par son propre scénario. En séquence perpétuelle, la caméra flotte d’un personnage à l’autre, comme si elle découvrait l’histoire en direct. Au départ perturbant, le procédé apporte une incroyable spontanéité au déroulement du film, tout en laissant au chef opérateur l’opportunité de faire des jolis plans dans le soleil.

Parce qu’ils sont foireux, maladroits, condamnés et blessés, les personnages principaux sont magnifiques. Sans aucune trace de guimauve ou de fruit à coque, ils forment l’air de rien, l’un des plus beaux couples que j’ai vu au cinéma.

Et alors tout est dit.

En Bref : Il faut aller voir Mon âme par toi guérie. Parce que c’est chaleureux comme des petites mains qui s’accrochent à ton ventre sur un scooter. Parce que c’est drôle comme une cinquième bière avec tes vieux potes. Parce que c’est beau comme une plage bretonne sous la grisaille, éclairée par le soleil d’hiver.

Il faut y aller. La Palme d’or et ses starlettes pourront bien vous attendre une semaine. Contrairement à Léa Seydoux, Céline Salette ne fait pas la couverture des tous les magazines parisiens.

Mais putain. Quelle actrice.

Metro Manila. Le con voyeur.

Metro Manila

Faut-il aller voir Metro Manila ?

Si Sean Ellis lit ce blog, je tiens à lui dire que j’ai beaucoup de respect pour lui. Son premier film était trop long, un peu vain et pas tout à fait réussi, mais il y avait tellement d’idées de cinoche à l’intérieur que je m’en rappelle encore aujourd’hui. A ce moment là, beaucoup de jeunes réalisateurs auraient pu se reposer sur leurs lauriers en réalisant des pubs et des bluettes de merde sur la crise des trentenaires.

Mais Sean ne mange pas de ce pain là. Le réalisateur anglais a pris son 5D sur l’épaule, une équipe de 15 personnes, répartie dans deux vans, et il est parti aux Philippines tourner à l’arrache une histoire de braquage avec un casting local. Bravo Sean Ellis. Juste pour ton courage, chapeau.

Malheureusement, dans la précipitation, Sean n’a pas pris le temps d’écrire un scénario. Il a juste vaguement recopié la trame de base d’une cinquantaine de thrillers :

Oscar fuit la campagne avec sa famille pour aller chercher bonheur dans la grande ville. Après s’être fait arnaquer de partout, il se retrouve dans un bidonville avec sa fille malade qui pleure, pendant que sa femme danse en pleurant dans des bars à hôtesses. “Mais qu’allons nous devenir Oscar, mi amor ?” pleure-t-elle. Oscar ne sait pas, parce qu’il pleure en buvant de l’alcool, pendant que sa femme gigote sur les genoux d’un vilain touriste américain. “On pourrait aussi vendre ta fille de 10 ans” ricane la méchante mère maquerelle, pendant qu’Oscar vomit contre un mur.

Soudain, on lui offre une proposition sensiblement illégale mais potentiellement enrichissante qui pourrait tous les sortir de là. Mais que va-t-il faire ? Que va-t-il choisir ? L’honnêteté ou la survie des siens ? By jove, le suspense est insoutenable !

Évidemment, tout cela peine vraiment à nous réveiller, d’autant que ce thriller hyper-convenu surfe sur une stylisation de la misère un peu dégoulinante où le pathos sert de fil directeur. C’est dommage, car on ne sait pas trop où c’est, les Philippines, et encore moins ce qu’il s’y passe. Vraiment dommage : pour une fois qu’un réalisateur sort de son petit milieu pour aller tourner dans un endroit radicalement différent, il faut qu’il y importe les recettes ultra-réchauffées du cinéma américain.

Alors respect Sean. T’es un bon, tout ça, t’as du cran. Mais je crois que t’as encore raté ton film.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Metro Manila. C’est pas mal joué, plutôt bien filmé et tourné avec courage dans un contexte original. Malheureusement, toutes ces jolies qualités ne permettent pas de faire oublier le regard complaisant qui accompagne la descente aux enfers des héros.

Surtout, ces belles intentions ne suffisent pas pour donner de la pêche à une histoire cousue de fils blancs, qui s’oublie au fur et à mesure qu’on la regarde.