Mange tes morts. Pral in.

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Faut-il aller voir Mange tes morts ?

C’est l’histoire de la famille Dorkel qui prend le soleil au milieu d’un terrain vague. Il y a de l’herbe grillée sur le sol, de l’herbe qui grille dans les cigarettes, des saucisses qui grillent sur le grill. Et Fred, derrière les barreaux. Après 15 ans de cabane, le grand-frère retrouve la lumière du jour. Mais il n’a pas changé son fusil d’épaule : il veut tirer des lapins, conduire vite et voler des camions. C’est un Schoraveur.

On ne connaît pas les gitans. Ils nous font un peu peur. Parce qu’ils parlent différemment, parce qu’ils vivent dans un monde parallèle au nôtre et parce qu’en période de vache maigre, les hommes politiques tapent dessus pour fédérer le pays. Et c’est vrai qu’on avait pas hyper confiance dans ce mec qui venait nous proposer de réparer les chaises de la maison pendant qu’on serait au travail.

Pas sûr que le film de Jean-Charles Hue aide à lutter contre la stigmatisation des gens du voyage. En 1h40, les gitans volent de l’essence, tirent sur la police et multiplient les infractions au code de la route, de la chasse, de l’environnement et au code pénal tout court. Et pourtant, le film est une déclaration d’amour vibrante à ces cow-boys des routes départementales.

Le premier écueil d’un film sur les gitans, ça aurait été de jouer l’approche documentaire, le naturalisme béat, du cinéaste bien-pensant qui fait un tour au zoo. Le deuxième écueil, c’était le film politique, le film de gauche, naïf et niais, qui cherche à réhabiliter une communauté en pointant du doigt les méchants flics et la société raciste.

Mais Mange tes morts n’est pas un film “sur les gitans”. C’est un polar. Le reste, Jean-Charles Hue n’en a rien à secouer. Il est là pour les regards, pour l’huile et pour l’adrénaline. Sans prétention ni discours, il raconte une chevauchée folle en BMW. L’histoire de quatre fêlés qui tentent de comprendre jusqu’où on peut secouer la vie, sans risquer de la perdre. C’est le portrait d’un peuple en mouvement, qui s’adapte au monde et s’assagit, avec le regret des chevauchées fantastiques qui ont fait leur légende.

Fred revient, chez des gitans devenus sédentaires et chrétiens. Il a l’oeil fou, une force colossale et le goût passé des années qui sentaient le danger. Et on a beau savoir que cet acteur est amateur, il y a plus de feu dans son regard métallique, que sur tout le visage de Tahar Rahim. L’intensité du mec, sa tendresse et sa folie nous poursuivent longtemps après le film. Comme le reste.

L’impression d’avoir passé une soirée avec des mecs qui vivent la vie comme si le monde pouvait s’éteindre d’une minute à l’autre.

En Bref : Il faut aller voir Mange tes morts. Parce que c’est puissant et sombre comme un space-cake au poivre. Parce que le réalisateur nous immerge chez les gitans comme Scorsese en son temps chez les italiens de Brooklyn.

Et même si le film atteint parfois les limites de son budget, même si le réalisateur semble incapable de mettre en scène les personnages féminins (bon dieu, cette serveuse langoureuse). Il y a dans cette histoire quelque chose de vrai, de libre et de flamboyant qui nous donnerai presqu’en vie d’aller taper du cuivre dans des décharges.

D’ailleurs je vous laisse, mes prals m’attendent dans l’Alpina.

Die Hard 5. Bruce scolaire.

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Faut-il aller voir Die Hard. Belle journée pour mourir ?

La réponse semble évidente. La grosse franchise, étirée jusqu’à la moelle pour engraisser des producteurs, on a déjà dit tout le mal qu’on en pensait ici (oui on parle de nous comme ça maintenant, le Règne est en plein revival Alain Delon dans sa vie).

Malgré tout, on ne parle pas ici d’une énième machine à imprimer des dollars, mais de la série qui a inventé le blockbuster coolos, incarnée par le flic chauve le plus désinvolte du cinéma américain. Et a vrai dire, si vous lisez cet article, vous le savez sûrement déjà, donc je vais pas vous endormir avec l’histoire de Die Hard, parce qu’on s’en fout.

N’empêche, après un quatrième épisode plutôt chouette, ça valait le coup de laisser encore sa chance à John McClane.

Mais non non. C’est fini tout ça. A l’époque, Bruce Willis faisait des blagues en râlant parce que des tarés lui faisaient passer une journée de merde. Mais aujourd’hui, il faut voir plus grand et la série rentre comme tout le monde dans la grande famille du techno-thriller parano-mondial, où tout est contrôlé par des services secrets, des hélicoptères, des avocats véreux et des scénaristes sans inspiration.

Avant l’enjeu était de sauver un immeuble, un avion, New-York où la fille de John. Aujourd’hui, il s’agit de sauver le monde d’un méchant qui veut s’approprier des morceaux d’uranium (pas mieux les mecs, franchement ?). La seule différence c’est que cette fois, on y croit pas.

Pour le reste, c’est scolaire, pas scandaleux, mais sans surprise. L’intrigue est construite à la truelle, Bruce retrouve son fils pour aller de Moscou à Tchernobyl en deux heures dans une voiture pleine d’armes, McClane retente de faire des vannes, mais pour une fois, il ne peut pas prétendre qu’il est là par hasard, et ça tue le sel du film.

En toile de fond, on tente de nous émouvoir sur les relations difficiles d’un père et un fils. Lorsqu’ils s’avouent mutuellement qu’ils s’aiment juste avant de partir au combat, on se signe, et on prie un moment pour une série qu’on a aimé, mais qui a définitivement passé l’arme à droite.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Die Hard. Belle journée pour mourir. C’est un film américain classique et sans saveur, qui se contente de bousiller l’héritage d’une belle série pour attirer le spectateur.

Mais s’il est désœuvré amateur de blockbuster et fan de Bruce Willis, le spectateur peut tout de même y passer un petit moment de nostalgie. Mais à ce prix-là, autant réécouter ses vieilles cassettes de Michel Fugain.

Gangster Squad. Penn perdu.

Faut-il aller voir Gangster squad malgré son affiche affreuse ?

Ouais, après deux ans d’abstinence, je relance le concept moisi des accroches-titre à thèmes. Si t’es malheureux, va donc lire des critiques chiantes sur un site de merde.

C’est l’histoire d’un gros méchant qui règne sur l’argent, la drogue, les jeux d’argent et l’industrie du porno. Face à lui, le LAPD envoie une bande de fachos pseudos-héroïques, mais essentiellement alcooliques, qui sont assez cons pour croire que l’on peut rétablir l’ordre en faisant exploser des casinos.

Ça partait pas ouf, Gangster Squad. Un titre pourri, une affiche à chier, une énième digression sur la pègre, un casting de stars (jamais une bonne idée), avec des dialogues saturés d’oxymores à deux balles opposant “l’empire du vice” et “la cité des anges” (dégage !). Pire, une dissertation sur le mal, que l’on doit combattre par le mal, et une bande de mâles, sous l’insigne du bien, mais qui finissent par ressembler aux voyous qu’ils pourchassent Mein Got ! Mais z’est une véritable zpirale !

Ce qui part mal aussi, c’est cette critique, tellement saturée de parenthèses de d’adjectifs qu’on dirait du Bayon. Passons.

Malgré tout ces défauts pré-supposés, Gangster Squad ne commence pas si mal. Ça cogne, c’est un peu con, mais ça ne manque pas d’énergie. Ryan Gosling rafraîchit l’ambiance avec un personnage de dandy coolos, Emma Stone tient le rôle de la belle meuf sans pour autant être mièvre et Sean Penn cabotine à tous les étages avec le talent qu’on lui connaît.

L’action démarre vite, plutôt bien écrite, agrémentée de jolis plans séquences et d’une bon équilibre entre les vannes et les coups de pression. Mieux, l’ambiance fifties est plutôt bien gaulée, sans pour autant nous assommer de clichés, d’ailleurs ça pourrait bien être les fourties, ou les thirties, mais ça sonne moins bien, et j’irai pas vérifier sur wikipédia, parce qu’on s’en branle.

Pour finir mon éloge, le film commence par quelques bons dialogues et des plans-séquences ambitieux. Tellement qu’on fait l’erreur de croire qu’on a bien fait de venir.

On a pas bien fait de venir.

Au milieu du film, c’est comme si l’équipe de tournage était remplacée par la Team B, celle des mauvais, qui s’occupe de la majorité du cinoche hollywodien. Et là, c’est le drame.

Lors d’une heure finale extrêmement pénible, on nous assène tout : les dissertation moisies sur l’héroïsme et mon pays et mon drapeau, les incohérences scénaristiques scandaleuses, les scènes d’actions à deux balles où on décharge des flingues dans tous les sens en faisant des roulades, Sean Penn avec une mitraillette hurlant aux gentils d’aller s’faire cuire un oeuf en tirant dans un sapin de Noël et SURTOUT, le héros aux mâchoires carrées plissant les yeux pour mieux distinguer l’océan qui lui fait face, avant d’y lancer son insigne et de rejoindre sa famille pour s’y faire chier en sécurité.

Métaphore en voix off, violons, flou-net, générique.

Et lorsqu’on réalise une scène pareille en 2013, ça ne m’étonne plus vraiment que les américains se pointent dans les cinoches pour flinguer tout le monde.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gangster Squad. C’est pourri, bardé de clichés horribles et doté d’une morale réactionnaire et pathétique où l’on suggère que la violence est une solution idéale pour mettre fin à la violence.

Très franchement, j’ai même pas envie de me creuser à trouver une chute. Rien que de penser à celle du grand Sean Penn j’ai les yeux qui piquent.

Django Unchained. La mine de l’Allemand perdu.

Faut-il aller voir Django Unchained ?

Pfff j’ai la pression là.

Je ne sais plus si on arrive à juger Tarantino comme un cinéaste normal. Tout le monde l’attend au tournant. Et tout le monde sort de la salle en extase ou en rogne, hurlant à la lune que c’est un génie fabuleux, ou un illustre imposteur.

Comme le rappelle Kalosystem dans son commentaire, les éloges de la presse sont de plus en plus dithyrambiques à chaque film de QT, alors même que certains n’hésitaient pas à déboulonner Pulp Fiction à l’époque (pourtant bien supérieur à tout le reste de sa filmographie, voir même supérieur à tout en général, sauf au bon fromage). Comme quoi, ce n’est pas un film que l’on juge, mais toujours son réalisateur.

Et c’est un peu normal. Parce que personne ne peut oser faire la même chose que lui sans se ramasser. Pire, si un jeune cinéaste s’était pointé avec le même scénar et les mêmes idées de réal (“Je… je voudrais rendre ses lettres de noblesse au zoom ultra-rapide sur les yeux des méchants, faire des blagues sur l’esclavage et balancer du gangsta rap sur des scènes de chevauchées”) il n’aurait jamais trouvé de producteur pour prendre le risque de le financer.

C’est pourquoi Quentin est précieux. Parce qu’il est foncièrement unique, parce qu’il fait absolument ce qu’il veut et, bondieu, parce qu’il a un talent fou pour écrire des dialogues.

Dés le départ, on retrouve le style inimitable du maître de la série B : des acteurs aux sommets et des discussions interminables qui se terminent toujours en parties de flingues. Christoph Waltz scintille d’humour et de décalage, Leonardo Di Caprio excelle dans le rôle du méchant mielleux et la palme revient à Samuel L. Jackson, qui déploie toute sa gouaille et sa méchanceté dans le meilleur rôle de sa belle carrière. A leurs côtés, Jamie Foxx tient bien son rôle-titre, mais ne peut s’empêcher d’apparaitre plus terne que les monstres qu’il côtoie.

Plus classique que Kill Bill ou Reservoir Dogs dans son découpage, le scénario laisse un peu tomber le suspens des premiers films pour s’orienter d’avantage vers la comédie. Parfois inégal et un poil longuet, Django n’a pas le rythme endiablé des premiers, mais il perd en tension dramatique ce qu’il gagne en humour. L’absurde n’est jamais loin, QT se lâche comme un môme, fait voler les personnages qui prennent une balle et pérore sur la difficulté de chevaucher correctement lorsque l’on porte un masque du Klu Klux Klan. L’air de rien, il propulse d’emblée pas mal de scènes dans le royaume des moments cultes, où elles s’en vont retrouver le reste de sa carrière.

Et face à tout ce talent, on applaudit, on en redemande. Et aussi, on se dit qu’on aimerait bien qu’un jour, Tarantino aille au-delà de l’hommage génial et de la grosse marade. Qu’il coupe la musique une fois, pour que l’on voie vraiment ce qu’il y a dans le coeur de ce clown, quand il rentre chez lui tout seul.

Parce qu’à force, on attend tellement ses films que l’on ne peut s’empêcher d’être toujours un peu déçu. C’est la malédiction des génies, mais au moins, elle épargne Philippe le Guay.

En Bref : Il faut aller voir Django Unchained. Et ça vaut pour toute la carrière passée et future du cinéaste le plus hors-norme d’Hollywood. Parce qu’on est toujours surpris, parce qu’on rigole d’un bout à l’autre et parce que chaque plan d’un film de QT transpire l’amour du cinéma.

Mais malheureusement pour les fans exigeants, ce n’est pas ici que Tarantino atteint la cime de son art. Le rythme est un peu trop claudiquant et l’ensemble manque de la petite étincelle d’énergie qui aurait pu faire passer ce très bon film à l’étage des chefs d’oeuvres.