The Voices. Kill-Cat, have a (nervous) break.

The-Voices

Faut-il aller voir The Voices ?

On s’en fout un peu. De toute façon le film n’est plus visible qu’à Saint-Gratien et Franconville. Alors à quoi bon en parler ? Allez ! Après tout, une bonne critique se lit après le film, sous la douche, tranquillement enroulé dans un rideau avec des bigoudis dans les narines.

Right ?

C’est l’histoire d’un mec qui confond la vrai vie et le Prozac. Il s’appelle Jerry. Il est pas bien. Tendu. Gentil pourtant, timide, amoureux et presque irréprochable, si on oublie son penchant pour le meurtre violent et le démembrement arbitraire. “C’est pas moi”, répond Jerry, les yeux ronds, “c’est mon chat”. A d’autres.

60 ans après Persepolis, Marjane Satrapi creuse son sillon. On la pensait éteinte, condamnée à n’être que l’auteur d’une biographie géniale, parce que sa vie elle-même était impressionnante. Pas du tout. Depuis qu’elle a quitté l’Iran, Marjane a pris beaucoup de drogues, et ça lui réussit pas mal.

Sur le fond comme sur la forme, The Voices est un grand buvard d’acide. Le héros est un malade carabiné, qui décapite les femmes qu’il aime, la majorité de ses dialogues consistent à débattre de questions morales avec son chien et son chat et, sans vous révéler la fin, je me contenterai de dire que le générique de clôture mérite largement de se taper le reste.

Parce que, comme toutes les drogues dures, The Voices ne dure -justement- pas éternellement. Après nous avoir enroulé dans sa comédie noire et colorée, Marjane nous abandonne soudainement. On se réveille avec la gueule de bois dans un grenier qui pue la pisse avec un chat chelou et des tuperwares ensanglantés partout. C’est horrible, plus drôle du tout et un peu dégueulasse.

L’effet est puissant. Perdu, le spectateur ne sait plus s’il doit continuer à se marer, ou s’excuser d’avoir autant rit devant un spectacle horrible. Mais Satrapi elle-même ne semble pas trop savoir où elle veut en venir et ce qu’elle veut nous dire. Alors plutôt que de faire face à la noirceur de son pitch, elle préfère reprendre une pilule, éviter de se poser trop de questions et empaqueter le tout dans un festival de WTF fluorescent.

(Bonjour maman, WTF c’est l’acronyme anglais de “What the Fuck”, c’est ce qu’on dit quand les gens font n’importe quoi, comme quand papa imite le rire des gens très fort au restaurant pas exemple. Bisous.)

Tant pis, on n’essaiera pas de trouver un message derrière le délire. Mais ça fonctionne quand même. Parce que c’est enlevé, barré, un peu lâche mais foncièrement libéré des codes du cinéma classique.

Même en couleur, même sur pellicule, Marjane Strapi continue de faire des dessins animés.

En Bref : Il faut aller voir The Voices. Enfin il fallait y aller. C’est un peu creux, mais plutôt marrant, très bien interprété et largement plus original que tout ce qu’on nous livre en ce moment. En tout cas, certainement plus courageux que toute la filmographie de Daniel Auteuil.

Pardon Daniel. Nothing personal. T’étais là, j’ai tiré. A quelques secondes près ça aurait pu être Marion Cotillard.

The Master. Secte Symbole.

Faut-il aller voir The Master ?

C’est l’histoire d’un fou qui rencontre un fou. Le premier est plus con. Le deuxième est plus fou. C’est comme ça qu’on crée un secte. Ça tombe bien, le deuxième vient d’écrire un livre sur la physique nucléaire, les vies antérieures et l’hypnose sous alcool.

J’ai écris ça il y a trois jours et depuis je sèche. Faire le malin pour démonter un film, ça vient tout seul. Mais devant un mec comme Paul Thomas Anderson, on se sent tout petit. J’en serai presque d’accord avec tous les tocards qui commentent que “ta ka réalisé dé films si t si fort pour critiké” (n’empêche, c’est quand même des tocards).

Donc voilà. A l’heure où tous les critiques ont le mot “chef d’oeuvre” à la bouche, à l’heure ou Ben Affleck gagne des Golden Globes devant tout le monde et à l’heure où les gens écrivent “à l’heure où” tout le temps comme ça pour donner du poids à leurs paragraphes ; et bien à cette heure là, on ne sait plus trop ce que c’est le talent.

Spielberg ? Scorsese ? Cameron peut-être ?

Non évidemment. Ce sont tous des faiseurs. Des mecs plutôt doués, qui ont les moyens d’en avoir, un bon sens du cinoche et une capacité a utiliser les grosses recettes avec suffisamment d’intelligence pour que ça se voit pas trop. On fait du pitch au kilomètre, des belles affiches et des figurines en plastique.

Mais le vrai talent, il est entre les mains de mecs comme Paul Thomas Anderson. Des types qui ne respectent absolument pas la chronologie de l’histoire, l’équilibre du scénario, le timing des péripéties où même les règles les plus élémentaires du montage et de la disposition des caméras.

Tout ça, Anderson s’en fout. Il voit. Un peu comme les peintres, qui décidaient de faire le ciel en rouge ou des meufs carrées, parce que c’est comme ça qu’ils les voyaient. PTA adapte les règles à ce qu’il veut montrer et ce qu’il veut dire. Certes, il y a une histoire, mais surtout, il y a des scènes puissantes, des ambiances pesantes et une véritable flamme d’auteur qu’on ne verra jamais dans la filmographie de Ben Affleck.

Dialogues hypnotisants, plan-séquences admirables, direction d’acteur parfaite, The Master est un film qui respire le génie et l’intelligence d’un bout à l’autre. Comme devant les autres films du maître, on est pas toujours emballé, parfois un peu paumé et il arrive même qu’on s’emmerde un peu sur la fin.

Et pourtant, ce film terminera à coup sûr dans les meilleurs films de 2013. Allez comprendre…

En Bref : Il faut aller voir The Master. Parce que le cinéma d’Anderson est unique. Parce que plus tard, on achètera son intégrale en DVD et qu’on la rangera sur notre étagère d’intello, entre Kubrick et Kurosawa (contrairement aux apparences, elle ne sera pas rangée dans l’ordre alphabétique).

Et aussi parce qu’il y a une photographie à s’enlever les yeux à la cuillière, Philip Seymour Hoffman dans son meilleur rôle et une analyse du charisme et de la manipulation qu’on avait pas vu depuis Fight Club.

Et Fight Club, lapin, c’est la Bible.