Maps to the stars. Happy Fous.

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Faut-il aller voir Maps to the stars ?

C’est l’histoire d’une famille dysfonctionnelle qui s’appelle Hollywood. C’est l’histoire des enfants fous, de l’argent roi et la même chose dans l’autre sens. C’est l’histoire d’un inceste, d’un incendie, de la violence et de la folie. C’est l’histoire de nous, puissance mille. C’est l’histoire des happy few, les dessous des tapis rouges et les coulisses des siphonés du trombonne.

Youhou, je peux écrire n’importe quoi, parce que de toute façon c’est n’importe quoi. Ces derniers temps, Cronenberg avait disséqué la violence, étudié un peu de russe et lu pas mal de psychologie, alors il en a eu marre, et il a décidé de faire une comédie punk sur le star-system.

Et ça a beau être aussi barré, expérimental et radical que d’habitude, c’est bien la première fois qu’on comprend le message sans faire d’effort. Probablement parce qu’il est un peu naïf, voir ultra-convenu : “le système d’holywood c’est des cons wesh, et les stars c’est des égocentriques”. Sans dec’ David ? Toi aussi t’as vu Celebrity, Sunset Bouelvard ou l’un des quarante-cinq autres films sur le sujet ?

Dans des scènes un peu répétitives, Julianne Moore se couvre de ridicule en jouant une actrice pathétique. C’est bien joué et vaguement drôle, mais derrière le format intello, il n’y a guère plus que les grosses ficelles d’une comédie facile et grassouillette. Il en va de même pour le personnage de John Cusack, gourou vénal et obsessionnel qui rappelle un peu le Tom Cruise de Magnolia en mille fois moins bien.

Donc c’est pourri ? Cronenberg a mangé Jude Appatow ?

Non, heureusement. Il l’a digéré. Le film est sauvé par les deux personnages les plus jeunes. Complètement flingués par le système, il leur reste pourtant encore assez d’humanité pour se rendre compte qu’ils sont cintrés. Dans le rôle principal, Mia Warsikowska impose une véritable douceur à son personnage, schizophrène imprévisible, qui tente de sauver le monde en faisant cramer ses proches.

Aux deux tiers, il y a presque de la tendresse, et donc de l’émotion, entre le frère et sa soeur. Mais David a décidé qu’il ne sauverait personne, donc le film part en fumée, dans un final trop grandiloquent pour être honnête.

En Bref : Il faut aller voir Maps to the stars. Parce qu’il y a de la force, des sacrés acteurs et parce que le plus mauvais film de Cronenberg est toujours plus intéressants que le meilleur de Guy Ritchie. L’humour y est allègrement grinçant et la folie plutôt douce.

Mais tout de même, à force de nous dire que ses personnages sont tous des psychopathes, sans vraiment chercher à les sauver, le réalisateur prend le risque de perdre son spectateur : “Puisqu’ils sont tous abjects, qu’ils brûlent”.

On en a pas grand chose à foutre.

Effets secondaires. Xanax la menace.

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Faut-il aller voir Effets secondaires ?

C’est l’histoire d’une fille déprimée avec un accent slave et d’un psychologue enteté, avec un accent circonflexe. Quelqu’un tue quelqu’un mais c’est l’autre qui se retrouve dans la merde. A moins que la troisième n’ait tout manigancé, sauf qu’en fait tout est faux, mais j’ai pas bien compris.

On aime beaucoup Steven Soderbergh par ici. Même quand le type ne fait aucun effort, ses long-métrages ont plus de gueule que n’importe quel César du meilleur film.

Mais comme disait Stephen Hawking, il n’y a pas que l’apparence dans la vie. Enfin c’est ce que j’ai cru entendre.

Bon bon bon… ça va plus du tout là. Pas écrit de critique depuis une semaine, j’suis tout rouillé. Vannes de merde, accroche molle, si je chute sur une référence pédante, Télérama va me proposer un CDD. Faut que je me reprenne.

Donc c’est beau. Y’a du flou, du net, du entre-les-deux, de jolis mouvements et des plans-séquences qui glissent. Mais pas que. Contrairement à Magic Mike qui nous en foutait plein la gueule sans se fouler, Effets secondaires se permet aussi quelques passages bien moches, qui sentent un peu le manque de moyen et l’éclairage à l’arrache.

En même temps, la plupart des lecteurs se foutent pas mal de l’image. Et en même la plupart des lecteurs, ne lisent pas ce blog. Et en même temps je fais ce que je veux, c’est chez moi, si j’ai envie d’écrire “poivron”, je l’écris, et chez eux, des gens que je connais pas pourront lire “poivron”.

L’image est inégale donc, mais les critiques m’assurent que le scénario est censé nous coller au siège. C’est vrai qu’il fonctionne plutôt bien, et qu’associé à une musique entêtante et à l’air hagard de Jude Law, il pourrait presque nous faire froncer les sourcils dans le mystère. Mais encore une fois, certains passages sentent un peu trop la dilettante pour que le tout soit percutant.

Je rentrerais bien dans les détails, mais ça m’saoule, et en plus ça niquerait la surprise. En gros, il y a un gros vide juridique dans la dernière partie, pas mal d’imprécisions sur le contrôle des patients en cliniques-prisons et malgré tout, on devine la fin longtemps avant d’en voir les oreilles.

Surtout, le réalisateur a la main lourde sur les clichés : un transfert psychologique qui vire à la relation lesbienne, à peine digne d’un fantasme d’ado, le bon-vieux coup de la discussion révélatrice, suivie d’un “Hop j’avais un magnétophone dans ma culotte” et l’éternelle histoire du héros qui se noie dans son enquête alors que sa femme ne le reconnaît plus tellement qu’il a oublié d’aller chercher le petit à l’école.

En gros il faisait beau, alors Steven a fait un film. Mais un moment il faut taffer, si on veut faire autre chose que des romans de gare bien gaulés.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Effets secondaires. C’est joli, pas trop mal rythmé et bien interprété. Mais le scénario allie une grande ambition avec des moyens moyens. Au-delà de ça, je crois qu’on en a un peu marre des histoires de thriller et de manipulation qui font le maximum pour nous surprendre à la fin, au lieu de s’atteler à écrire une bonne histoire.

Et je sais bien que l’arrivée du soleil n’est pas une excuse pour écrire n’importe quoi sur ce blog. Mais ça fait tellement de bien…

Poivron.

7 psychopathes. Les 7 mecs vénères.

Faut-il aller voir 7 Psychopathes ?

C’est l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées, mais un titre : 7 Psychopathes. Il décide d’écrire l’histoire d’un scénariste qui n’a plus d’idées mais un titre : 7 Psychopathes.

Quand j’étais petit, j’aimais beaucoup m’interroger sur l’infini en fixant le bonhomme sur les paquets de chips à l’Ancienne ou les boucles d’oreilles de la Vache qui rit. Depuis la nuit des temps (enfin vers 11h) les mises en abyme sont à la fois une source inépuisable de rigolade, et un procédé qui devient rapidement casse-gueule quand on fait le malin avec. Tout dépend de l’habileté du réalisateur.

Quand il est doué, ça donne Scary Movie : “C’est drôle, on se croirait dans un film” “Mais c’est un film chérie, regarde y’a le réalisateur, la scripte, les machinos…”. Mais parfois, ça donne aussi Mais qui a re-tué Pamela Rose ? : “Il est vraiment naze, ce scénario”, et c’est pas drôle, parce que c’est vrai.

Mais derrière sa gueule de pub pour Gilette, Martin McDonagh, le réalisateur et scénariste de 7 Psychopathes n’est pas un tocard : il a déjà démontré une maîtrise de l’humour absurde (rarissime au pays du premier degré) excellente dans Bons baisers de Bruges. Et ça se ressent dés le début du film : les dialogues sont fins, suspendus, un peu stupides et très drôles. Le montage est pêchu et les clichés sont malmenés.

Pendant que Colin Farrel s’occupe d’être plat et de rendre le film bankable, l’excellent Sam Rockwell et le mythique Christopher Walken s’attachent à le rendre attachant. Au bout d’une heure de flingues et de truands, le scénariste déclare qu’il en a marre de la violence et qu’il aimerait que ses personnages partent discuter dans le désert sans duel final. Et c’est ce qu’ils font.

Malheureusement, il ne va pas jusqu’au bout de son délire. Après une moitié en roue libre, il finit par reprendre la route du film classique pour livrer une fin un peu bancale, usant et abusant du procédé de l’abyme, au risque de se répéter. Surtout, il prouve qu’il a écrit le début sans savoir où il allait.

Mais à l’époque du film bande-annonce où n’importe quel long-métrage doit tenir dans un pitch de 3 minutes, ça fait vraiment plaisir d’être paumé.

En Bref : Il faut aller voir 7 Psychopathes. Malgré sa promo bâclée, qui le fait ressembler à un énième film de beaufs avec des flingues, malgré son déroulement bordélique et malgré un final pas hyper réussit.

Il faut y aller si vous en avez marre de voir toujours les même films venir d’Hollywood, si vous aimez l’audace, les blagues sans chute et si vous préférez la discussion qui le précède au meurtre en lui-même.

The Master. Secte Symbole.

Faut-il aller voir The Master ?

C’est l’histoire d’un fou qui rencontre un fou. Le premier est plus con. Le deuxième est plus fou. C’est comme ça qu’on crée un secte. Ça tombe bien, le deuxième vient d’écrire un livre sur la physique nucléaire, les vies antérieures et l’hypnose sous alcool.

J’ai écris ça il y a trois jours et depuis je sèche. Faire le malin pour démonter un film, ça vient tout seul. Mais devant un mec comme Paul Thomas Anderson, on se sent tout petit. J’en serai presque d’accord avec tous les tocards qui commentent que “ta ka réalisé dé films si t si fort pour critiké” (n’empêche, c’est quand même des tocards).

Donc voilà. A l’heure où tous les critiques ont le mot “chef d’oeuvre” à la bouche, à l’heure ou Ben Affleck gagne des Golden Globes devant tout le monde et à l’heure où les gens écrivent “à l’heure où” tout le temps comme ça pour donner du poids à leurs paragraphes ; et bien à cette heure là, on ne sait plus trop ce que c’est le talent.

Spielberg ? Scorsese ? Cameron peut-être ?

Non évidemment. Ce sont tous des faiseurs. Des mecs plutôt doués, qui ont les moyens d’en avoir, un bon sens du cinoche et une capacité a utiliser les grosses recettes avec suffisamment d’intelligence pour que ça se voit pas trop. On fait du pitch au kilomètre, des belles affiches et des figurines en plastique.

Mais le vrai talent, il est entre les mains de mecs comme Paul Thomas Anderson. Des types qui ne respectent absolument pas la chronologie de l’histoire, l’équilibre du scénario, le timing des péripéties où même les règles les plus élémentaires du montage et de la disposition des caméras.

Tout ça, Anderson s’en fout. Il voit. Un peu comme les peintres, qui décidaient de faire le ciel en rouge ou des meufs carrées, parce que c’est comme ça qu’ils les voyaient. PTA adapte les règles à ce qu’il veut montrer et ce qu’il veut dire. Certes, il y a une histoire, mais surtout, il y a des scènes puissantes, des ambiances pesantes et une véritable flamme d’auteur qu’on ne verra jamais dans la filmographie de Ben Affleck.

Dialogues hypnotisants, plan-séquences admirables, direction d’acteur parfaite, The Master est un film qui respire le génie et l’intelligence d’un bout à l’autre. Comme devant les autres films du maître, on est pas toujours emballé, parfois un peu paumé et il arrive même qu’on s’emmerde un peu sur la fin.

Et pourtant, ce film terminera à coup sûr dans les meilleurs films de 2013. Allez comprendre…

En Bref : Il faut aller voir The Master. Parce que le cinéma d’Anderson est unique. Parce que plus tard, on achètera son intégrale en DVD et qu’on la rangera sur notre étagère d’intello, entre Kubrick et Kurosawa (contrairement aux apparences, elle ne sera pas rangée dans l’ordre alphabétique).

Et aussi parce qu’il y a une photographie à s’enlever les yeux à la cuillière, Philip Seymour Hoffman dans son meilleur rôle et une analyse du charisme et de la manipulation qu’on avait pas vu depuis Fight Club.

Et Fight Club, lapin, c’est la Bible.