Jeune et jolie. Tapin perdu.

JeuneEtJolie

Faut-il aller voir Jeune et Jolie ?

Contrairement à son prénom, Isabelle a 17 ans. Comme tous les ados de son âge, elle flotte quelque part entre le Beaucoup et le Rien. Entre le Jeune et le Jolie. Entre le Sexe et le Pognon aussi. Mais surtout au milieu.

En 2011, une jeune fille se tapait déjà des vieux dans des chambres d’hôtels. C’était sombre, érotique, dégueulasse, dérangeant. Il faut croire que le fantasme est récurrent. D’ailleurs, dans les films d’Ozon, il y a souvent trente ans d’écart entre les gens qui baisent, en vrai ou en rêve. Très bien.

Avant le cul, l’amour ou son absence, Jeune et Jolie parle de l’adolescence. Mais comme les ados, Jeune et Jolie ne parle pas beaucoup et n’explique rien. Ça tombe bien. C’est l’écueil de tous les films sur la jeunesse : tomber dans l’analyse, évoquer la cause des conséquences, la psychologie à deux balles et les mythes grecs à la con.

Si on oublie (on essaie, mais c’est dur) sa sortie cannoise un peu bête sur les fantasmes féminins, François Ozon évite presque entièrement le piège de l’analyse. Allez, c’est un film français, alors on se tape un petit psy lénifiant, des discussions parentales mais globalement le scénario évite de donner des réponses.

L’autre écueil, c’est de faire l’inverse : ne rien dire en prenant des poses. Ozon se noie dedans les pieds devant. Soucieux de ne pas imposer sa vision, il en oublie complètement d’avoir un point de vue. Isabelle prend le métro, Isabelle regarde un porno, Isabelle fait du baby-sitting et on finit franchement par se demander quand est-ce que la jeune fille va se rendre au zoo, à la ferme et au cirque, pour voir si elle va enfin perdre son air blasé.

Faute de mieux, le réalisateur fait du symbolisme lourdingue : quand Isabelle fait l’amour pour la première fois, son double la regarde, pour bien que l’on comprenne qu’elle est hors d’elle même. Sur le Pont des arts, elle refuse de le faire le premier soir. Et Françoise Hardy revient à trois reprises nous chanter les sous-titres.

Après une suite d’évènements assez insignifiants, on pige que le cinéaste a monté cette grande pantalonnade racoleuse pour nous dire un seul truc : les ados sont mal dans leur peau.

Ouais Fanch. Et les pommes c’est sucré. Tu devrais peut-être faire un film pour nous l’expliquer.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Jeune et Jolie. Le film ne sait pas choisir entre dire et se taire, entre la comédie et la noirceur, entre le fromage ou le dessert. Et en définitive, on s’emmerde un peu devant cette histoire sans âme et son héroïne qui tire la gueule.

Quant aux amateurs d’adjectifs ronflants qui ont osé écrire que le film était “sulfureux”, ça doit faire longtemps qu’ils ont pas respiré de souffre.

Jeune et Jolie, c’est bandant comme un 15 août à Palavas-les-Flots.

Dans la maison. Ozon le huis-clos.

Faut-il aller voir Dans la maison ?

Comme son nom l’indique, Germain est un prof de français qui s’ennuie. Alors il décide de manipuler un jeune élève trop curieux, sous couvert de lui apprendre à écrire. Il s’appelle Claude, et il aime bien s’infiltrer chez les gens pour raconter leur médiocrité. Mais si la vraie médiocrité, c’était celle de Germain ?

Résumé de merde, j’en conviens. Mais il n’est pas facile de traiter cette histoire en quelques lignes. Une fois n’est pas coutume dans le cinoche national, on ne sais pas trop où classer ce film. Thriller, comédie, drame… On rit pas mal, mais on sent que ce n’est pas le but principal, qu’il y a un propos, et beaucoup plus qu’un Fabrice Luchini qui gesticule.

Et pourtant il le fait bien. Face au jeune et impressionnant Ernst Umhauer, le vieux cabot énervant oublie un peu ses mimique pour habiter le rôle de ce prof pervers. Leur duo d’acteurs, épaulé par l’impeccable Kristin Scott Thomas, justifie à lui-seul d’aller voir le film.

Sur le fond, l’histoire peine parfois à définir son propos et quelques rebondissements sentent un peu le fond de casserole et le romantisme concon, mais dans l’ensemble, le scénario brille par sa finesse et sa fluidité. Passé quelques minutes, on est happé par l’histoire, à en oublier que le pop-corn est trop mou et l’automne trop froid. Sans ressembler à un dissert’, le scénario dit plein de chose sur le cinéma, le voyeurisme et la façon de raconter une histoire.

Quant la fin survient, un peu mollassonne au vu de la montée dramatique, on reste quand même jusqu’à la fin du générique, habité par les personnages et la ritournelle obsédante des violons de la bande-originale.

En Bref : Il faut aller voir Dans la maison. Pour la beauté discrète des cadrages, pour l’éclat de mystère qui flotte en permanence dans les yeux du jeune héros et pour les quelques blagues efficaces qui ponctuent ce thriller psychologique.

En plus, il y a Yolande Moreau qui joue deux jumelles tentant de comprendre l’art contemporain. Et ça, mes lardons, c’est comme du fromage fondu sur une tartine aux céréales, à l’heure où la nuit d’octobre enveloppe la butte Montmartre.