L’amour dure trois ans. Roman-toc.

Faut-il aller voir L’amour dure trois ans ?

Marc Marronnier n’a pas de problème. C’est bien son problème. Entre deux critiques de bouquins, il se déglingue les cervicales dans des boîtes branchées en collant son nez pointu dans le corsage de mannequins russes. Marc Marronnier connait tellement de monde qu’il ne paie jamais ses verres. Mais quand il dessaoule, il déprime. Après son premier divorce, Marc décide que l’amour est mort. Mais comme il a très envie de sauter sa belle sœur, il tente de se convaincre qu’il l’aime. Dilemme.

Que Frédéric Beigbeider se rassure, l’amour qu’il porte à sa propre personne semble inaltérable. Dans cette autobiopic narcissique, l’écrivain raconte sa vie sans pudeur, en poussant le vice jusqu’à modifier la physionomie de l’acteur principal pour augmenter leur ressemblance. Bien-sur, le portrait dressé est largement critique, mais en amour, on aime aussi les défauts.

Finalement, on retrouve mot pour mot la causticité, la futilité et l’ironie des bouquins de l’auteur. La plupart du temps, Gaspard Proust récite des passages du livre face caméra, quand ils ne sont pas carrément écrits sur l’image. Le procédé ne fonctionne jamais mais il souligne l’incapacité de Beigbeider à transposer son livre au cinéma.

Comme d’habitude, ça marche quand même : on rigole quelques fois et Beigbeider continue de raconter la même historie en boucle avec un style enlevé. Les héros évoluent dans des soirées privées où des édiles VIP se roulent dans l’hédonisme pendant que les provinciaux font la queue dehors.

En revanche, comme d’habitude, il évite soigneusement d’effleurer le fond. Comme dans Shame ou le dernier Cronenberg, le réalisateur se demande comment créer une relation stable dans un monde où la poursuite aveugle du plaisir occupe toutes les affiches publicitaires. Sa réponse sonne aussi faux que le jeu de Louise Bourgouin, encore plus horripilante que dans le Grand Journal.

Je suis trop jeune pour jouer les experts, mais on dirait que Beigbeder n’a rien compris à l’amour. Il geint. Les yeux tellement plantés dans son nombril, qu’il est incapable de voir que la solution serait peut-être de s’intéresser au monde qui l’entoure.

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’amour dure trois ans. Quelques bonnes vannes, un discours réchauffé et une forme un peu faiblarde, c’est tout. Beigbeder nous livre son film en filmant son livre. C’est rigolo deux minutes, et on oublie tout dés le générique.

Avec ses éternelles histoires éculées d’hédonistes cyniques et branchés qui se champagnent la gueule dans des boîtes à la mode, il est arrivé un truc incroyable à Frédéric Beigbeder : il est devenu has-been.

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