Vice Versa. Cauchemar et Freud.

Film-Inside Out

Faut-il aller voir Vice-Versa ?

J’aime pas les geeks.

Et ça m’énerve de voir tous les magazines de France faire des doubles-pages sur “la revanche des nerds” comme si on était en 2004, mélangeant gaiement 4Chan, Anonymous et les fucking Cosplays, à grand renfort de “génération Y” et de “Web 2.0″.

Mais à part dans vos concepts marketing pourris et chez les sociologues approximatifs du Nouvel Obs, elle est où, la revanche des geeks ? Des ados de trente ans, à mi-chemin entre la queue de cheval et la calvitie, qui se bousculent à l’avant-première des Minions avant d’aller se finir sur un blind-test Disney dans un bar Star Wars, ça vous excite ?

Putain.

Quand j’étais jeune, en mai 1977, on prenait du LSD dans des concerts sauvages, on se perçait l’arcade sourcilière nous-même et on baisait sur des escabeaux. On était peut-être plus cons, mais on était sûrement moins niais.

J’aime pas les geeks. Alors j’ai pris mon M16 et j’ai été voir Vice-Versa, avec un rictus de bâtard et ma mauvaise foi en bandoulière. Pour être sûr de le flinguer, j’ai été le voir en VF. Le piège était tendu.

Et je suis ressorti bouleversé.

Pas seulement parce que l’animation est superbe, pas seulement parce que c’est drôle, tendre, malin et foncièrement intelligent. Mais surtout, parce que Pete Docter, le réalisateur, démarre sur un concept et le tient jusqu’au bout. Et ça, tu respectes.

On est dans la tête de Riley, et ses émotions discutent. Là où beaucoup se contenteraient d’un pitch sympa pour tisser une histoire banale, les mecs de Pixar déroulent leur métaphore pendant une heure trente, sans jamais dévier : l’organisation du système de souvenirs, d’inconscient et de matérialisation des concepts est tellement pointue qu’elle pourrait faire office de surface pédagogique pour le CNRS.

C’est brillant. Et lorsque cet outil est mis au service d’un propos hyper fin sur le passage à l’âge adulte et l’apprentissage de la mélancolie, ça devient génial. Après un petit ventre mou à mi-temps le film reprend des forces et décolle très loin au-dessus de la comédie maline, pour taquiner la beauté pure, les histoires éternelles et les sommets de l’intelligence.

Il n’y fait pas très chaud, mais on y trouve des émotions tellement hautes, qu’elles ne fondent jamais.

En Bref : Il faut aller voir Vice-Versa. Même si, comme moi, vous êtes déjà un vieux con paranoïaque, et vous considèrez Walt Disney comme un satyre qui a lavé le cerveau d’une génération. Même si vous êtes traumatisés par les princesses stridentes et les chiens hystériques. Sortez de votre caverne. Ici, on ne parle pas d’animation, mais de cinéma.

J’aime pas les geeks, pas tous, mais je crois bien qu’une poignée d’entre eux vient de nous livrer l’un des plus beaux films de l’année.

Le laisser aux enfants, ça serait offrir un Vermeer à Ray Charles.

Promised Land. Oh schiste!

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Faut-il aller voir Promised Land ?

Plutôt mourir ! C’était ma réponse avant d’y aller. La critique est moyenne, le sujet mineur (et minier) et Gus Van Sant nous a habitué à rien, donc on ne sait pas. Et puis bon, après tout, j’ai toujours rêvé des tracteurs.

C’est l’histoire de Matt Damon qui fait le tour des villages américains pour faire des trous dans leurs jardins. Il cherche du gaz, et les gens cherchent du fric. Tout va bien. Mais quand ils se mettent à chercher la vérité, ils se rendent compte que les forages font rentrer du gaz dans l’eau. Et alors, il y a de l’eau dans le gaz.

Bon.

C’est héroïque, ou suicidaire, de s’intéresser à un sujet comme le gaz de schiste. Et pourtant, mon copain Raoul, qui travaille à Reuters, vous dira que c’est très important. Derrière la promesse illusoire d’indépendance énergétique, se déroule un grand massacre écologique.

De manière plus générale, voir-même philosophique (mais tranquilou hein, j’ai compris), le film parle de la fin des paysans et de la destruction des terres arables dans le monde occidental. Ce qui est intéressant sur le papier, et chiant sur pellicule.

Voilà, je pense que vous êtes tous partis du blog pour aller fumer des clopes au clou du girofle à la fenêtre. C’est vachement dur de faire des blagues sur le gaz de schiste, à moins de tomber dans le vulgaire bilingue, si vous voyez ce que je veux dire.

MAIS

Contre toute attente, Promised Land est bien meilleur que sa fausse allure de docu social relou. D’abord, parce que le film prend le pari de raconter l’histoire du point de vue des méchants, sans jamais jouer la caricature manichéenne. Et surtout, parce que les dialogues sont admirablement bien écrits.

Bien interprétée, sobrement filmée, sans être austère, cette histoire tient la route jusqu’aux deux scènes finales. Malheureusement, ces dernières sont copieusement niquées par une révélation un peu moisie et un optimisme gaga qui rompt avec la finesse du reste.

Mais m’avoir intéressé 1h30 en me parlant de gaz naturel, ça mérite déjà le Golden Globe.

En Bref : Il faut aller voir Promised Land. C’est un bon film, bien joué, très bien fait et assis sur un scénario en béton. Sur le fond, le film parvient à rendre d’une réalité poignante et actuelle tout en étant beaucoup moins casse-couille, et beaucoup plus concis, que la phrase que vous êtes en train de lire.

Après, je ne suis pas naïf, je sais bien que si jamais vous arrivez au bout de cette critique, vous irez quand même voir Iron Man 3 à la place.

C’est moche. Mais pas autant que le nouvel album de Phoenix. Triste époque.