God Bless America. Les beaufs à l’abattoir.

Faut-il aller voir God Bless America ?

Franck est tout seul devant la télé. Soudain, il prend conscience qu’il y a des cons. Qu’il y en a partout. Et qu’il faut tous les flinguer.

À priori, le concept est cool. Un road-movie burlesque où un type au bord de la crise de nerf dessoude l’Amérique qu’on déteste. Enfants-roi, vieux mysogines, parents indignes, animateurs télés, éditorialistes ultra-conservateurs… Tout le monde y passe, tandis que le héros poursuit le but utopique de rendre les gens gentils.

Mais ça ne marche pas.

D’abord parce que le héros est accompagné d’une gamine jamais crédible, mal interprétée et si volontairement éloignée de tous les clichés sur les filles qu’elle ressemble à une caricature d’ado de 14 ans, prêt à se faire sauter en public pour une histoire de groupe de rock (“T’aime pas Led Zep ! Mais putain t’es un malade !”… Bâillonnez-les bon dieu !).

Immature. C’est aussi le cas du réalisateur. Malgré une volonté de second degré évidente, le fond du film est alourdi par son sentiment bien réel d’être le seul à détenir les clefs du bon goût et de la justice (un peu comme ce blog en fait). C’est vrai que les victimes du héros sont méprisables, mais on aurait aimé un peu plus qu’une vision manichéenne des cons, comme seule morale.

Au risque de mériter mon nom de famille, j’aurais aimé que le film s’acharne d’avantage à sauver ses personnages plus qu’à les démembrer systématiquement. Parce qu’au-dela des debats de merde sur le rock et la politique, aucune catégorie ne peut s’approprier le monopole de la gentillesse. Mais le film se contente de pleurer sur lui-même et la solitude de l’homme parfait dans un monde d’ordures.

Dans la vraie vie, y’a aussi des beaufs intelligents, des misanthropes humanistes et des intellectuels stupides. Et on finit par avoir l’impression de passer une heure et demie avec la dernière catégorie.

En Bref : Il ne faut pas aller voir God Bless America. L’ironie n’est pas aussi mordante qu’elle le voudrait, les personnages sont peu crédibles et il y a quelque chose de nauséabond dans le fond de ce film, tout aussi intolérant que les enfoirés qu’il dénonce.

Il est très facile de rassembler le public en lui faisant détester le camp d’en face. Mais j’applaudirai le réalisateur qui m’apprendra à les aimer.

Amen.