L’écume des jours. Vain sur Vian.

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Faut-il aller voir L’écume des jours ?

Comme vous, j’avais peur. Aucune envie d’aller voir Gondry piétiner mon imagination avec ses petites constructions astucieuses. J’aime trop le bouquin et la façon dont je l’ai rêvé, pour qu’on redessine par-dessus.

Comme vous, j’avais des haut-le-cœur devant le casting bankable. Jamais pu blairer la morgue de Duris, la gouaille de Tautou, la pâleur d’Elmaleh qui s’affadit un peu plus à chaque film et le seul fait de penser à Charlotte le Bon me donne envie d’aller chez le coiffeur me faire un tie and dye.

Un autre truc, sur lequel j’insiste, parce que c’est important pour le métier d’acteur : Duris et Tautou ne savent pas bien prononcer les phrases. Déjà c’est moche, en plus tu te demandes pourquoi à la place ils ont pas fait un autre métier, genre équarrisseur, et surtout, il y a certains dialogues que tu piges pas.

Alors à quoi bon louer des grues pour faire Hollywood quand t’es pas foutu de régler un problème d’élocution ? Passons.

Les premières minutes sont insupportables. Gondry est en roue libre, il fait n’importe quoi. Illustrant la prose du bouquin par ses petits montages habituels : de l’image par image saccadée, des accélérations plutôt laides, des membres agrandis et une absence assez flagrante de sensibilité.

On reste uniquement parce qu’on a payé. Et le film continue de gesticuler, en arrachant les pages du livre de Vian comme un ado sadique. On rigole une fois ou deux, mais on souffre tout de même beaucoup tant il n’y a rien de merveilleux dans cet étalage de poésie sans âme.

Et puis l’histoire sombre, devient déchirante, et malgré son faux-air enfantin, Michel Gondry se révèle bien plus habile dans la cruauté et la noirceur. L’image perd des couleurs, les acteurs deviennent justes et enfin, on est ému. Le film prend son envol un peu tard, mais on oublierait presque le début hasardeux.

Pourtant, quelques jours après, l’impression reste la même : Gondry n’a pas rendu Vian meilleur. L’inverse, peut-être…

En Bref : Il ne faut pas aller voir L’Ecume des jours. Ou alors, il faut tenter d’oublier le livre mythique qui nous a fait rire et pleurer. Michel Gondry en livre une adaptation assez plate, mais suffisamment fidèle pour en restituer quelques beaux passages.

Dommage. Et en même temps, on ne pouvait s’attendre à rien d’autre : comme si la poésie perdait toute saveur à partir du moment où elle s’incarnait.

Faut que je vous laisse, je vais faire de l’escalade avec mes collocs. C’est des sacrés sportifs.