Le bureau des légendes. La guerre en série.

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Faut-il télécharger légalement Le bureau des légendes ?

Malotru rentre de Syrie. Il enlève sa veste, sa cravate et ses pompes. Il enlève sa carte bancaire, son téléphone et son passeport. Il enlève son métier, son nom et une partie de son coeur.

Il est tout nu. Et il a froid.

Comment ils font, en vrai, les espions ? Comment mentir sans cligner des yeux ? Comment mentir à son patron, à ses amis, à la femme qu’on aime ? Et surtout, comment s’arrêter de mentir, lorsqu’on ment si bien ?

Plus grave : est-ce qu’on peut réaliser une bonne série, si on ne s’appelle ni David Simon, ni Vince Gilligan ou Alan Ball… mais seulement Eric Rochant ?

Normalement, on aurait tous rigolé en se lançant des parpaings au visage (on fait souvent ça, dans la rédac du Règne), mais depuis Dix pour cent, c’est moins marrant, on ne peut plus se foutre de la gueule des séries françaises comme avant. Le Nouvel Obs l’a écrit, l’info a donc au moins trois ans : la France commence à faire des putains de séries.

L’idée du Bureau des légendes est plutôt cool : si on enlève la vodka, le martini et les noeuds papillons, que reste-il aux espions ? La réponse tombe comme une taxe d’habitation, toujours surprenante, toujours décevante. Sans le glamour de James Bond, il reste des vieux PC sous Windows 98, une poignée de Nokia 3310 et des Peugeot 106. Damn…

Dés les premières images, on comprend que ça ne va pas être sexy. L’image est délavée, les regards cernées et les seules taches de couleurs que vous apercevrez sont les cravates “déconne” de Jean-Pierre Darroussin. La série a beau mettre en avant son ultra-réalisme, m’est avis qu’on ne l’exportera pas autant que les autres, à part peut-être en Hongrie, et encore.

C’est moche, okay, la vie aussi parfois. Mais le problème, c’est que c’est aussi un peu con. “Vous voulez savoir s’il l’encule ou s’il lui met juste un doigt dans le cul ?” demande l’un des espions à son patron, avant de mettre une chambre sur écoute. Personne ne rigole, personne n’est choqué, mais le spectateur regarde ses pompes, en espérant que le service militaire se termine vite.

Plus tard, les scénaristes tentent de remonter le niveau lorsque deux gorilles attendent leur cible devant un hôtel, où il est en galante compagnie : “Tu crois qu’il fait quoi ?” demande Ducon, “T’as vu l’Empire des Sens ?”, répond Lajoie.

Subtil.

A vrai dire, je ne sais pas si c’est mal écrit, mal joué ou seulement mal dirigé, mais à l’écran, c’est terrible. A l’exception de Darroussin, Kassovitz et Drucker, qui jouent tous parfaitement, tout le reste des dialogues sonne affreusement mal. On n’y croit jamais, et quand on y croit, on s’en branle.

Dommage, parce qu’il y a quelques retournements de situations intenses, une jolie histoire d’amour syrienne et une occasion en or de découvrir l’envers des services secrets.

Mais par pitié, remettez-les à l’endroit.

En Bref : Il ne faut pas télécharger légalement la première saison du Bureau des Légendes. C’est moche, c’est mou, et si la trame narrative est loin d’être mal construite, elle est trop fade et mal dialoguée pour être supportable pendant neuf longues heures.

Je suis dur. Jusqu’à présent, les séries françaises, c’était Mimi Mathie qui claque des doigts et des kilomètres de flics mous du gyrophare. On est content de voir que le monde du cinéma arrête de mépriser la télé, ravi de voir des types comme Kassovitz dans des séries et enthousiaste de constater que les scénaristes commencent enfin à être respectés.

Alors foirez pas tout, les mecs. Sinon vous retournez tous vivre à Marseille.

The Bling Ring. Dior j’abhorre.

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Faut-il aller voir The Bling Ring ?

J’ai toujours défendu Sofia Coppola, depuis qu’elle a renoncé à être actrice. Lost in translation, son évident chef d’oeuvre, mais aussi la moyenne Marie-Antoinette et le déroutant Somewhere. Si ses sujets manquent parfois d’originalité et presque toujours d’intensité, ils sont régulièrement sauvés par une image racée et par la musique qui la porte.

Les premières secondes du Bling Ring nous font comprendre très vite que cette fois la bande originale ne sauvera pas le film. Insupportable, stridente, moche, la musique du film est aussi affreuse qu’un mardi soir à Lorient. A l’image, des colliers scintillent, la caméra panote sans grâce sur des piles de chaussures et des palmiers défilent dans le ciel pour la 1 884ème fois depuis l’histoire du ciné de merde.

Et l’histoire ? Des clous. Une bande de tocards vides comme des canettes cambriolent des villas de stars débiles pour s’habiller comme dans des clips de RnB. Ils coulent, tranquille. Et ils touchent le fond, arc-boutés sur des Louboutins.

Fric, drogue, vol et club VIP. On dirait un peu le pitch d’un doc de Nanard. Sauf que ça dure plusieurs fois 26 minutes. Mais il n’y a toujours pas d’angle.

Que veut nous dire Sofia ? Que les jeunes américains sont remplis d’arrogance, de fantasmes du fric, de vide intersidéral ? Si on peut apprécier qu’elle refuse de juger les personnages de cette histoire vraie, cela la dispense-t-elle d’avoir un point de vue ? A huit euros la place, on est en droit de réclamer une forme de propos, une volonté artistique, un signe quelconque.

Mais bof.

La réalisatrice n’aime pas ses personnages, elle se fout de leur gueule et nous on se demande quel intérêt on pourrait bien trouver dans les pérégrination de cette bande d’imbéciles vénaux. Il y a des cons ? C’est ça le message ? Ou un truc bateau sur la société de consommation qui pourri la jeunesse ? Sur l’argent roi au pays du dollar ?

On le savait déjà Sofia. Et si c’est pour étaler de la musique bruyante sur des lieux communs traités à la va-vite, autant regarder la télé.

En Bref : Il ne faut pas aller voir The Bling Ring. C’est un film antipathique, désagréable et peuplé de jeunes gens misérables présentés sans chaleur, ni ironie. Il y a quelques jolis plans bien construits, une belle idée de mise en scène à un moment et un acteur un peu sympa.

Par contre, il faut qu’Hermione arrête de jouer les bad girls biatch qui tirent la langue en félinant sur du rap. Non seulement c’est gênant, mais c’est surtout crédible comme Flipper dans une pièce de Shakespeare.