Ugly. Ordures et ménagères.

232694.jpg-c_640_360_x-f_jpg-q_x-xxyxx

Faut-il aller voir Ugly ?

Salut c’est le Règne de l’Arbitraire ! Tu sais, le blog qui publiait une fois par semaine dans les années 90 ? Et ben je reviens, pour un dernier tour de piste avant d’aller vivre en banlieue avec Hélène et les garçons et le créateur des sweats Waïkiki et les mini-keums, oh-oh !

Respire.

Le film n’étant plus à l’affiche, rien ne sert de courir. Mais puisque vous ne l’avez sûrement pas vu, il est tout de même important de savoir ce que vous avez raté.

C’est l’histoire des enculés. On y apprend qu’ils sont nombreux, protéiformes, omniprésents et vraiment dégueulasses. Noir jusqu’aux racines de la moustache, Ugly nous plonge dans un monde où les mamans biberonnent, les amis trahissent et les amantes michetonnent sur des pavés qui glissent. Guère mieux que les autres, les pères se perdent, les flics filoutent et les pédophiles filent. C’est très compliqué.

Moins que Gangs of Wasseypur quand même. Le précédent film du réalisateur avait beau raconter les gangs indiens avec élégance, il était quand même dominé par l’ennui et la confusion. Ugly n’échappe pas à l’intrigue un peu complexe, et on finit par en avoir un peu marre de trouver des tiroirs dans les tiroirs.

Mais on s’en fout un peu. Le premier but du film, c’est de frapper fort, avec la pointe du pied, en visant les couilles. Et ça fait super mal. Parce qu’il y a un truc fondamentalement affreux dans le fond de cette histoire, mais surtout parce que la mise en scène nous pète les genoux d’entrée de jeu : une femme blafarde, un verre vide… BAM du Death Metal.

Saturé d’idées, de style et d’audace, le film prouve ce qu’on commençait à voir venir de l’Est : lorsque Bollywood arrête de danser, il ne reste pas que de la poussière en suspension, mais le potentiel pour faire un putain de cinéma.

Sur cette métaphore graisseuse, je vous salue bien bas et je vais m’enfoncer la tête dans le mur.

En Bref : Il faut aller voir Ugly. Enfin, il aurait fallu le voir il y a trois semaines, avant qu’il quitte les salles pour toujours. Parce que c’est puissant, barré et signé par un réalisateur debout sur son tabouret.

Bien-sûr, vous ne sortirez pas du film en dansant la carmagnole. Mais peut-on vraiment être heureux, dans un monde ou l’Allemagne gagne au Brésil ?

The Lunchbox. Ciel, mon curry !

thelunchbox630

Faut-il aller voir The Lunchbox ?

C’est l’histoire d’une rencontre en boîte. Sur un malentendu, une femme délaissée par son mari décide de cuisiner pour un autre.

Je suis de plus en plus en retard sur les critiques. Il va falloir que je décide entre abandonner mon travail ou ce blog si ça continue. Mais vos commentaires seront-ils suffisants pour me nourrir ?

La nourriture, c’est justement le sujet du film. Ou plutôt, la transmission de l’amour par le transit, et le rôle de l’aubergine comme vecteur sentimental. Tout cela est indien, vous l’aurez compris, ce qui vaut toujours mieux que deux “tu l’auras”.

A priori, le pire est à craindre. Vous aurez déjà eu l’occasion de vous scandaliser devant mon imperméabilité aux merveilles de l’Inde, si on rajoute le romantisme mièvre et la bouffe, il n’y a pas de quoi sortir les lunettes 3D.

En fait, The Lunchbox montre que le cinéma indien a pas mal évolué depuis les danseurs argentés et les love-stories rose bonbon. Enfin je crois. Enfin j’en sais rien. On s’en fout. Mais en tout cas, le film ne manque certainement pas de finesse dans sa description sentimentale des personnages.

Un peu convenue, cette histoire d’amour culinaire est portée par des dialogues intelligents,  et des comédiens au niveau. C’est joli. Assez simple. Un petit peu chiant. Mais plutôt fin. Et faim aussi, pour peu que vous regardiez le film le ventre vide.

Bien mise en scène, la rencontre des deux héros qui ne se rencontrent pas (tu comprends pas ? Normal, c’est pour pas spoiler) fait penser à la plus belle chanson de Serge Reggiani.

En Bref : Il faut aller voir The Lunchbox. Surtout si on a un peu la dalle. Le film réchauffe les papilles, et rajoute juste assez de guimauve pour faire saliver le spectateur sans l’écoeurer.

Non mais sans déconner quoi. Est-ce que quelqu’un réussit encore à filer les métaphores sans être ridicule en 2014 ? Foutue crise.

L’odyssée de Pi. Sadique Canot.

Faut-il aller voir L’odyssée de Pi ?

C’est l’histoire d’un indien qui s’appelle piscine. Un jour il se retrouve tout seul sur un canot de sauvetage avec un tigre affamé. Va-t-il mourir ? Probablement.

Ang Lee est un type étrange. Realisateur taïwanais éclectique, il fait des films internationaux en piochant dans les cultures du monde comme si c’était un village. Après les combattants mandarins (Tigre et Dragon), les Cow-boys Gays (Brokeback Mountain) et les monstres verts (Hulk), il nous raconte donc l’histoire d’un indien canadien musulman-chrétien et juif qui traverse le Pacifique avec un tigre. Soit.

Mais tout cela n’est pas très rassurant. Avec ses belles images et son gros budget (meilleur moyen d’édulcorer un propos) on pouvait craindre la grosse guimauve globalisante pseudo-philosophique, à nous faire regretter les bouquins de Coelho. Les premières images ne rassurent pas : des animaux en 3D se promènent dans le cadre sur de la musique New-Age, deux types discutent de religion dans une cuisine en Formica. C’est chaud.

Et puis ça devient beau. Travaillés comme des photos, les plans émerveillent par leurs couleurs et leur construction. Mais l’histoire n’est pas sacrifiée sur l’autel de l’esthétisme. Après un démarrage en douceur, elle devient rapidement passionnante.

Car Ang Lee la raconte avec une précision et une maîtrise parfaite. Et c’est le sel du film : aligner les péripéties fantastiques et tendre au maximum vers le merveilleux, sans jamais oublier le réalisme des situations. Et il en faut du talent pour montrer un jeune indien dresser un tigre en équilibre sur une barque, sans avoir l’air de filmer n’importe quoi.

Au-delà de ça, les amateurs d’effets spéciaux et de dressage ne refermeront pas leur mâchoire de tout le film. Les autres se contenteront de planer devant un conte poétique, intelligent et diablement original.

En Bref : Il faut aller voir L’odyssée de Pi. Parce qu’il n’y a pas assez de héros qui s’appellent Piscine, parce qu’il n’y a rien de plus apaisant que de regarder la mer pendant deux heures et parce qu’on a rien vu de similaire cette année, et qu’on est pas prêts de revoir ça au cinoche.

Car au delà de la philosophie un peu naïve et du film d’aventure hors-norme, la fin projette l’histoire dans une dimension plus profonde en s’adressant directement au spectateur.

“Si je te disais que c’était faux, est-ce que t’aimerais quand même y croire ?”, nous demande-t-elle. Et au fond c’est un peu ça le cinéma.

Gangs of Wasseypur Part 1. Stache Capone.

Faut-il aller voir Gangs of Wasseypur Part 1 ?

Dans le quartier de Wasseypur, deux communautés musulmanes s’en mettent plein la gueule sous prétexte qu’elles ont plus ou moins la même religion. Mais au fond de ce conflit il y a une histoire de vengeance, de haine et de coupe de cheveux. C’est très compliqué.

La dernière fois que j’ai tenté de regarder un film indien, j’ai dû m’arrêter pour éviter la crise d’epilepsie, et sur un autre blog je me suis fait déglinguer pour cause d’ethnocentrisme pourrave. “Va chier”, leur répondis-je. Le cinéma américain est con, le français est prétentieux, le russe est bourré. Je vois pas de quel droit on pourrait pas se foutre des indiens.

Merde.

Et pourtant, la guimauve bollywoodienne ne dégouline pas trop sur cette saga vengeresse. Lecture scorcesienne de la mafia indienne, ce (très) long-métrage ressemble plus à Hollywood qu’à son équivalent local. Certes, on se tape quelques rencontres romantiques et viriles au ralenti sur fond de musique criarde, mais le tout est enveloppé d’un second degré plutôt sympa.

Malheureusement, le film n’échappe pas à la malédiction des films-fleuves : les films-fleuves, c’est pourri. Comme à chaque fois, on saute deux générations en dix minutes, et la plupart des scènes sont pliées en deux phrases et trois plans. Résultat, on a l’impression de mater le zapping dans un hôtel de Mumbaï, on s’emmerde pas mal et on ne bitte pas grand-chose à l’histoire.

Rapidement, on se désintéresse des héros (particulièrement misogynes et antipathiques par ailleurs) et on finit par s’égarer entre les moustaches, quand on ne commence pas carrément à somnoler devant la multiplication des intrigues.

Et pourtant, certaines scènes sont impressionantes de maîtrise, du plan-séquence initial au meurtre final, le réalisateur livre quelques jolis morceaux de bravoures, d’autant plus chouettes qu’ils surgissent dans un univers cinématographique qui ne franchit pas souvent nos frontières. De là à s’envoyer la “Part 2″ à l’automne, faudra vraiment être en recherche d’un endroit climatisé pour passer l’aprèm.

En Bref : Il ne faut pas aller voir Gangs of Wasseypur. Le film est sympa, assez inhabituel et pas trop mal filmé, juste assez pour faire tripper Cannes et nos amis les critiques.

En vrai, si on enlève le filtre du dépaysement, on se retrouve devant une énième redite du Parrain et des Affranchis, trop foutraque et mal montée pour nous empêcher de bâiller pendant les deux longues heures de projection.

Dommage, car les acteurs sont bien dirigés, et leur dialogues plutôt bien goupillés.