Syngué sabour. Tchador les soucis.

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Faut-il aller voir Syngué Sabour – Pierre de patience ?

C’est l’histoire d’un soldat afghan dans le coma et de sa femme qui le regarde.

C’est vrai, le titre, le pitch et son écrasant statut de prix Goncourt ne donnent pas vraiment envie de se jeter sur ce film. Ajoutez un éloge critique unanime, et vous êtes quasiment sûr de vous faire chier.

Pendant une heure quarante, on ne change presque jamais de pièce, ni d’acteurs. On est avec cette jeune femme soumise, recroquevillée contre le corps de ce combattant de Dieu au regard vide. Aïe…

Au bout d’une minute de plan-séquence sur des rideaux bleus, je commençais à replier mes jambes pour entamer un petit somme.

Mais il y a cette fille. Cette actrice formidable, qui se réveille un peu plus à chaque minute, et nous avec. Dans une forme de psychanalyse inversée, elle parle à son héros léthargique comme à un journal intime. Elle lui confie ses peines, puis ses mensonges et ses secrets les plus interdits. Et pour la première fois de sa vie, elle crache les tabous qui l’étranglent. Au risque de se rendre compte qu’elle n’a jamais aimé ce bourreau. Au risque d’être une femme debout dans un pays où c’est interdit.

Petite chose soumise, apeurée par les hommes, elle devient progressivement plus forte. Pestiférée, méprisée, abandonnée, elle devient enfin libre, belle ; et son émancipation résonne comme un extraordinaire cri de victoire.

Dans une époque où les intégristes de toutes confessions se remontent les manches, ce film refuse la caricature ou le règlement de compte. Au-delà du plaidoyer percutant contre l’islam radical, Syngué Sabour parle d’abord de l’absence d’amour et de la médiocrité qui envahit les hommes lorsqu’on les transforme en bêtes frustrés au nom de vieilles écritures trop misogynes pour être vraiment saintes.

Parce qu’il y a encore trop de gens pour croire le contraire et parce qu’il faut être bien perverse pour accuser les femmes de ses propres pulsions, ce film n’est pas seulement magnifique, il est nécessaire.

En Bref : Il faut aller voir Syngué Sabour – Pierre de patience. Même si Pauline a trouvé ça trop relou. C’est l’explosion d’une actrice habitée, celle d’un cinéaste militant et une ode magnifique à la libération des femmes et à la connerie de mes congénères.

Les boules, c’est peut-être de sortir de ce film face aux affiches de Spring Breakers et ses baby-dolls hyper-sexualisées qui font rêver nos adolescentes.

Histoire de te rendre compte qu’entre les burqas de l’est et les objets de l’ouest, y’a du taff…