Tout le monde il est content ! (à part Ted)

Faut-il aller voir Invictus ?

Clint Eastwood est un excellent réalisateur. Qui plus est, à la naissance, il a eu la chance d’être doté d’un cerveau (contrairement à Michael Bay qui, lui, a eu une casquette). L’histoire qu’il raconte est belle, universelle et prête à une réflexion intéressante. Après l’Apartheid, qu’il vient d’abolir, Nelson Mandela, tente d’unir son pays autour d’une équipe de rugby, lors de la coupe du monde de 1995.

La première partie du film interroge le besoin de vengeance d’un peuple opprimé pendant des années. En équilibre politique, Mandela a su calmer les ardeurs de son peuple tout en tendant les bras à ses anciens geôliers. Certaines scènes sont éloquentes, comme lorsque des gardes du corps noirs doivent coopérer avec des afrikaners blancs au crâne rasé.

Le travail d’Eastwood constitue surtout à restituer la vie de Nelson Mandela. Le personnage est admirable en soi, et interprété à la perfection par Morgan Freeman. Bref, le scénario a été écrit par l’histoire, pas la peine de se fouler pour rendre attachant un homme d’une telle grandeur. Mais ça marche, et on se retrouve souvent assez ému par la fraternité ambiante.

La deuxième heure consiste à démontrer au spectateur que la ferveur du sport peut faire renaître l’espoir, et casser les barrières. C’est laborieux. Eastwood ne nous épargne rien. Blancs et noirs se serrant dans les bras les uns des autres, tam-tam et chants tribaux une scène sur deux, sans oublier une interminable scène de rugby où l’on atteint sérieusement les limites du ralenti comme élément de construction dramatique. Lorsqu’un hélicoptère traverse le ciel sur une musique pop que même ma petite nièce trouverait ringarde, on touche le fond.

Le fond, parlons-en. Il y a 10 jours, le bus de l’équipe de foot Togolaise se faisait mitrailler en Angola. Mes souvenirs de matchs, c’est une marrée de doigts d’honneur pointés vers la tribune d’en face. Pour l’unité du sport et la fraternité des stades, on repassera. En Zoulou comme en Afrikaans, “Enculééé” est un vilain mot.

Deuxièmement, Invictus laisse croire qu’il a suffi d’une coupe du monde pour régler les injustices du passé. Lorsque son assistante lui évoque le chômage et l’inflation, le Mandela du film préfère parler du ballon ovale. On en oublierait presque les millions de noirs qui vivent encore dans les bidonvilles et qui n’ont jamais vu la couleur des diamants de la de Boer.

En bref : Il ne faut pas aller voir Invictus. Quitte à se priver de deux trois scènes émouvantes et réussies. Je suis cynique, c’est par opposition à l’angélisme du film. Au mieux, il est naïf et un peu tire-larme, au pire il occulte une réalité tragique.

Ok, c’est parfois beau de supporter une équipe. Sauf quand il s’agit de détourner son regard du monde pour mieux insulter les salauds en bleus et supporter les crétins en vert.

Un ami m’a dit que j’étais trop méchant sur mon blog. C’est mieux comme ça ?